Gaël Hurlimann: « le format papier va être amené à disparaître »

Gaël Hurlimann: « le format papier va être amené à disparaître »

Gaël Hurlimann, rédacteur en chef au numérique pour Le Temps.

Pour Gaël Hurliman, rédacteur en chef au numérique pour le site LeTemps.ch, le journalisme en Suisse et dans le reste du monde devra passer par un renouvellement de son modèle d’entreprise s’il veut survivre. Les journaux papier devront, quant à eux et selon lui, accomplir une transition complète vers des formats numériques. Il revient d’ailleurs sur le développement du projet Zombie, lancé au mois de janvier (voir article du 8 février) : cet algorithme devrait permettre de reproposer aux lecteurs des sujets déjà publiés et en lien avec l’actualité du moment. Entretien avec l’un des membres participant au développement du web au sein du Temps.

Comment envisagez-vous le journalisme de demain, en Suisse et notamment en Suisse romande ?

Gaël Hurlimann : La principale question, c’est celle de son business model. Le marché suisse est-il assez grand pour que les journaux papiers généralistes survivent tous sur le web ? En Suisse romande, on constate que les lecteurs vont s’abreuver en France, notamment sur LeMonde.fr, où le marché a une autre ampleur. De plus, les abonnements suisses sont plus chers sans qu’il y ait forcément une qualité supérieure et la presse suisse ne dispose pas d’aides provenant de l’État, contrairement à la France par exemple. En revanche, les médias régionaux marcheront sur le web car ils proposent des contenus spécifiques aux aires géographiques qu’ils couvrent, au contraire des journaux nationaux par exemple.

Justement, comment va s’orchestrer le transfert vers des contenus numériques, qu’il soit exclusif ou non ?

GH : Pour accomplir la transition vers le web, il faudra développer l’équipement mobile et réfléchir à comment des contenus numériques peuvent être consultés ailleurs que sur un site web. Il faudra peut-être également changer certains angles éditoriaux.

Le format papier peut-il survivre selon vous ?

GH : Non, le papier va être amené à disparaître. C’est un mouvement inéluctable mais surtout c’est une question industrielle et non journalistique ou éditoriale. C’est difficile aujourd’hui de trouver un imprimeur pour un journal. La chaîne de livraison doit prendre en compte le lieu de l’impression et la ville de destination des lecteurs. La Poste a d’ailleurs réduit le nombre de livrées ! Au Temps, nous imprimons assez loin aussi nous bouclons à 20h30. Nous n’avons donc pas les résultats de certains matches de foot par exemple. De plus, aujourd’hui, les informations contenues dans les articles présents dans la version papier peuvent être lus ailleurs et notamment sur des sites internet.

Cela signifie-t-il que les lecteurs sont moins nombreux ou plutôt qu’ils s’orientent vers d’autres médias ?

GH : Nous constatons qu’il y a un transfert des lecteurs qui vont plutôt se tourner vers le web, plus qu’une baisse de leur nombre. Comme je le disais tout à l’heure à propos de l’arrivée de contenus exclusivement numériques, il est important de prendre en compte la manière dont les contenus peuvent être consultés : depuis un ordinateur, une tablette, un téléphone portable ? [Ndlr : Les chiffres publiés le 11 avril par l’organisation Recherches et études des médias publicitaires (REMP) ont annoncé une croissance historique de l’audience du Temps qui enregistre 43 000 lecteurs en ligne en tout et 10 000 lecteurs supplémentaires en six mois pour le format papier]

Que penser alors des éditions papier comme celle du Temps ?

GH : Les éditions papiers en général deviennent de plus en plus des magazines et constituent surtout un enjeux financier : notre nouveau supplément T, qui va paraître environ vingt fois par an, nous permet par exemple de sécuriser le lectorat habitué à notre quotidien plus que d’en gagner de nouveaux.

Capture d’écran d’un Tweet paru sur le compte Twitter du Projet Zombie.

Mi-janvier, Le Temps a lancé son Projet Zombie. Où en est-on aujourd’hui ?

GH : Pour l’instant, nous avons développé entre un tiers et cinquante-pour-cent de ce qu’on appelle le Projet Zombie et notamment l’analyse sémantique. Aujourd’hui, un thème donné a quatre-vingt-dix-pour-cent de chance d’être identifié correctement.

Est-ce que le Projet Zombie va pouvoir être utilisé à grande échelle prochainement ?

GH : Nous voulons être en mesure de faire remonter des articles qui disposent d’une certaine valorisation sur le long terme plutôt que des scoops passés par exemple. L’algorithme Zombie va donc désormais être testé sur une plus grosse masse d’articles avec un certain nombre d’indicateurs [voir image]. Il nous reste encore à développer ce qu’on appelle des contenus spécifiques, c’est-à-dire ceux qui intéressent un lectorat spécifique comme les fans de football par exemple.

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