Le jeu Kosmopoli;t a été récompensé de la médaille de médiation du CNRS le 26 novembre 2025. Florent Toscano est le co auteur de ce drôle de jeu mêlant science du langage et amusement. Éditeur passionné des Jeux Opla, une maison d’édition lyonnaise lancée en 2011, l’éthique et les enjeux environnementaux sont toujours restés au cœur de son projet. Qui est ce protagoniste farfelu du monde méconnu des jeux de société ?
Arrivé à vélo, Florent Toscano, le sourire jusqu’aux oreilles, sort de sa sacoche une pile de jeux de société édités par sa maison d’édition : les Jeux Opla. Parmi eux, le jeu Kosmopoli;t qui a obtenu le prix Partage des connaissances des médailles de la médiation du CNRS le mercredi 26 novembre. Un jeu de société qu’il a mis 4 ans à élaborer avec son co auteur Julien Prothière et en association avec le laboratoire lyonnais Dynamique du langage : « La culture est faite pour émouvoir, la science est faite pour savoir. Moi j’adore que les deux soient mélangés, même si un jeu ce n’est pas un article scientifique ». Un jeu documenté qui incarne bien l’esprit de sa maison d’édition lancée en 2011. Auteur avant d’être éditeur, Florent Toscano lance les jeux Opla sur les conseils d’un ami distributeur engagé après avoir co-créé Pom Pom. Un petit jeu de cartes et de tactique qui permet de comprendre la saisonnalité des fruits et légumes, accompagné d’un livret créé en lien avec les producteurs d’une AMAP lyonnaise. Aujourd’hui, il a sa propre maison d’édition reconnue mais il reste avant tout un joueur curieux.
La backstory d’un passionné
À 44 ans, les yeux pétillants, Florent Toscano raconte être intrigué par la nature et les animaux depuis gamin et rêvait de devenir océanographe. Il grandit en pleine diagonale du vide, en Corrèze, et poursuit sa passion d’enfance à travers ses études en biologie à Limoges. C’est pendant ses années étudiantes qu’il tombe dans l’univers du jeu de société moderne, se découvrant un nouveau loisir. Il devient un joueur passionné, il participe à lancer une association : Chamboule-tout qui deviendra un festival à Ussel en Corrèze. Comme il le raconte avec amusement et une pointe de nostalgie : « On organisait des soirées jeux, des animations dans la ville et on tenait, ce que l’on appelait à l’époque, un Webzine ». Un site internet qui leur a permis d’entrer en lien avec des éditeurs intéressés à un moment où il y avait encore peu de sites internet et encore moins sur ce thème. Son plaisir du jeu et son entrain l’amènent à faire sa place dans la petite communauté du jeu de société. En parallèle, il continue ses études et, par le fil des opportunités, devient, en 2007, docteur en biologie humaine et travaille au centre de recherche en cancérologie de l’université de Lyon 1. « Travailler avec le vivant c’était magique parce que ça ne triche pas ! J’y voyais beaucoup de poésie, mais aussi beaucoup de travail et beaucoup de frustration » , se remémore-t-il en grattant sa barbe poivre et sel. Un bagage scientifique et une expérience de joueur aguerri qui l’ont conforté à faire de ce hobby son nouveau métier après la réussite de Pom Pom.
Pris à son propre jeu
« C’est vraiment une activité artistique pour moi quand je développe un jeu, je n’ai pas l’impression de faire des maths, même s’il y en a beaucoup. » Personnalité créative pour qui un jeu de société est un objet culturel au même titre que d’autres œuvres, Florent Toscano s’inspire de tout autour de lui. La nature, le cinéma ou la bande dessinée, son appétence pour l’écriture ou l’humour décalé du cinéma de Quentin Dupieux, tout est propice à faire mûrir une idée de nouvel univers ludique. Toujours accompagné d’un petit carnet pour mettre sur papier ses idées et les faire germer. Des idées qui semblent fuser aussi vite que ses mots. Pour cet éternel curieux, la création et l’édition de jeux rejoint son passé de chercheur. Il y retrouve dans le jeu une créativité qu’il appréciait déjà dans la recherche : trouver des hypothèses, construire des protocoles d’expériences. Il crée maintenant des univers, des prototypes de jeux de cartes et continue d’apporter un fond scientifique dans les jeux de sa maison d’édition. Développer un jeu de toute pièce demande du temps, des milliers de tests parfois pour les roder et les retravailler : « C’est l’art du sacrifice, on ne peut pas y mettre toutes ses idées ». C’est avec toute une équipe qu’il travaille, partageant les mêmes valeurs humaines, avec une démarche éthique qui continue de s’affirmer depuis 14 ans.
« J’aime transmettre des récits différents. »
Florent Toscano souhaite dès le début limiter son impact sur l’environnement, proposant des jeux conçus et fabriqués entièrement en France. Désormais la production est entièrement localisée en Auvergne-Rhône-Alpes. Pour cet éditeur conscient et inquiet des enjeux écologiques, refuser les habitudes poussant à la surconsommation comme le Black Friday compte beaucoup. Il partage le constat du réalisateur et auteur Cyril Dion, à travers ses jeux, Florent Toscano cherche aussi à transmettre d’autres histoires : « J’aime transmettre des récits différents, je pense qu’on en a besoin et qu’on en manque encore. »
Annouck Le Creurer
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