#Evolve, le plan de restructuration qui a changé le visage de RTL Belgium

#Evolve, le plan de restructuration qui a changé le visage de RTL Belgium

En mars 2018, la procédure Renault initiée par la direction de RTL Belgium prenait fin. 88 employés ont été licenciés dans le cadre du plan de restructuration #Evolve. L’occasion de revenir sur cette période difficile qui marque un tournant historique au sein du groupe privé RTL.

En septembre 2017, la direction de RTL Belgium avait annoncé son souhait d’enclencher une procédure Renault. Cette procédure de dialogue est imposée par l’État belge depuis 1997 pour une entreprise qui souhaite licencier des employés. Elle doit permettre aux organisations syndicales d’être totalement informées des décisions prises par les directions concernées et de pouvoir présenter des solutions alternatives au nom des travailleurs. Cette procédure a été mise en place à RTL Belgium dans le cadre d’un plan de restructuration surnommé #Evolve. Son but avoué : répondre à l’arrivée de TF1 sur le marché publicitaire belge en septembre dernier. Cette irruption dans un marché très fermé a fait l’effet d’une bombe, tant dans le service public avec la RTBF que dans le groupe privé de RTL. TF1 pourrait en effet grignoter entre 20 et 30 millions d’euros sur un marché de 200 millions d’euros. Pour y faire face, les chaînes ont donc dû faire des économies en matière de personnel, soit 88 départs au total dont 38 départs volontaires. Avant la vague de licenciement, RTL Belgium employait au total un peu plus de 500 salariés, une centaine de pigistes réguliers et environ 200 pigistes occasionnels. Cela va aussi avoir un impact sur la profession dans son ensemble car RTL va perdre 33 titulaires de cartes de presse (journalistes et caméramans).

“Fast” ou “slow” ?

Mais le véritable objectif du plan de restructuration de RTL est de prendre le virage numérique au sérieux, en s’adaptant aux nouveaux modes de consommation du public. La direction part du constat que les nouvelles technologies ont bouleversé notre rapport à l’information et impliquent donc directement le fonctionnement interne de RTL. Ainsi, avec le plan de restructuration #Evolve, c’est une nouvelle page qui s’ouvre, avec un nouveau mode de production basé sur le principe du « fast and slow ».

Le traitement de l’information sera en effet organisé selon le principe « fast news/slow news » avec d’un côté des infos « chaudes » qui nécessitent de la réactivité et de l’efficacité, et de l’autre, des infos plus « froides » où l’on va prendre davantage le temps de développer des contenus propres en décryptant ou bien par exemple en faisant du fact cheking. Cette nouvelle organisation va avoir de nombreuses conséquences sur les modes de fonctionnement des différentes rédactions.

Vers de nouveaux modes de production

En effet en s’appuyant sur ces deux modes de productions, la rédaction sera répartie entre le IN et le OUT. Il s’agit de dissocier la recherche de la diffusion de l’information. Pour le fast, il y aura par exemple deux nouveaux métiers : le JRI et le « deskeur ». Le Journaliste Reporter d’Images (ou JRI) ira sur le terrain, suivra l’information de A à Z, devra réaliser les images et les interviews mais ne se soucie pas du montage. C’est le rôle du deskeur qui, comme son nom l’indique, reste au bureau pour monter la matière envoyée par le JRI. Les deskeurs seront des journalistes formés au montage, qui auront donc l’atout de la maîtrise de la narration.

Ainsi l’historique duo journaliste-cameraman disparaît, alors qu’il permettait d’avoir des conditions de travail optimales avec un double regard dans la construction d’un sujet. Bousculée son mode de production, la rédaction s’inquiète aussi fortement pour l’instauration d’horaires en « shift », c’est-à-dire qu’une partie des employés travailleront désormais soit de 6 à 14 heures ou de 14 à 22 heures.

La radio connaît elle aussi une profonde transformation : les reporters devront s’équiper de smartphones pour partir sur le terrain selon le concept du “mojo”, le journalisme mobile. Le reporter radio devra donc prendre le son mais aussi l’image. En effet selon la direction, il est essentiel de favoriser les productions multimédias car la radio de demain sera numérique.

Il n’y a pas d’urgence à passer dans le fast and slow” déclare la direction lors de la réunion d’information du 26 mars. Des formations commenceront mi-avril à la fois pour le montage et pour les JRI, afin que la mise en place technique soit possible au mois de juin. Le plan #Evolve devrait in fine être opérationnel d’ici la fin de l’année 2018.

La “semaine noire” des licenciements

Le vendredi 2 mars, après plus de cinq mois de discussion, la direction de RTL Belgium et les représentants du personnel se sont accordés sur les conditions de départ du personnel licencié. Le nombre de départs a été ramené à 88 au lieu de 105, dont 38 départs volontaires. L’accord a été conclu dans la nuit, puis validé le vendredi à la quasi-unanimité du personnel lors d’une assemblée générale. Le licenciement de ces salariés deviendra effectif à partir du 27 mars.

