Canoéistes parmi les meilleurs Français, étudiant en finance, le Spinalien Hugo Latimier mène un double projet compliqué pour un jeune de 25 ans. Entre sacrifices et quêtes de performance, il poursuit un seul horizon : les Jeux Olympiques de Los Angeles 2028.
À 25 ans, Hugo Latimier avance comme il rame, énergiquement, sans jamais céder, malgré les contre-courants. Son profil de canoéiste est affirmé, un pagayeur puissant, davantage physique que technicien, comme il le dit lui-même. « J’ai des gros bras et je rame très fort ». Une stratégie gagnante puisqu’il s’est hissé parmi les trois meilleurs Français en 2024 en coupe de France, un titre de champion de France par équipe, vice-champion de France en canoë biplace avec son petit frère Jules Latimier et un titre de champion de Belgique à l’international.
Los Angeles 2028 : un long fleuve tranquille ?
Sur cette nouvelle saison 2025, le jeune sportif a choisi de professionnaliser davantage son approche. Il s’est entouré d’un kinésithérapeute et surtout d’un préparateur mental. « Il est impossible aujourd’hui de penser qu’on puisse réussir sans être suivi mentalement. Cela m’aide à visualiser ce que je n’arrivais pas à voir seul », confie-t-il. Il pense que s’entourer lui permettrait de l’emporter, « C’est ce qu’il m’a manqué sur ces dernières années, surtout à cause d’un budget restreint. Mais aujourd’hui j’ai des amis qui m’entourent pour me faire réussir ».
Mais Hugo a un objectif bien en tête. Après avoir touché aux sélections pour les Jeux Olympiques de Paris en 2024 (en se plaçant à la 5e place), il vise Los Angeles en 2028. « La marche est immense, il n’y aura qu’une seule place par pays. Être pris aux Jeux, c’est plus dur que devenir champion du monde », assure le Spinalien, bien motivé. Pour espérer y parvenir, il devra briller dès les sélections de début de saison, obtenir son ticket pour les championnats du monde et d’Europe afin de saisir l’occasion au meilleur moment.
Les débuts d’un champion en devenir
Dès le collège, il s’est forgé une mentalité de fer. « Je découvre le canoë-kayak grâce à mes parents, mon père est coach et ma mère championne dans la même discipline avant moi ». Avant cela, il a goûté au judo, à l’athlétisme puis à la natation, mais c’est l’eau vive qui l’attire pour de bon. En troisième, il intègre une section sportive et se retrouve plongé dans une vie réglée par les entraînements et les compétitions. Très tôt, les premiers résultats confirment sa progression. Couronné champion de France cadet et vice-champion de France. Des victoires fondatrices qui installent chez lui une mentalité de compétiteur.
Mais pour le jeune canoéiste, rien n’a été linéaire. À plusieurs reprises, il frôle la sélection en équipe de France junior sans jamais l’obtenir. Une frustration qui devient un moteur. « Je ne perds jamais, soit je gagne, soit j’apprends », résume-t-il. Sa résilience se révèle dans un épisode marquant. « J’ai été disqualifié pour un bateau trop long d’un millimètre lors d’un championnat. Avec l’aide de mon père, on a réussi à l’agrandir avec du mastic », un peu plus tard, sa sangle, un objet pour bien le maintenir dans son canoë, casse à son tour. « J’ai pris la perceuse, je voulais ramer quoi qu’il arrive », se souvient le jeune céiste. Il termine finalement vice-champion. Un symbole de sa détermination.
« Je ne perds jamais, soit je gagne, soit j’apprends »
Hugo Latimier
Un projet alliant précarité et sacrifice
Conscient que son sport reste amateur et ne garantit aucune ressource financière, Hugo refuse d’abandonner ses études. Après un bac S, il se lance dans une licence de finance. Il rejette l’idée d’un parcours par défaut. « Je ne voulais pas aller en STAPS par cliché. Il me fallait un vrai plan B », explique-t-il, fièrement.
Ce choix l’amène aujourd’hui à un emploi du temps presque irréel. Il prépare un master en finance et gestion de patrimoine en alternance au Crédit Mutuel Enseignant, tout en conservant son statut d’Étudiant Sportif de Haut Niveau. Une organisation réglée au millimètre, pensée pour ne pas compromettre son sommeil et sa récupération. « Il y a des choses où tu mets des croix. Les sorties, les soirées, parfois même la vie perso comme des relations…mais c’est le prix de la performance », reconnaît-il, avec une petite voix.
Ses semaines s’enchaînent à un rythme très strict, « Je vais en cours ou au travail, à la pause de midi je pars m’entraîner et à la fin de journée, je repars pour un second entraînement ». Un quotidien exigeant qu’il assume pleinement, convaincu qu’il doit être bon partout pour continuer d’avancer. Mais pour Hugo, « Il ne suffit pas d’être bon partout, il faut être excellent ».
Pourtant, il reste persuadé de pouvoir atteindre ses objectifs. « Je travaille énormément, je ne suis pas différent des autres. Il suffit d’y mettre du sien et de travailler sur ses points faibles. C’est mon cas ». Dans le courant mouvementé de sa vie, il avance, solide, avec l’idée qu’un rêve d’enfant pourrait bientôt devenir réalité.
Jules Villemiane
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