Panama Papers : un nouveau travail de titan

Panama Papers : un nouveau travail de titan

Capture d'écran du site de l'ICIJ dédié aux « Panama Papers ».
Capture d’écran du site de l’ICIJ dédié aux « Panama Papers ».

 

Le Monde a commencé à publier une série de révélations sur la dissimulation d’avoirs financiers de centaines de personnalités internationales par la société Mossack Fonseca, spécialisée dans la création de sociétés offshore. Et cette série risque de durer un moment, puisqu’elle est le fruit d’une enquête journalistique planétaire d’un an sur des millions de documents.

Une nouvelle fois, le journalisme d’investigation prend une ampleur mondiale avec ces « Panama Papers ». Et c’est encore le ICIJ (International Consortium of Investigative Journalism) qui a chapeauté l’enquête, qui aura duré un an. Après les Luxembourg (novembre 2014) et Swiss (février 2015) Leaks, rien de bien nouveau dans ce système d’investigation nous direz-vous. Sauf que cette affaire est la plus grande fuite de données de l’histoire du journalisme : elle représente 11,5 millions de documents pour un poids de 2,6 To.

Pour faciliter l’accès, la consultation et le traitement de ces documents, l’ICIJ a développé un moteur de recherche permettant d’accéder aux contenus par mots-clefs ou par des listes de noms compilées en amont (parlementaires et politiques, classement des personnes les plus riches, célébrités…). Et pour analyser tout cela, seulement 370 journalistes internationaux, venant de 107 médias différents. Des fichiers qui mettent à jour 270 000 sociétés offshore en activité entre 1977 et 2015, et permettent de mieux comprendre leur organisation et leur fonctionnement.

Le journalisme de demain

Ce type de collaboration internationale se démocratise, par la force des choses il faut bien le dire. Il est en effet inenvisageable pour une rédaction, aussi importante soit-elle, de se lancer seule dans l’exploitation, la vérification et la mise en forme d’autant de données. Or ces tâches sont plus importantes que jamais : c’est l’information qui vient aux journalistes, dans les mains des lanceurs d’alerte, et non l’inverse. Les « Panama Papers » ont ainsi été reçus par le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung alors qu’il travaillait à une enquête sur les pratiques de la Commerzbank.

Cela amène également à développer des outils technologiques toujours plus performants. C’est l’une des missions de l’ICIJ : faciliter la collaboration des journalistes, en fournissant des moyens pour aider les professionnels de l’information dans leurs recherches et recoupages. La nécessité qui s’ajoute aujourd’hui est de créer des outils toujours plus puissants : impossible en effet de traiter les « Panama Papers » avec les moyens utilisés pour l’affaire Swissleaks, qui « pèse » 787 fois moins lourd.

Cette coopération suspend la concurrence entre médias, même si elle sans doute moins forte à l’échelle internationale, pour mieux célébrer le journalisme d’investigation. Alors que la profession se remet encore en question et où de nouveaux modèles journalistiques voient le jour, cette « mondialisation » de l’enquête à la sauce big data est peut-être l’une des clefs du succès des médias de demain.

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