Déjà un sujet de discorde par le passé, la rémunération des joueurs et des joueuses de tennis a alimenté les débats en 2025. Grâce à des prises de position de grandes stars du circuit, la parole des acteurs de ce sport s’est libérée et une volonté de changement règne désormais sur le tennis.
Un classement mondial dominé par l’électrique rivalité entre Jannik Sinner et Carlos Alcaraz, une série Netflix dédiée aux coulisses du circuit : le tennis n’a jamais connu un élan de popularité aussi grand. Un élan qui se ressent au niveau financier, car les quatre tournois du Grand Chelem (Open d’Australie, Roland-Garros, Wimbledon et US Open) ont généré cette saison près de 400 millions de chiffres d’affaires chacun, un record.
Cependant, si les tournois sont satisfaits du contexte financier actuel, les joueurs ne peuvent pas en dire autant. À la fin de l’été, Jannik Sinner, Aryna Sabalenka et Coco Gauff, trois têtes d’affiche du tennis, sont montés au créneau pour dénoncer une redistribution inéquitable des bénéfices de ces tournois. De nombreux joueurs et joueuses se sont joint à eux, et tous visent les tournois du Grand Chelem.
« La NBA, la NFL et d’autres ligues reversent près de 50% de leurs revenus aux joueurs, tandis que dans les tournois du Grand Chelem, nous parlons de moyennes avoisinant les 10%. »
Pourtant, les tournois n’ont jamais distribué autant d’argent. Cette année, l’US Open est devenue la compétition de tennis la plus prolifique de l’histoire avec 77 millions d’euros de dotation pour les joueurs, une hausse de 21% par rapport à 2024. Néanmoins, les joueurs ne voient pas en cette augmentation des gains un partage équitable. « La NBA, la NFL et d’autres ligues reversent près de 50% de leurs revenus aux joueurs, tandis que dans les tournois du Grand Chelem, nous parlons de moyennes avoisinant les 10% », a déclaré Ben Shelton, 6ème joueur mondial.
Ancien numéro 3 mondial et vainqueur de Grand Chelem, le suisse Stan Wawrinka s’est également plaint de l’évolution de cette répartition : « Le revenu des Grands Chelems aujourd’hui est très important et le pourcentage reversé aux joueurs est ridicule. Il n’a pratiquement pas augmenté. » Pour rappel, Roland-Garros a généré cette année 346 millions d’euros de revenus. En 2015, année du premier sacre à Paris de Wawrinka, les revenus du tournois avaient été estimés à 150 millions d’euros.
Un circuit professionnel aux grandes disparités
Ce n’est un secret pour personne, les meilleurs joueurs de tennis au monde gagnent très bien leur vie. Pour eux, leur combat dépasse ce statut et vise à améliorer la situation du circuit tout entier, qui connaît des inégalités de plus en plus grandes. Alors que les joueurs classés dans les 100 premiers mondiaux s’assurent des revenus confortables, on ne peut pas en dire autant pour ceux qui n’atteignent pas ce palier. Pour cause, le tennis coûte très cher aux joueurs. Jules Marie, ancien 203ème joueur mondial, a annoncé dépenser 180 000 euros par saison, sans compter les salaires d’un coach et d’un kiné.
Des coûts très élevés que les joueurs classés en dehors du top 100 peinent à assumer.
Elixane Lechemia, ancienne 343ème joueuse mondiale, a mis fin à sa carrière en simple pour se consacrer au double, faute d’argent : « En fait, le moindre euro sauvé est une vraie victoire. La première année, j’en ressentais de la fierté, mais vivre cela pendant plusieurs années, c’est éreintant. »
Malgré ce constat, les « cash-prize » des tournois accessibles aux joueurs hors top 100 permettent à peine de couvrir ces frais. Une situation qui touche chaque joueur du circuit secondaire et qui pèse lourd dans les têtes, car les athlètes jouent leur survie économique sur chaque match.
La PTPA, ou les joueurs en guerre contre le système
L’Association des Joueurs de Tennis Professionnels (PTPA), une association fondée en 2019 par Novak Djokovic et Vasek Pospisil, est rentrée cette année en conflit avec les grandes instances du tennis. En mars dernier, l’organisation a attaqué en justice l’ATP, la WTA, l’ITF et l’ITIA, les quatre organisations majeures qui gèrent le tennis professionnel. Ces instances sont accusées d’exploiter les joueurs en plafonnant leurs revenus, et par conséquent d’imposer un calendrier éprouvant aux athlètes, qui trouvent les saisons de plus en plus longues. Un constat malheureux, qui gagne du terrain sur le paysage médiatique de la discipline.
Iga Swiatek, star du tennis féminin, a annoncé en fin d’année ne plus vouloir se plier à ces règles. « Je ne regarderai plus quels tournois sont obligatoires ni où je risque un zéro au classement. J’organiserai mon calendrier comme je le veux ». Avec des gains en carrière estimés à plus de 35 millions d’euros, la polonaise pourra se permettre de faire des choix, et de ne pas suivre le calendrier imposé. D’autres joueurs, aux revenus plus modestes, n’auront pas cette chance.
Un circuit désormais fracturé entamera en janvier une saison tennistique redoutée, où se côtoient les élites libres de mettre le tennis au centre de leurs choix, là où ceux qui ne remplissent pas de stades de 20 000 places se battront pour remplir leur frigo.
Lucien Pourcher
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