JO d’hiver en Belgique: un traitement médiatique à deux vitesses

JO d’hiver en Belgique: un traitement médiatique à deux vitesses

À l’opposé du rapprochement diplomatique observé entre les deux Corées par l’intermédiaire des Jeux Olympiques d’hiver, l’inégal traitement de ces Jeux fait par les médias belges a quant à lui révélé les profondes divisions qui subsistent au plat pays.

Outre les exploits de Martin Fourcade, Marit Bjorgen ou encore Shaun White, c’est bien le reprise des discussions entre les deux Corées qui a attiré l’attention du monde entier. Et s’il fallait une fois de plus prouver l’importance diplomatique des grandes compétitions internationales, cette olympiade vient de nous fournir un parfait exemple. Dans un esprit purement coubertinien, les Jeux Olympiques permettent aux différentes nations du monde de s’unir et d’exhiber leur puissance. Néanmoins, d’autres comme la Belgique ont eu plus de mal à parler à l’unisson. Avec 22 athlètes envoyés à Pyeongchang, il s’agissait pourtant de la plus grande délégation belge depuis 1936. Et parmi ce large contingent, seuls deux non-néerlandophones représentaient leur pays. Avec l’influence des Pays-Bas, les sports d’hiver -le patinage surtout- sont très populaires en Flandre. En théorie, la frontière culturelle entre Flamands et Wallons est censée s’effacer le temps des Jeux et seule la Belgique doit triompher. En théorie seulement.

Des Jeux boudés par la télévision francophone

Récemment, les sports d’hiver ont connu une importante exposition médiatique en Flandre. Le bobsleigh féminin y est par exemple suivi de près grâce à « Opération Vancouver », une émission de télé-réalité populaire ayant pour but de recruter des bobsleigheuses et de leur permettre de participer aux Jeux Olympiques. D’autres athlètes comme Bart Swings ou Seppe Smits sont aussi très visibles en raison du suivi régulier de leurs compétitions par les télévisions néerlandophones. Avec ces Jeux, on pouvait espérer que la Wallonie rectifie le tir. Il n’en fut rien. Début février, Michel Lecomte, chef du service des sports de la RTBF, annonçait que la chaîne de télévision publique francophone ne diffuserait pas les Jeux Olympiques d’hiver.

En effet, le service public francophone n’a pas souhaité négocier avec le groupe Discovery, détenteur des droits de diffusion en Europe. Pour des raisons économiques évidentes – le géant américain réclamant une somme non négligeable – mais aussi pour des raisons pratiques, et Michel Lecomte  ne s’en est pas caché. « Les Jeux olympiques d’hiver n’étaient pas une priorité. L’intérêt du public belge n’est pas majeur non plus, et particulièrement le public francophone si vous regardez la délégation, avait-il avoué au micro de La Première le 9 février dernier. Ce qui ne nous empêchera pas de montrer les médaillés dans nos JT et d’acheter les images au coup par coup. » À l’inverse, la télévision publique flamande, la VRT, a, quant à elle, acheté les droits de diffusion de ces Jeux.

Le revers de la médaille

À Pyeongchang, la Belgique a envoyé sa plus conséquente délégation depuis 1936, une statistique déjà notoire. De plus, un seul Belge est parvenu à se hisser sur un podium olympique, et même s’il n’a pas glané le plus beau des métaux, la performance reste néanmoins exceptionnelle. En effet, en remportant l’argent lors de l’épreuve de « mass start » en patinage de vitesse, Bart Swings a mis fin à une période de disette longue de 20 ans pour la Belgique, un véritable exploit donc, pour cet athlète flamand. La performance est belle mais n’a pourtant pas réussi à emballer la machine médiatique. Caractérisée par son habituel chauvinisme et ses envolées lyriques pour célébrer l’exploit d’un athlète national, la presse sportive est restée assez sobre, à l’image de l’article paru le 26 février dans L’Avenir et dont l’auteur s’est fendu d’un très timide et presque forcé « notre compatriote » pour rappeler la proximité de Bart Swings avec le peuple belge. Son exploit y est d’ailleurs passé après les résultats de football du week-end.

Le quotidien de référence Le Soir a, en revanche, accordé un peu plus de place au patineur flamand. Mais si l’article commençait par un « vingt ans qu’on l’attendait! », le reste du récit est resté dans l’ensemble très sobre. Il fut d’ailleurs assez maigre en comparaison avec la longue interview de Luc Alphand qui y fait suite. Sur deux pages, l’ancien skieur français est revenu sur les faits marquants des JO et en a dressé un large bilan rendant ainsi anecdotique la performance de Bart Swings ; une médaille parmi tant d’autres. Le patineur a néanmoins fait la une des journaux néerlandophones, comme De Zondag ou Het Laatste Nieuws. C’est d’ailleurs à ce second quotidien qu’il a accordé un vaste entretien au lendemain de sa victoire. Le récit de son titre y est plus détaillé: sa course, sa préparation et sa carrière sont soigneusement passés en revue.

À l’heure où le parti nationaliste flamand, N-VA, a le vent en poupe, regarder de plus près le traitement de ces JO fait par les médias belges permet d’appréhender les difficultés du Plat Pays à parler d’une seule voix, et qui plus est lors d’un événement sportif a priori aussi fédérateur. Ainsi, Stéphane Tassin, journaliste pour La Libre écrivait « qu’à l’heure où les deux Corées défilent sous un même drapeau lors de la cérémonie d’ouverture, la Belgique y apparaît finalement plus divisée. »

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