Quel avenir pour le paysage audiovisuel marocain ?

Quel avenir pour le paysage audiovisuel marocain ?

Mardi 17 mai, l’Association des radios et télévisions indépendantes (ARTI) a célébré les dix ans de la libéralisation des ondes au Maroc. Ce même jour en 2006, la Haute autorité de la communication audiovisuelle (HACA) avait organisé une cérémonie pendant laquelle les 11 premières licences audiovisuelles privées signaient leurs cahiers des charges. Un moment fort dans l’histoire des médias de la monarchie constitutionnelle. Toutefois, cette libéralisation reste partielle, car elle dépend des instances suprêmes de la nation, mais aussi des pouvoirs publics qui organisent le cadre juridique et déterminent la politique audiovisuelle du Maroc.

Aujourd’hui, son paysage audiovisuel a grandement évolué. Il compte dix chaînes de télévision dont une privée (Medi1 TV), 15 radios publiques et autant de privées. Et les téléspectateurs ont accès à quelque 2 000 radios et chaînes internationales. Pourtant les conditions d’exploitation de ce secteur ne sont pas des plus simples. Les chiffres d’audience révèlent les difficultés auxquelles se confronte l’audiovisuel public : en soirée, 55 % des Marocains regardent les chaînes internationales. De leur côté, les stations radiophoniques privées monopolisent la part d’audience, concurrencées de plus en plus par l’écoute des stations via internet.

Avec de plus en plus d’opérateurs privés étrangers qui souhaitent ouvrir des chaînes de télévision à destination du Maroc, mais localisées dans d’autres pays (comme Bzaf TC aux Émirats arabes unis), le pôle audiovisuel public est en difficultés. Cela est en partie dû à la politique audiovisuelle qui manque de rigueur. En effet, les opérateurs privés doivent signer un contrat-programme avec le gouvernement mentionnant les missions du service public et l’indépendance éditoriale du média. La plupart des opérateurs n’ont toujours pas signé ce contrat qui leur octroie les subventions promises. C’est le cas de 2M qui selon Samira Sitail, directrice générale adjointe de la chaîne, attend depuis trois ans cette signature. Sans ces subventions, les chaînes dépendent des ressources publicitaires et de la Taxe pour la promotion du paysage audiovisuel national.

Depuis la libéralisation, aucune disposition majeure n’a été prise en faveur de l’évolution de ce secteur. Les nouvelles réalités de consommation audiovisuelle surpassent des directives archaïques qui voient les opérateurs publics en grande difficulté aujourd’hui. Au début du mois de mai, le projet de restructuration de la HACA a mentionné la possibilité pour le public de lui porter des réclamations concernant le secteur audiovisuel.

Ayant stagné longtemps, la politique audiovisuelle du Maroc se voit également confrontée à l’offre sur internet : l’émergence du streaming et du direct sur les réseaux sociaux remet en cause le business model des diffuseurs classiques. Privés ou publics, les projets ne manquent pourtant pas, le blocage pousse néanmoins le pays à s’ouvrir à des alternatives qui seront un nouvel obstacle pour les acteurs locaux.

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