Alice Lepage. Photo Alice Lepage

Alice Lepage dans les studios de BX1 à Bruxelles

Alice Lepage : « Je vous pousse à ne pas faire que du journalisme »

Tout faire, tout tester : c’est la devise d’Alice Lepage. Entre Islande, Bretagne et Belgique, la journaliste cherche la direction à prendre. Un pied dans le journalisme, un autre dans la production, Alice jongle entre ses propres valeurs et les tabous du monde journalistique. 

« Je pousse tout le monde à sortir des chemins et ne pas rester à 100% dans le journalisme » explique Alice Lepage. C’est en se détournant de la pige pour passer par les petites portes que cette bretonne a réussi à se faire se place. A commencer par un documentaire sonore appelé Journal de Bord : en 2024, la journaliste a accompagné des jeunes de l’association rennaise Keur Eskemm en Islande dans le cadre d’un échange européen. « C’est dans ces moments-là qu’on se rend compte qu’on sait faire des trucs ». Et ses petits boulots de serveuse, de vendeuse de légumes sur les marchés lui ont permis de trouver des sujets originaux à partir des récits qu’on lui faisait. Un passage en service civique à Radio Campus de Rennes, elle a toqué il y a quelques mois à la porte de BX1, pour un stage dans le média bruxellois qui lui laisse carte blanche pour une émission documentaire. « Et je suis assistante de production pour l’émission Twitch CTRL Z », s’exclame Alice.

des questions sans réponses

Mais au milieu de ses différentes aspirations, la question de sa légitimité pèse. « Je suis la première personne de ma famille à être allée à la fac » confie Alice. Entre mère de famille prolétaire et père plus bourgeois, il n’y a pas besoin de venir d’un milieu social très élevé pour se diriger vers le journalisme. Bien que ce soit son copain qui l’ait motivée à postuler pour master, Alice se fait sa place dans le domaine. Mais elle s’est aussi souvent questionnée « Est-ce que je suis capable de faire quelque chose considéré comme élitiste, alors que je ne le suis pas ? », « Est-ce que j’aurais dû faire une école de journalisme ? ». Et puis, c’est à ce moment-là que le poids du patriarcat s’est senti. « La question de la légitimité, quand tu es une femme, tu te la poses tous les jours ». Alors la solution, se tourner vers des stages qui lui correspondent, loin de la violence bourgeoise parisienne.

Rester droite dans ses bottes

Une chose qu’Alice garde de son passage à Lyon 2, c’est la déontologie journalistique qu’elle y a apprise.  « Nous étions vraiment poussés à réfléchir à l’éthique qu’on voulait apporter à notre travail, se remémore-t-elle. » Un aspect essentiel pour elle, qui la pousse à continuer dans cette voie à sa façon. Elle adore découvrir de nouvelles choses, voyager ou encore enregistrer son quotidien et ses proches avec l’idée d’en faire de mini séries documentaires. Nos amours ordinaires et ce qu’ils racontent de nous, c’est le nouveau projet sur lequel elle travaille. Très engagée sur les sujets de société qui l’animent, Alice a pourtant du mal à retrouver les thématiques qui lui tiennent à cœur dans l’univers médiatique actuel : « les questions sociales, contre les discriminations, l’antifascisme ou l’écologie sont devenues taboues ». Elle regrette de ressentir le besoin de lisser ses propos dans le cadre de son travail mais comme à travers son parcours, Alice trouve des moyens détournés de les aborder.

Ninon Demange, Annouck Lecreurer, Janaëlle Préault

Horizons Médiatiques

Le monde raconté par les étudiant·es du Master Nouvelles Pratiques Journalistiques de l'Université Lumière Lyon 2.