Olivier Debus : « il faut s’adresser dès maintenant à un public plus jeune, celui des tablettes »

Olivier Debus : « il faut s’adresser dès maintenant à un public plus jeune, celui des tablettes »

Journaliste polyvalent depuis 23 ans au sein du groupe Sudpresse, Olivier Debus est aujourd’hui aussi responsable de la diversification rédactionnelle, attaché à la direction générale. L’occupation de ces diverses fonctions lui permet d’avoir un regard avisé sur la presse wallonne, qui est en pleine phase de transition. Le passage du papier vers le numérique, est l’un des enjeux clés pour les quotidiens régionaux.

Comment caractériseriez-vous la presse quotidienne régionale francophone en Belgique ?

OD : C’est une presse qui ne se porte pas très bien, qui souffre. Le climat est difficile car nous devons tous réussir en même temps le passage du papier vers le numérique. Au niveau du modèle économique, ce n’est pas gagné. On va y arriver, mais on n’est qu’au début de la mutation, rien n’était évident.

Avez-vous distingué une évolution ? Sudpresse, L’Avenir ou la DH ont-ils essayé de se singulariser au fil du temps ?

OD : Cela reste assez stable. L’Avenir reste L’Avenir, c’est-à-dire un journal avec beaucoup d’infos locales, mais plutôt “mal ficelé”. Le Soir doit continuer à rester synonyme de qualité, et je pense qu’il y parvient vraiment bien. Un journal comme La Libre prend de plein fouet le vieillissement de ses lecteurs, un peu plus qu’ailleurs. La DH s’appuyait fort sur les sports, mais c’est de moins en moins un atout. Et au niveau de Sudpresse, en 2000, les différents titres (La Meuse, La Nouvelle Gazette, La Province, Nord Eclair et La Capitale) ont été réunis dans un même groupe, alors que chacun avait l’habitude de travailler avec ses propres codes, son propre univers. Il a fallu réunifier tout cela. La ligne éditoriale a été redéfinie, et elle a ensuite dû évoluer, car rien n’est jamais figé. Nous sommes une presse de proximité, qui s’intéresse aux préoccupations majeures des gens qui nous lisent, qui sont intéressés par ce qui se passe dans leur région, avec des pôles forts autour de Liège, de Charleroi, de Mons et de Bruxelles, pour l’essentiel. Ça, c’est notre identité.

Pensez-vous que les quotidiens régionaux belges sont en train de réussir leur transition vers le numérique ? Leur lectorat s’adaptera-t-il rapidement ?

OD : Je pense que rien ne se fait de façon brutale dans la vie. Cela prendra du temps, peut-être 10 ans. On travaille dessus depuis déjà quelques années. Le côté “immédiat”, je n’y crois pas. Le problème est que les recettes publicitaires numériques sont inférieures, en termes de tarif, à celles du journal papier. Il a fallu partir d’un jour 0, où la différence pouvait être, en caricaturant, un rapport de 5 à 1 entre papier et numérique. Et malgré cela, continuer à faire que l’entreprise et les équipes gagnent leur vie. Forcément, il fallait une phase de transition. Pour moi, qui ait un pied avec le marketing, un pied avec la direction, et un pied avec les rédactions, je vois un peu, dans toutes ces parties-là, que l’on est en train de sortir de cette transition. Cela impliquait également de modifier la stratégie des commerciaux, qui ne pouvaient plus vendre uniquement du papier. Aussi, on travaille désormais de manière beaucoup plus transversale. Un contenu qui est produit sur un même thème peut être réutilisé pour différents supports.

C’est aussi une manière de rendre moins difficile économiquement cette période de transition…

OD : En effet, car cela permet de diminuer les coûts, tout en augmentant la qualité. Rossel est un énorme groupe, dont Sudpresse n’est qu’une portion. Avant, je pouvais avoir 3 personnes qui produisaient presque le même contenu. Maintenant, à qualité égale, je peux choisir le moins coûteux. Et si la qualité est inférieure, je peux d’office prendre quelqu’un de meilleur. Il faut avoir tout cela en tête.

Faudra-t-il attendre que les générations plus jeunes arrivent à un âge plus mûr pour voir le format papier disparaître ?
OD : Selon moi, c’est l’inverse. Je pense justement qu’il faut s’adresser dès maintenant à un public plus jeune, celui des tablettes, des smartphones, qui est en train de quitter la presse papier, et même la télévision. Ce n’est pas un marché pour plus tard, c’est un marché pour aujourd’hui. Parce que généralement, les personnes qui arrêtent de lire sur papier journal ont un certain âge, et ils ne passent pas à la lecture sur tablette. À 44 ans, je commence à être de la génération « d’hier »… Mais je ne crois pas à une disparition soudaine du papier. Je crois que cela va se faire doucement, et qu’il y en aura encore pendant un certain temps. Pour vraiment entrer dans une nouvelle ère, on doit s’avancer dans 40 ans, dans 50 ans. Là, on aura probablement eu de grands changements : tout sera sur tablette et sera numérique. Il restera peut-être encore une petite niche pour le papier. Mais je ne serai peut-être plus là pour le voir !

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