Le « Zapping » de Canal+ a-t-il signé son arrêt de mort ?

Le « Zapping » de Canal+ a-t-il signé son arrêt de mort ?

Le zapping quotidien de Canal+ a fait énormément de bruit ces derniers jours. Et pour cause, son édition du 8 avril était entièrement consacrée à l’actionnaire majoritaire du groupe, Vincent Bolloré. Sur un ton très critique, le « Zapping » peint un portrait peu élogieux de l’homme d’affaires breton, aux commandes du groupe depuis septembre 2015.

En 2014, Canal+ fêtait ses 30 ans : à cette occasion, les équipes du groupe vantaient encore « l’esprit Canal », subversif, décalé, drôle, parfois rebelle et insoumis. Deux ans après, force est de constater que les choses ont bien changé. Depuis son arrivée, Vincent Bolloré n’a pas hésité à faire le ménage, et à remplacer de nombreux dirigeants du groupe par ses proches. La diffusion des « Guignols de l’info », l’un des programmes phares de la chaîne, est suspendue pendant quelques semaines. Le temps de passer le programme en crypté, de changer l’horaire de diffusion… ainsi que les auteurs et la ligne éditoriale. C’est l’un des exemples les plus frappants, qui annonce la couleur : Canal+ change.

Au milieu de ces changements, incohérents voire incompréhensibles (notamment la perte des droits de diffusion du championnat de football anglais, l’un des atouts majeurs de Canal), le « Zapping » a continué son chemin. À première vue, ce n’est pas l’émission la plus menacée : ce n’est qu’une compilation de séquences télévisuelles, assemblées pour former un programme de six minutes au ton incisif mais pas forcément agressif. Pourtant, le conflit n’est apparemment pas récent entre la haute direction du groupe et l’équipe du « Zapping » dirigée par Patrick Menais. L’édition du 8 avril dernier ressemble presque à un baroud d’honneur, comme un exorcisme de l’esprit Canal, qui serait désormais mort et enterré.

Certaines séquences du « Zapping » du 8 avril méritent toutefois d’être éclaircies. On peut y voir les exploitations d’huile de palme au Cameroun, exploitations qui rapportent beaucoup d’argent à Vincent Bolloré. À l’image, un garçon de 14 ans en train de travailler dans les plantations, des employés en colère… Pour avoir visité une exploitation similaire en Côte d’Ivoire, il semble que cette vision soit très partielle et partiale. Premièrement, les récolteurs emploient souvent eux-mêmes d’autres personnes pour les aider, sans en informer leur hiérarchie. Difficile de contrôler l’âge de ces personnes… De plus, selon mon expérience, les industriels chargés des exploitations prennent en charge l’accès à l’eau, à l’électricité, à l’éducation et aux soins des employés. Ce qui n’est pas mentionné dans le « Zapping ».

Le trait est forcé, caricatural et parfois incomplet, mais l’effet reste le même : le « Zapping » a frappé très fort. Il est difficile d’imaginer que Vincent Bolloré ne sanctionne pas un tel affront. Déjà menacé, le « Zapping » tel qu’il était connu a probablement signé son arrêt de mort vendredi 8 avril dernier. Avec lui, la liberté de parole aux antennes du groupe Canal s’enfonce encore un peu plus. Vincent Bolloré fait ses choix, bouscule l’identité de la chaîne, réorganise, coupe des têtes, et place ses pions. D’ailleurs, c’est Cyril Hanouna, l’un des proches de l’homme d’affaires, qui pourrait reprendre les commandes du « Zapping » la saison prochaine. Changement de ton radical à venir.

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