« En stage » : à Hanoi et sur Medium pendant les attentats de Bruxelles

« En stage » : à Hanoi et sur Medium pendant les attentats de Bruxelles

Image : Jordan Curé-Heaton
Image Jordan Curé-Heaton.

 

Nous sommes le mardi 22 mars 2016. Ma pause de midi vient de se terminer. Dans ma rédaction, une Française lance une première alerte : une explosion vient de se produire à l’aéroport de Bruxelles. Malgré le choc et ma profonde tristesse, impossible pour moi de me sentir « connecté » à cette information. Je suis moi aussi dans une capitale, mais à environ 9 000 kilomètres du drame, à Hanoi, et ici personne n’utilise Twitter…

Un mardi comme les autres à Hanoi. Loin du quartier européen de la capitale belge, je suis actuellement dans celui des ambassades. Comme d’habitude depuis le début de ce stage, 90 % de taux d’humidité m’attendent à la pause de midi, mais on s’y habitue, comme on s’habitue aux klaxons des motos. Je m’assois avec mes collègues sur un minuscule tabouret en plastique à quelques mètres seulement d’un carrefour bruyant. Au menu du jour : l’incontournable soupe phở.

Il est 14 h, la pause déjeuner est terminée. Nous retournons au 4e étage de la rédaction située au 79 rue Lý Thường Kiệt où je suis en stage au Courrier du Vietnam. Quelques instants plus tard, au milieu des discussions en vietnamien, une voix française annonce timidement la nouvelle. Elle ne s’élève pas au-dessus des autres, mais parvient tout de même à attirer l’attention de quatre autres personnes : les Français de la rédaction.

Je retiens trois mots : « explosion », « aéroport » et « Bruxelles ». Les Vietnamiens sont eux aussi surpris. Ils relaient l’information pour le site Internet, mais ne sont pas perturbés, et se remettent aussitôt à leur activité. Le reste de l’après-midi, j’entends quelques bilans provisoires et des nouvelles alertes, mais j’arrive à faire abstraction de tout cela.

A 18 h, je choisis Medium

Il est 18 h lorsque j’arrive à ma porte. J’allume l’ordinateur. Sur ma page d’accueil, j’aperçois en l’espace de quelques secondes les rumeurs, erreurs, dessins, et déclarations qui ont « occupé » les médias européens pendant toute l’après-midi. Enfin plutôt toute leur matinée… Je suis à deux doigts d’ouvrir Twitter. Mais aujourd’hui, j’y renonce. La distance m’oblige à changer mes habitudes.

Car oui, malheureusement, les attentats deviennent une habitude. Je décide alors d’aller chercher l’information essentiellement sur Medium, surtout depuis que j’ai lu le billet extrêmement pertinent de Thomas Gaudex, intitulé « Medium, le nouvel eldorado des journalistes ? » Je tape le mot-clé « Brussels » dans la plateforme au style épuré et j’attends. Les plumes tardent à se montrer (contrairement à celles de l’oiseau Twitter), mais l’attente en vaut la peine.

Pourquoi ce choix ? Pour m’évader tout simplement, comme ici ou . Thomas Gaudex expliquait la force de cette plateforme pour les journalistes : « Medium pourrait devenir le lieu d’expression favorite des journalistes à la recherche d’un nouvel espace pour partager leurs histoires avec le monde. Certains d’entre eux ont déjà choisi Medium comme alternative aux médias traditionnels ».

Le lendemain des attentats de Bruxelles, je réalise que mon choix s’est fait pour une autre raison. Les articles sont principalement écrits en anglais sur Medium, par d’autres expatriés dont je me sens proche. Eux aussi sont en quelque sorte, frustrés de ne pas être au cœur de l’événement. À travers ce refuge virtuel, je prends conscience qu’ici au Vietnam, l’anglais m’aide au quotidien. Et pas seulement pour commander ma soupe phở…

« En stage » est une série d’articles plus personnels qu’à l’accoutumée, consacrés à des expériences ou des observations réalisées par les étudiants du Master 1 « Nouvelles pratiques journalistiques » de l’Université Lumière Lyon 2 lors de leur stage obligatoire à l’étranger.

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