L’accord UE-Mercosur, attendu pour janvier 2026, promet une intensification des échanges commerciaux entre les deux blocs. Qualité des produits, protectionnisme, impact écologique : voici les clés pour éclairer un débat aux multiples facettes.
Le traité entre UE-Mercosur qui devrait être signé le 17 janvier 2026 au Paraguay, amène diverses questions sur la table. L’accord propose la réduction de la douane dans les échanges commerciaux. Surnommée « viande contre voiture », seront vendues des machines, huile d’olive, fromages, chocolats du côté européen et sucre, soja, riz et miel au sud.
Les relations commerciales entre l’Union Européenne et le Mercosur(Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay) constituent un mélange complexe d’intérêts géopolitiques, de sensibilités nationales et d’exigences réglementaires. Les inquiétudes en Europe vont de la qualité des produits aux questions écologiques mondiales. Parfois raisonnables, parfois réfutables mais toujours complexes. Voici quelques réponses qui peuvent clarifier quelques doutes.
1) Est-ce que l’opposition à l’accord dans le milieu agricole français est unanime ?
Le milieu agricole est considéré comme le plus impacté par la signature de cet accord. Pour différentes raisons, les divers syndicats des agriculteurs et des paysans français s’opposent à l’accord. La Confédération des Paysans, défendant la souveraineté alimentaire, est opposée à tous les accords de libre échange pour acheter et pour vendre les aliments. Alors que les agriculteurs y refusent pour considérer la « concurrence déloyale ».
2) Est-ce que les produits exportés par les sud-américains sont de moins bonne qualité que ceux de leurs concurrents européens?
La France, principal opposant de l’accord, fait la demande d’ajouter les l’introduction de clauses miroirs. Ces dernières imposeraient des normes de production identiques pour les marchandises échangées entre l’UE et le Mercosur. En décembre, d’autres clauses de sauvegarde ont été ajoutées au traité, mais pas celles des miroirs. Les clauses de protection proposéent par la France prévoit d’être déclenchée si les volumes d’importation augmentent de plus de 5 % ou si les prix baissent de plus de 5 % par rapport à une moyenne sur trois ans.
En revanche, l’UE affirme sur le site de la Commission Européenne qu’elle « applique des normes très strictes pour protéger la santé humaine, animale et végétale. Tout produit vendu dans l’UE (qu’il soit produit localement ou importé) doit être conforme aux normes SPS (sanitaires et phytosanitaires) de l’UE. Ces normes restent inchangées, indépendamment des accords commerciaux conclus par l’UE, tels que l’accord UE-Mercosur. »
Bref, les lois agricoles et d’élevage dans les pays du Mercosur restent les mêmes, mais ceux qui veulent vendre en Europe doivent suivre les standards européens et vice-versa.
3) Qui est le responsable de la déforestation ?
Un des arguments les plus utilisés par les opposants au traité est l’écologie, notamment l’élevage de bétail et la plantation de soja. Au Brésil, le secteur bovin était responsable de près de 97 % de la déforestation enregistrée dans le pays entre 2019 et 2024, selon Mapbiomas. En revanche, les entreprises européennes sont les principales consommatrices de bois illégal, selon une nouvelle investigation réalisée par Environmental Investigation Agency (EIA). Dans une interview accordée à DW, le sociologue spécialisée en politique international, Thiago Aragão, souligne que c’est un travail à faire à deux, « une partie ne doit pas promouvoir l’exploitation illégale du bois et l’autre ne doit pas l’acheter. »
Depuis 2022, le gouvernement bréslien a affirmé qu’il y eu une diminution de 63% dans la déforestation. Dans un communiqué de presse en janvier 2026, la ministre de l’Environnement du pays se montre favorable à l’accord car « il démontre que le Brésil est capable de renforcer son économie tout en protégeant ses biomes et en respectant ses objectifs environnementaux et climatiques ».
Pour en savoir plus : https://horizonsmediatiques.eu/2025/02/07/derriere-laccord-ue-mercosur-les-enjeux-pour-une-agriculture-plus-ecologique/
4) Un accord commercial ou politique ?
La géopolitique est un point clé pour la décision de cet accord. Ensemble, ces blocs couvrent 31 pays, plus de 700 millions de personnes et représentent près de 25 % du produit intérieur brut (PIB) mondial. L’accord créerait la plus grande zone de libre-échange au monde dans un contexte de tensions commerciales mondiales croissantes. L’union européenne a perdu de la place au milieu du commerce global et pour essayer de rester compétitive s’allier aux pays du sud peut être une bonne opportunité de (re)positionnement global. « Pour Bruxelles (l’UE) vise à réduire ses dépenses économiques, en particulier vis-à-vis de la Chine. Les pays du Mercosur disposent de ressources naturelles et minières essentielles à la transition énergétique et numérique, ce qui renforce leur intérêt stratégique pour l’Europe. Le traité est une manière, donc, de faire face au protectionnisme », dit Stéphane Geneste, journaliste à l’émission de la RFI.
Seules la France, la Pologne, l’Irlande, l’Autriche et la Hongrie ont voté contre, le vendredi 09 janvier 2026, ont déclaré des sources diplomatiques à l’agence de presse Reuters. La Belgique s’est abstenue. Pour passer, l’accord doit avoir l’approbation par le Conseil à nouveau à la majorité qualifiée (55% des États et 65% de la population) et par le Parlement Européen à la majorité simple.
Vous pourriez aussi aimer
-
Marie Vuaille : Accompagner ses parents, un combat pour la dignité
-
Travail dissimulé : Comment l’Urssaf a redressé 135 millions en Auvergne-Rhône-Alpes en 2024
-
Qui de Lyon ou de Grenoble est la vraie capitale du tacos français ?
-
Covid-19 : la restauration française remet le couvert
-
La crise du logement vue par les chiffres : une construction neuve en panne