Grèce : Le métier de journaliste, en difficulté

Grèce : Le métier de journaliste, en difficulté

Quelles sont les conditions des journalistes et de ceux qui veulent le devenir en Grèce ? Après les différentes dictatures et les périodes d’instabilités politiques et économiques, le journalisme doit se confronter à de nombreuses difficultés. Krysta Fotinopoulou, journaliste et commerciale pour Insider Magazine et freelance pour Nou-pou.gr, a répondu à nos questions afin de nous expliquer la situation du métier qu’elle exerce en Grèce, son pays de naissance. 

  • Pourquoi avez-vous choisi de travailler pour deux entreprises de presse ?

J’ai choisi de travailler pour deux entreprises car, de nos jours, en Grèce, nous ne pouvons pas nous sentir en sécurité avec un seul emploi puisqu’avec la crise économique, de nombreuses entreprises ont fermées, et ce, assez rapidement. J’ai donc fait ce choix pour me sentir financièrement plus en sécurité. En cumulant deux emplois, j’ai la possibilité d’avoir un salaire plus élevé, un salaire qui peut se rapprocher de celui qu’un Français pourrait avoir en ayant un seul travail en France. Je l’ai aussi fait car cela me permet d’avoir deux expériences simultanées. Je suis commerciale et journaliste pour Insider Magazine. Dans cette entreprise, je m’occupe de toutes les formalités et prépare quelques articles et newsletters hebdomadaires. Dans le site Nou-Pou, j’écris un article par semaine sur une entreprise ou une personnalité autant politique que culturelle qui crée des projets dans les quartiers voisins d’Athènes. Les deux emplois sont donc complémentaires financièrement et intellectuellement.   

  • Comment caractériseriez-vous la difficulté qu’un journaliste peut ressentir lors de la recherche d’un emploi en Grèce ?

Il est très difficile de trouver un emploi en tant que journaliste en Grèce parce que de nombreuses entreprises, de presse en particulier, ont fermé puisqu’elles ne pouvaient financièrement pas se permettre de continuer à produire du contenu. Cependant, j’ai eu la chance de trouver un emploi en tant que journaliste pour une chaîne télévisée, directement après avoir terminé mes études universitaires. Cette expérience a été l’une des plus enrichissantes que j’ai eues dans ce domaine puisqu’elle m’a permis de me rendre au Parlement Européen, à Strasbourg. J’ai ainsi fait de nombreux entretiens, notamment du député européen et Président du Parlement, Martin Schulz. Néanmoins, je sais que la probabilité de trouver un emploi aussi rapidement est très faible en Grèce en ce moment et ce depuis plusieurs années.

  • Le métier de journaliste que vous exercez en ce moment est-il en accord avec l’idée que vous en aviez quand vous avez voulu devenir journaliste ?

Quand j’ai réalisé que je voulais devenir journaliste, je pensais que ce métier serait plus simple. Néanmoins, j’ai rapidement vu qu’une personne qui veut devenir journaliste doit comprendre que ce métier nécessite d’avoir beaucoup d’énergie, autant pour trouver des idées d’articles, qu’en raison des déplacements successifs, des entretiens et enfin en raison du travail d’écriture des nombreux articles que nous devons constamment publier. Ici, en Grèce, et même dans la capitale, il faut être conscient que, malgré cela, il peut s’avérer très difficile, voire impossible, de gagner un salaire décent en étant journaliste. Je pense qu’il est important que les jeunes qui souhaitent faire ce métier sachent que, si ce domaine ne les passionne pas, il sera très difficile d’en vivre, notamment dans ce pays où les conditions sont si difficiles, autant économiquement que physiquement.

  • Justement, que pensez-vous de la conditions des journalistes dans ce pays ?

Le nombre d’emplois a fortement diminué avec la crise économique, ce qui crée une importante compétition. Les journalistes doivent chercher plus longuement un emploi, et doivent être plus performants quand ils en trouvent, et ce beaucoup plus qu’avant la crise économique. Aussi, comme je l’ai précisé, les salaires dans les entreprises de presse, qu’elles soient publiques ou privées, sont très bas, et l’exploitation est un gros problème dans notre pays. Il s’agit donc de persévérer. Toutefois, il est encore possible de trouver un emploi en Grèce si les candidats sont qualifiés, tout en sachant que certaines entreprises peuvent ne pas nous payer à temps, ou ne payer que très peu.

  • Puisque vous avez eu l’occasion de travailler en France, entre autres, que pensez-vous de la condition des journalistes en Grèce par rapport aux autres pays européens ?

Je crois que les conditions pour trouver un travail avec un bon salaire sont difficiles dans tous les pays d’Europe dans tous les domaines, mais surtout en journalisme. Mais ici, en Grèce, je pense que les conditions sont d’autant plus compliquées. La situation n’a ni évolué ni régressé depuis que la crise économique a commencé. Je pense que nous devons comprendre qu’il est nécessaire que nous changions, nous et nos idéologies, si nous voulons voir un effet majeur dans notre société. Je suis convaincue que la situation actuelle est peut-être due au fait que la plupart des personnes n’ont pas d’idées novatrices. Et c’est en partie pour cette raison que nous sommes en crise depuis plus de dix ans. La plupart des personnes qui ont des projets décident de partir travailler à l’étranger.

  • Que pensez-vous des compétences des journaux d’information, des radios d’information et des journaux papier dans ce pays ?

Parce que les salaires sont bas, la qualité est également basse dans de nombreux journaux et sites Internet. De nos jours, les médias sont de moins en moins fiables. Nous ne pouvons pas séparer les fausses informations des vraies. Beaucoup de journalistes font des erreurs en ne vérifiant pas les informations avant de les publier, ce qui a pour conséquence de répandre des informations illégitimes, notamment sur les réseaux sociaux. Aussi, de nombreux journalistes copient les médias, sans prendre en compte les copyrights. Ce sont les nouveaux inconvénients des médias, qui s’ajoutent à la corruption qui concernent de très nombreux médias depuis longtemps.

Johanna Bonenfant

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