Hamadou Tidiane Sy, à propos de la presse en ligne sénégalaise : « il y a un peu de tout et de n’importe quoi à la fois »

Hamadou Tidiane Sy, à propos de la presse en ligne sénégalaise : « il y a un peu de tout et de n’importe quoi à la fois »

Hamadou Tidiane Sy

Manque de professionnalisme, d’éthique et de sérieux, malhonnêteté intellectuelle : autant d’étiquettes accolés plus à raison qu’à tort à la pléthore de sites se revendiquant faire de la presse en ligne au Sénégal. Hamadou Tidiane Sy, journaliste, critique, fondateur du site ouestaf.com et de l’École supérieure de Journalisme, des métiers de l’Internet et de la Communication (E-jicom) dont il est le directeur, donne sa lecture de l’éthique dans la presse numérique sénégalaise.

Quelle analyse faites-vous de la place accordée à l’éthique journalistique dans la presse numérique sénégalaise ?

HTS : En ce qui concerne l’éthique, que ce soit dans la presse numérique comme dans la presse traditionnelle, on a d’énormes problèmes dans ce pays. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien que l’Association des professionnels de la presse en ligne a lancé il y a quelques temps un certain nombre d’initiatives pour recadrer la profession et essayer de voir comment arriver à régler certains problèmes récurrents. Effectivement, il y a des problèmes mais je ne pense pas qu’ils soient spécifiques à la presse en ligne. Dans ce monde en ligne, le problème de fond est qu’il y a des gens qui profitent de leur liberté d’expression pour créer ces plateformes.  Mais rien ne dit que ce qu’ils font est du journalisme.

La numérique a-t-il rendu la presse sénégalaise moins professionnelle ?

HTS : Moins professionnelle, je n’en sais pas trop. Je crois qu’il y a deux catégories. Une première catégorie de sites d’information qui appartiennent à de grands médias, à des journalistes ou à des journaux qui existent déjà qui essayent du point de vue du contenu de produire de l’information. Et, une deuxième catégorie de sites internet de promoteurs qui sont étrangers au métier de journaliste. C’est là où se pose le plus grand nombre de problèmes. C’est nouveau et plus facile, alors il y a un peu de tout et de n’importe quoi à la fois. Il y a tout de même des journalistes qui sont dans ce lot et qui essaient de faire du bon travail.

Le code de la presse du Sénégal prévoit-il des dispositions qui prennent en compte la pratique journalistique sur les plateformes numériques ?

HTS : Nous sommes en train de travailler sur le Code de la presse où l’on veut intégrer justement la régulation de ces sites internet. Mais il ne faut pas se leurrer. Sur le web, le principe c’est la liberté. Rien n’interdirait à un sénégalais de s’établir en Gambie ou en Australie, de créer un site web et de publier ce dont il a envie. Il sera très difficile de réguler les médias en ligne. Il va plutôt falloir éduquer les populations aux médias car la régulation seule ne pourra pas tout freiner.

Quels sont les défis actuels à relever pour une meilleure appropriation de l’espace numérique par la presse au Sénégal ?

HTS : Le premier défi sera d’identifier qui est journaliste et qui ne l’est pas ; qu’est ce qui est entreprise de presse et qu’est ce qui ne l’est pas. A partir de ce moment, il y aura au moins une catégorisation. L’Association des journalistes professionnels de la presse a ligne a lancé un processus de labélisation de sites sérieux qui font du journalisme, mais on ignore si cela aboutira. On est en construction ; les médias sont en redéfinition. Cela n’est pas que sénégalais, c’est un phénomène mondial. Les médias se cherchent de nouvelles voies pour exister, s’affirmer et se différencier du reste.

Quelle est la contribution de l’E-jicom pour offrir aux hommes de médias sénégalais et africains les bases techniques et éthiques à l’ère des nombreuses mutations des dispositifs médiatiques, aussi réel en Afrique ?

HTS : Nous sommes une jeune école ! (rire) Dès le début, nous avons décidé d’inclure l’enseignement des TIC, des nouveaux médias et des médias sociaux dans le programme de formation. Nous faisons en sorte que nos étudiants maîtrisent les outils techniques, mais aussi comprennent les enjeux qu’ils cachent. La direction et le corps professoral se sont par ailleurs engagés à faire la veille sur toutes les nouvelles tendances du journalisme. Nous avons également un laboratoire du numérique et des nouveaux médias en exploration. Enfin, nous sommes pionnier de l’introduction du fact-checking en Afrique francophone. C’est évident, les journalistes de demain feront des choses probablement différentes de ce que j’ai fait par exemple durant ma carrière.

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