Le podcast au Canada, média dépassé ou média du futur ?

Le podcast au Canada, média dépassé ou média du futur ?

Au début du mois de février, un débat a éclaté entre Alain Dufresne, du Journal de Québec, et Stéphane Berthomet, intervenant souvent dans les débats publics sur Radio Canada. Le sujet du débat portait principalement sur les podcasts.

Le premier a fait comprendre qu’il trouvait les émissions assez ennuyeuses et pas si innovantes. Le second défend ce qu’il appelle «l’accessibilité», reconnaissant qu’il est difficile de rendre à ses écoutes une certaine notoriété.

Pour comprendre, il faut d’abord savoir ce qu’est un podcast. Comme tout média, il a besoin de son émetteur et bien sûr de son récepteur. Ce dernier peut s’abonner au flux par une plateforme. Aujourd’hui, il existe une multitude de foyers pour les podcasts (iTunes, Deezer) qui sont également partagés sur Facebook et Twitter.

Il faut également différencier les podcasts qui proviennent des médias traditionnels de ceux qui se veulent alternatifs.

Aujourd’hui, une radio peut publier sur Internet l’enregistrement d’une diffusion passée plus tôt sur ses ondes pour permettre à l’auditeur de réécouter le contenu. Mais un podcast peut aussi venir d’un indépendant qui veut parler d’un sujet nouveau et qui ne travaille pas forcément sur un média.

Au Québec, on compte jusqu’à 400 formats de podcast, mais ici aussi il faut les différencier. « Certains sont juste des rediffusions de conférence à l’université, alors que d’autres sont de qualité digne d’être diffusés sur les ondes », nous confie Sébastien Perron, directeur du développement et de la production audio à Radio-Canada.

L’originalité à la carte

Certes, les podcasts restent, selon Alain Dufresne, toujours très portés sur l’actualité et des thèmes qu’on traite partout. D’ailleurs, la majorité des écoutes viennent des grandes chaînes d’actualité.

Radio-Canada, par exemple, cherche de plus en plus à proposer «des programmes originaux» par rapport à ce qui est proposé à l’antenne. Suivant le modèle de Netflix, « l’idée est de proposer une radio à la carte », précise Sébastien Perron.

Radio-Canada revendique d’ailleurs « plus de 85 000 téléchargements par semaine » pour ses baladodiffusions, toute émission comprise. Dans cette même étude de marché réalisée par la station, le programme  Aujourd’hui l’histoire s‘est révélé être le plus écouté.

Ce podcast où Jacques Beauchamp revient chaque soir sur un fait historique séduit aujourd’hui les auditeurs. Même si cette émission a l’air d’être assez dans le courant, il y a une certaine nouveauté dans la manière d’instruire l’auditeur.

Au-delà du travail informatif du journaliste, le public actuel semble marcher au travail d’enquête et d’approfondissement. Le podcast a ouvert aujourd’hui les portes d’une originalité des programmes, et oblige le journaliste à ne plus se reposer sur ses acquis. Ce nouveau genre d’écoute qui marche finalement au nombre de clic, attend une offre personnalisée mais large d’information.

Une certaine gymnastique pour le journalisme traditionnel qui doit chercher à se réinventer pour ne pas devenir l’ancêtre d’un nouveau genre médiatique. Mais quand est-il pour les podcasteurs indépendants ?

L’avantage est que ça ne demande pas beaucoup de moyens pour enregistrer sa voix. Encore faut-il que ça ait l’air professionnel.

Donner de la voix à la jeunesse

Jean-François Téotonio, jeune diplômé montréalais  en journalisme depuis 2014, a lancé récemment son podcast Le Courant avec deux camarades, Étienne Brière et Julien Lamoureux. Pour lui, il était nécessaire d’utiliser ce qui se faisait déjà traditionnellement et s’en servir pour innover, « faire notre petit bout de chemin à travers tout ça ».

Ce qui changera, c’est surtout l’attente d’un public spécifique. Pour un journaliste comme Jean-François Téotonio, qui a décidé de se spécialiser uniquement dans les sports et la culture populaire, son public aura plus d’attentes que pour un média généraliste.

Reste à savoir comment financer la qualité du programme, car décider d’être indépendant aujourd’hui, c’est vivre dans l’incertitude de pouvoir assurer la pérennité de son média. Les nouveaux podcasteurs décident pour la plupart de financer eux-mêmes leur activité, comme l’a d’ailleurs fait Le Courant.

A l’écoute de l’auditeur 

C’est un pari risqué, mais pour des passionnés comme ces jeunes hommes, il est important « de prendre le temps d’être à l’écoute de ce qui nous suivent ». Pour eux, la qualité du travail se joue principalement sur le temps passé sur l’enquête des sujets pour fournir « des points de vue intéressants et rafraîchissants ».

Reste qu’il est difficile de calculer l’ampleur du phénomène podcast, car comme nous le précise notre interlocuteur: « Apple et iTunes gardent toutes leurs données pour eux seuls ».

À l’heure de la domination de la vidéo, il existe pourtant encore des adeptes de l’audio. Dans une ville comme Toronto, on apprécie d’être accompagné sur le chemin du travail, dans les transports en commun. Et pour Sébastien Perron, « l’audio est le futur », surtout quand on sait qu’aujourd’hui « tout passe par le téléphone ».

On ne peut pas nier le fait que le phénomène marche quand on voit que des plateformes continuent à investir dedans. En janvier dernier, le site de musique Spotify a notamment lancé Spotlight, son nouveau format réservé aux podcasts.

 

Pourtant, le Canada est encore à la traîne dans ce domaine, contrairement à son cousin américain. Les États-Unis semblent détenir la clé pour réconcilier les attentes des médias traditionnels et alternatifs. Mais comme le souligne Sébastien Perron, « le podcast a le vent en poupe » et ne s’arrêtera pas dans une société monopolisée par le streaming, la capacité de télécharger des contenus et les regarder ou écouter à n’importe quel moment.

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