Sébastien Porcu, être fait-diversier « psychologiquement, ce n’est pas toujours évident »

Sébastien Porcu, être fait-diversier « psychologiquement, ce n’est pas toujours évident »

Dans une rédaction locale, les faits divers ont une place importante à l’image des pages sport. Les lecteurs sont très friands de ces histoires assez particulières. Sébastien Porcu, est fait-diversier au journal bruxellois, La Capitale du groupe Sudpresse, depuis plus de deux ans, il nous raconte le quotidien de cette branche si particulière du journalisme local.

 

En quoi le fait-diversier se démarque des autres journalistes dans une rédaction locale ?

Sébastien Porcu : Le fait-diversier est très souvent le dernier à quitter la rédaction. En effet, sa journée est rythmée par l’actualité chaude et va donc influencer considérablement son emploi du temps. Il doit être très réactif.

 

Vous êtes trois dans cette rédaction, comment vous vous répartissez les tâches ?

SP : Chaque fait-diversier possède sa particularité. Pour ma part, Je m’occupe donc de la première partie d’un sujet, la partie « brute », et de son décryptage. Je me concentre sur les reportages de terrain, domaine dans lequel j’ai beaucoup d’aisance. En me rendant sur place, je deviens véritablement maître de mes propres moyens. J’évalue les démarches qui me permettront d’arriver à mon objectif : connaître les circonstances d’un fait-divers, trouver des témoignages, l’identité d’une personne, etc.

Mon collègue Tony, de son côté est un fait-diversier judiciaire. C’est-à-dire qu’il va s’occuper principalement du suivi d’une affaire, du déroulement d’un procès. Il est principalement au palais de justice, où il rencontre de nombreux avocats, juges, magistrats, etc. Son travail s’apparente plus à un second chapitre d’un fait-divers. Il va répondre à des questions du type : le suspect est-il inculpé et placé sous mandat d’arrêt ? Quelle est la décision de la chambre des mises en accusation ?  La famille d’une victime va-t-elle se constituer partie civile ?

Ma deuxième collègue, Joy, a de son côté, un rôle plus ambivalent. Elle fait du fait divers en complément de l’actualité plus générale. Elle est probablement plus une fait-diversière de terrain comme moi que judiciaire.

 

Quelles sont les contraintes d’être fait-diversier ?

SP : La plus handicapante est sans doute le temps. Etre fait-diversier implique de ne pas compter ses heures. Les horaires sont particulièrement difficiles. Cela implique parfois de se lever très tôt le matin ou de finir très tard le soir. La gestion des horaires est parfois compliquée car une actualité peut tomber à n’importe quel moment et tout bouleverser.

On doit s’occuper parfois d’affaire sordide, n’est-ce pas un peu difficile à vivre d’un point de vue personnel ?

SP : Psychologiquement, ce n’est pas toujours évident. Principalement au début où l’empathie est la réaction la plus naturelle en face d’une famille endeuillée. Mais certaines images, témoignages peuvent littéralement hanter la pensée. Je me souviendrai toujours des photos d’une petite fille de 4 ans décédée après s’être vidée de son sang que m’avait montré une famille endeuillée pour prouver la négligence de l’hôpital. D’autres témoignages aussi font froid dans le dos. Au début, c’était compliqué de ne pas craquer et de ne faire semblant de rien. Maintenant, j’ai réussi à me blinder quelque peu.

 

Est-ce que parfois, tu as eu envie de refuser de t’occuper d’un sujet ?

SP : Oui, plusieurs fois. Certaines fois, j’ai été obligé de le faire car le sujet m’était imposé, j’avais les informations en mains. Mais ce qui m’inquiète, c’était particulièrement le traitement que va être fait d’une information sensible : sa déclinaison sur les réseaux sociaux, la titraille, les commentaires que cela peut attirer.

 

Chaque jour, le journal a plusieurs pages de fait divers, pourquoi le fait-divers est aussi important dans la rédaction de SudPresse ?

SP : Sudpresse est un journal populaire. Les faits-divers permettent à notre lectorat d’avoir des « sujets de conversation », quelque chose à raconter au bar, entre amis, etc. Les côtés morbides, sensationnalistes de notre journal attirent les personnes en quête d’informations chocs. Ce côté voyeuriste est exacerbé avec l’utilisation des images.

Si le profil de la personne en photo ressemble à quelqu’un que l’on connait, cela donnera envie aux gens de se procurer le journal. « Oh, cette jeune fille avait le même âge que ma fille ». Et enfin, si les personnes connaissent la victime qui est en photo, Sudpresse mise sur le fait que cela va pousser les gens à débourser de l’argent pour avoir le journal.

 

Il y a un peu plus d’un an, il y avait les attentats de Bruxelles, comment ça s’était passé pour vous dans ce genre de moment ?

SP : Humainement, très compliqué, mais il y avait une véritable solidarité dans la rédaction. On parlait beaucoup, on s’écoutait les uns les autres. C’est le moment où tout le monde se serrait les coudes. On finissait très tard, mais on se donnait du courage mutuellement. Je me souviendrai toujours du rédacteur en chef, qui nous a remercié pour notre boulot et pour avoir tenu bon malgré les événements tragiques qui nous ont touché.. Cela restera probablement l’un des moments les plus marquants de mon passage au journal.

Professionnellement parlant, c’était très enrichissant. J’ai eu la chance d’avoir bien compris les rouages des cellules de Paris et Bruxelles, ce qui m’a permis de développer des contacts et d’avoir une certaine forme de respect de la part des pairs. LCI m’a contacté plusieurs fois en tant qu’expert en terrorisme. Un choc et une fierté pour quelqu’un comme moi qui ne pensait pas un jour arriver à une collaboration pareille. Plusieurs personnes m’ont fait confiance à ce moment-là et je leur dois beaucoup.

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