La presse au service de la religion

La presse au service de la religion

La justice turque vient d’ouvrir une enquête sur 4 journaux nationaux pour « propagande terroriste ». Leur tort : avoir publié une photographie du procureur assassiné lors d’une prise d’otages le mois dernier.

Ces derniers mois, religion et presse écrite ne font pas bon ménage. Les journaux Hürriyet, Cumhuriyet, Posta et Bugün devraient être lourdement sanctionnés pour avoir diffusé, à la suite d’une prise d’otages, l’image du procureur assassiné sur le coup, avec un fusil sur la tempe. Juste après la prise, l’image avait été reprise par le Front révolutionnaire, un groupe terroriste turc. Un des groupes de presse a même été sommé de faire des excuses publiques sur les différents sites internet mais aussi dans les lignes de leurs propres journaux. Elles avaient alors été faites sous la justification de « mauvaise utilisation d’une photographie représentant les symboles d’une organisation terroriste. »

Une nouvelle atteinte aux libertés de l’homme, de la religion mais aussi à la liberté de la presse pour les quatre journaux concernés. Même la télévision avait été interdite de retransmission ce jour-là. C’est surtout un événement d’autant plus inquiétant qu’en Turquie les simples droits de l’Homme sont déjà constamment bafoués, et que c’est pour cette raison que l’entrée du pays dans l’Union Européenne est bloquée depuis plusieurs années maintenant.

Et la situation de la presse n’est pas bien meilleure. Au classement de la liberté de la presse, la Turquie apparaît tout en bas, 154ème sur 180, derrière l’Irak notamment et à des années lumière de la Finlande en tête. Seuls des pays comme le Vietnam figurent encore derrière c’est dire l’urgence de la situation… et d’après un récent rapport de Reporters sans frontières, le classement devrait continuer à se dégrader durant les prochaines années.

Des airs de Charlie Hebdo

Un tel événement n’est d’ailleurs pas sans rappeler l’attentat au début du mois de janvier dans les locaux de Charlie Hebdo à Paris, et surtout les critiques qui avaient émanées des caricatures du prophète Mahomet publiées dès le lendemain.

Une charlie

Gérard Biard, rédacteur en chef du journal s’était défendu en affirmant que Charlie souhaitait valoriser la liberté de religion. « Nous ne défendons qu’une seule chose : la liberté, la laïcité, la liberté de conscience, la démocratie. »

Preuve du problème que rencontrent les médias lorsqu’ils abordent la religion, ces caricatures avaient déclenché des manifestations et des violences dans le monde arabe ainsi que des émeutes meurtrières au Niger. Biard s’était emporté suite à cela, expliquant que les médias n’étaient pas des assassins, mais simplement des lieux où chacun peut s’exprimer librement sur des thématiques très variées : « Nous ne tuons personne. Il faut arrêter de toujours confondre les victimes et les meurtriers. »

Une chose est certaine, même si certains médias comme Charlie Hebdo continueront, malgré tous les événements extérieurs, de donner librement leur avis ; ils seront toujours traqués, soit par les gouvernements autoritaires soit par les groupes terroristes ou religieux. Et la religion n’est vraiment pas prête de cohabiter correctement avec l’univers médiatique français.

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