Le lundi 12 mars marque quant à lui le début de la « semaine noire » tant redoutée, celle des annonces des licenciements. Le mode opératoire est toujours le même : tous les matins, entre 8h30 et 9h30, les ressources humaines téléphonent aux personnes concernées. Un entretien individuel est organisé dans la journée avec les ressources humaines, le chef de service et éventuellement un délégué syndical. Le licenciement n’est effectif qu’à la fin du mois de mars, le temps que l’employé s’inscrive à la cellule pour l’emploi.

La vague de licenciement a commencé par le département de la radio le lundi matin avec Bel RTL, Radio Contact et Mint. Des services administratifs ainsi que la régie publicitaire ont aussi été concernés par ce premier jour. Mardi ce fut au tour de RTL TVi, avec l’annonce des départs volontaires, ainsi que la régie. Les deux jours suivants, c’est le reste de la rédaction de la télévision qui a été concerné en plus du service marketing.

Des visages derrière les chiffres

Sur les 38 départs volontaires, on retrouve environ deux tiers d’employés issus des rédactions (caméramans, journalistes, techniciens…). Parmi eux : Olivier Pierre, Eric Van Duyse, François Genette ou encore de Jimmy Méo, tous les quatre journalistes pour le JT de RTL TVi. Tout comme le journaliste sportif Eddy Daniel, 61 ans, un des membres fondateurs de la chaîne et véritable spécialiste du cyclisme. « Ces salariés n’adhèrent pas au futur plan #evolve tel que présenté par la direction, redoutant de ne plus pouvoir exercer leur métier d’information dans des conditions correctes »», souligne la Société des journalistes (SDJ) de RTL-TVI et Bel RTL.

Parmi les personnes licenciées contre leur gré figure notamment Dominique Henrotte, journaliste présentateur de l’émission « Place royale« . Celui-ci s’est vu notifier son licenciement dans des conditions particulièrement difficiles alors qu’il s’envolait pour le Canada, où il a effectué son dernier reportage en compagnie de la famille royale belge. Notons aussi le départ de Myriam Courcelles, la productrice historique de RTL et instigatrice du Télévie, la grande opération de solidarité organisée par RTL Belgium.

Les capitaines quittent le navire

Ce sont aussi des piliers quittent la maison RTL Belgium. Tout d’abord Philippe Malherbe, qui après presque 35 ans de maison se voit retirer son poste de chef d’édition. Le journaliste verviétois qui a présenté le JT d’RTL TVi pendant 16 ans conserve cependant la présentation de l’émission “Coûte que coûte”.

Ce n’est pas le cas de Marie-France Muschang. Entrée dans la famille d’RTL en 1984 au Luxembourg avant de rejoindre Bruxelles pour la naissance de RTL TVi. Journaliste de terrain, elle deviendra ensuite la première femme présentatrice du journal des sports. En 1999, elle accepte un nouveau challenge : celui de devenir chef d’édition, un poste qu’elle occupera avec passion pendant 19 ans. « Son départ est vécu dans l’incompréhension la plus totale. Rien ne le justifiait« , indique la Société des journalistes (SDJ). “Marie-France a occupé tous les postes de la rédaction avec une grande rigueur, une réelle passion et une sincère générosité« .

La présentatrice Hakima Darhmouch, très émue, a d’ailleurs adressé un vibrant hommage à ses collègues à la fin du JT de 19h du 13 mars. « C’est la fin de ce RTLinfo. Merci à vous de l’avoir suivi. Un merci tout particulier aussi aux neuf collègues, journalistes et caméramen, qui nous quittent dans le cadre du plan de restructuration #Evolve. Merci aussi à Marie-France Muschang qui a orchestré ce journal pendant 19 ans » a-t-elle annoncé dans la séquence à retrouver en vidéo ici.

Nouveau départ dans l’inconnu

Beaucoup d’incompréhension, d’émotions et un sentiment de trahison qui plane… Une chose est sûre, la maison RTL ne sera plus jamais la même. Ce plan de restructuration a non seulement modifié en profondeur la manière de travailler, mais il a aussi brisé les liens qui unissaient les membres de cette grande famille avec tous ces nombreux départs.

Ce plan pourrait refléter in fine la situation des médias télévisés francophones en Belgique. Face à l’arrivée de TF1 sur le marché belge, les directions ont dû faire des économies en matière de personnel, qui continuent à mettre à mal la sécurité de l’emploi, pourtant déjà bien fragile dans ce milieu dit “en crise”.

De manière plus globale, cette restructuration illustrerait la situation complexe des médias télévisés, aussi bien en Belgique qu’en France par exemple, qui doivent faire face au tournant numérique. On ne peut que souhaiter bon vent à ceux qui partent et bon courage… à ceux qui restent dans le navire aux 3 lettres !

Alice Mugnier

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