Les Grecs et les médias : où est la confiance ?

Les Grecs et les médias : où est la confiance ?

La popularité des médias en Grèce est au plus bas depuis quelques années, et ce bien avant le début de la crise, même si celle-ci n’a pas arrangé la situation. Un manque de confiance qui s’explique et s’exprime de bien des manières.

Le 2 septembre 2016, quatre chaînes privées de la télévision grecque étaient vendues à des grands hommes d’affaire du pays, dont certains empêtrés dans des affaires de corruption ; en 2017, le premier ministre Alexis Tsipras a décidé de nommer un député de son parti SYRIZA à la tête du plus gros groupe de presse du pays. Des exemples parmi tant d’autres qui expliquent la méfiance des Grecs envers leurs médias. Et pour cause, le classement de Reporters sans Frontière classe le pays à la 88e place de son classement mondial annuel de la liberté de la presse. Des situations qui déstabilisent les Grecs, alors que le journalisme est considéré comme le « 4e pouvoir », la notion de contre-pouvoir qui doit défier le pouvoir en place. Un contre-pouvoir qui a du mal à exister aux yeux des Grecs.

Un rapport qui en dit long

En 2017, un rapport réalisé par le Centre européen de la Pluralité dans les Médias et de la Liberté des médias (CMPF) ont montré un danger concernant l’indépendance des médias de la politique, avec des résultats bien inférieurs à la moyenne européenne. L’étude parle d’un rapprochement entre les dirigeants d’ERT (Ellinikí Radiofonía Tileórasi, la télévision publique grecque, ndlr) et le gouvernement en place, avec notamment une ligne éditoriale très proche du pouvoir. Lors de la conférence où les résultats ont été présentés, Giorgos Pleios, un professeur-chercheur de l’Université Nationale et Kapodistrienne d’Athènes, a montré que les médias ont un fort impact sur les décisions de vote des citoyens, comme l’ont montré les dernières élections. Une situation critique pour les médias traditionnels dans un pays où la crise dure maintenant depuis plus de 10 ans.

Une méfiance envers les journalistes qui se traduit aussi par de la violence envers eux. En effet, certains Grecs – principalement des militants extrémistes – s’en sont pris aux journalistes, comme par exemple en 2013 où des bombes ont été posées devant les maisons personnelles de certains journalistes ; ou encore en 2016 où un journaliste radio a été agressé volontairement pendant une manifestation.

Les Grecs misent sur Internet

Grâce aux possibilités qu’offre Internet, des médias alternatifs se sont créés. Le dernier en date, Athens Live, se fait la promesse de procurer un journalisme de qualité, en étant totalement indépendant du gouvernement. Mais aussi des sites de fact-checkings comme Ellinika Hoaxes, un site qui décrypte les informations grecques, mais aussi du monde entier. La preuve de ce tournant médiatique en Grèce : une étude de Reuters a montré que la Grèce était le seul pays d’Europe à avoir plus confiance en les réseaux sociaux qu’aux médias traditionnels. Sur un panel de 70 000 personnes, 95% des personnes interrogées faisaient confiance aux réseaux sociaux (Digital News Report, 2017).

Un mot a même été désigné pour parler de cette connexion triangulaire entre les politiques, les hommes d’affaire propriétaires des médias, et les médias eux-mêmes : diaploki. Une traduction qui résume à elle seule la situation médiatique en Grèce : des intérêts qui s’entremêlent.

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