Alors que des dizaines de prisonniers politiques ont été libérés ce lundi 12 janvier par les autorités vénézuéliennes, la lenteur de la procédure génère de la frustration chez les familles et soulève des soupçons quant au pacte entre Washington et Caracas.
Couvertures sur les épaules pour certains, les mains jointes pour d’autres ou brandissant des pancartes. Au Venezuela, depuis l’annonce portée par le gouvernement, le 8 janvier, promettant la libération d’un nombre « important » de prisonniers politiques, des dizaines des personnes attendent désespérément des nouvelles de leurs proches aux abords des prisons, rapporte TV5Monde.
Face aux pressions américaines, le Ministère du Service pénitentiaire du Venezuela annonce finalement, le 12 janvier, avoir remis en liberté 116 détenus politiques ces derniers jours. Seulement voilà, cette opération se fait lentement, juge le média espagnol La Vanguardia. Et les familles, elles, s’impatient devant la lenteur du processus complète TV5Monde dans un autre article. Pour certaines Organisations non gouvernementales (ONG) ce nombre semble même loin, très loin de la réalité. El Foro Penal, une ONG qui s’occupe des détenus politiques, recense une quarantaine de nouvelles libérations depuis le 8 janvier, dont cinq espagnols et deux italiens. Des libérations, certes, mais à quel prix ? Cette même ONG dénonce une absence de liberté totale pour certains détenus relâchés. Une autre ONG du nom de Caleidoscopio Humano parle, elle, de 53 prisonniers libérés pour des motifs politiques. Si les chiffres exacts varient selon les Organisations, le constat, lui, reste clair : leur décompte est bien en deçà des données officielles exposées par le gouvernement.
Une libération qui ne respecte pas les obligations internationales
Des libérations pour « favoriser la coexistence pacifique », a fait valoir le 8 janvier Jorge Rodriguez, récemment réélu président de l’Assemblée nationale du Venezuela. Une décision qui interrogent certains militants vénézuéliens. « Un bon nombre de membres du chavisme ont leurs propres prisonniers politiques. Chaque bras du pouvoir, chaque groupe a ses propres juges, procureurs, groupes répressifs et prisons. Il a donc aussi ses prisonniers. Ils sont leur marchandise », a déclaré Luis Carlos Diaz sur ses réseaux sociaux. Sur environ 800 prisonniers politiques, seuls une cinquantaine semblent avoir été relâchés à ce jour. Les enquêteurs onusiens estiment que ces libérations sont loin de répondre aux obligations internationales du Venezuela en matière de droits humains. « Nous restons particulièrement préoccupés par le sort des femmes toujours détenues, compte tenu des conséquences spécifiques et aggravées sur leur santé et leurs responsabilités familiales », ont-ils dit. D’autant que les familles sont censée recevoir des informations claires sur le destin, sur la destination et la situation juridique de leurs proches. Rien de tout cela ne s’est produit jusqu’à présent.
Un processus semé d’ombre rapporte Luis Ernesto Blanco, depuis Caracas pour La Vanguardia. La permanence de figures clés derrières les barreaux suggère que le Palais de Miraflores (résidence des présidents de la République bolivarienne du Venezuela) tente toujours de conserver des « jetons de négociation », note-t-il. Un constat qui pose question : la valeur des prisonniers politiques serait-elle aujourd’hui plus stratégique que celle du pétrole ? Une chose est sûre, le contrôle du pétrole a été cédé plus rapidement.
ENCADRÉ
Sous pression de Washington depuis la capture de Nicolas Maduro par des troupes américaines, le Venezuela a annoncé, jeudi 8 janvier, la libération de « nombreux prisonniers » vénézuéliens et étrangers. Dans la foulée, le gouvernement espagnol a annoncé la libération de cinq de ses ressortissants. Parmi eux, l’avocate qui possède la double nationalité vénézuélienne et espagnole Rocio San Miguel, arrêtée en février 2024. Son procès, alors qu’elle était accusée d’être impliquée dans un prétendu complot visant à assassiner Nicolas Maduro, avait été reporté plusieurs fois. Elle « va bien », a affirmé, jeudi, son avocate, Theresly Malave, à l’Agence France-Presse (AFP). Quatre autres ressortissants espagnols sont aussi à dénombrés : Andrés Martínez Adasme, José María Basoa Valdovinos, Ernesto Gorbe et Miguel Moreno. Le chef du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez, a salué « un acte de justice », la Maison Blanche un « exemple » de « l’influence » de Donald Trump.
Dans un même temps, le gouvernement italien a annoncé la libération de deux de ses ressortissants : Alberto Trentini et Mario Burlo. En réponse, l’Italie s’est engagée à renforcer ses relations avec Caracas. « J’accueille avec joie et satisfaction la libération de nos compatriotes Alberto Trentini et Mario Burlo, qui sont désormais en sécurité à l’ambassade d’Italie à Caracas », a déclaré Meloni dans un communiqué. Le ministre des Affaires étrangères Antonio Tajani a quant à lui déclaré qu’aucun autre citoyen de nationalité exclusivement italienne ne restait en détention, après que le Venezuela a relâché deux autres ressortissants italiens, le journaliste Biagio Pilieri et l’homme d’affaires Luigi Gasperin, la semaine dernière. Néanmoins, des dizaines de ressortissants italo-vénézuéliens continuent d’être détenus.
Les organisations de défense des droits humains restent tout de même prudentes, car des centaines de prisonniers politiques se trouvent toujours dans le pays.
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