Ski de randonnée dans les Alpes en hors-pistes avec Christophe Kugler / Crédit photo : Eva Sztupecki

« Tout dépend du prix que l’on met sur sa vie » : le regard de Christophe Kugler, un expert du hors-piste en montagne

ENTRETIEN – Ce féru de hors-piste est un professionnel des montagne enneigées. Moniteur de ski alpin, professeur de sport plein air à l’Université de Strasbourg et membre de Natur’Sport, Christophe Kugler a plus d’une flèche à son arc. Mais encadrer des excursions en hors-piste n’est pas sans conséquences. Il nous raconte les rudiments de cette pratique à hauts risques.

Ce 11 janvier 2026, six skieurs ont trouvé la mort en une semaine dans les sommets alpins, alors qu’ils pratiquaient du hors-piste. Cet événement a créé l’effroi en France. Déjà en 2024, l’Association nationale pour l’étude de la neige et des avalanches, affichait un bilan de 21 personnes décédées lors d’accidents d’avalanche.

Si cette pratique n’est pas sans conséquences, Christophe Kugler, un professeur de sport plein air à l’Université de Strasbourg nous raconte les coulisses des préparations hors-piste dans les hautes montagnes des Alpes.

Eva Sztupecki – Quel a été votre dernière expérience en hors-piste ?
Christophe Kugler – Je reviens d’un stage de hors-piste ce week-end et, pas plus tard que dimanche matin, j’ai dit à mes élèves que ce soir, il y aurait des morts en hors-piste. Pourquoi ? Parce que c’était une journée fabuleuse avec un ciel bleu, mais avec un risque d’avalanche de niveau 4/5. Dans ce genre de cas, sans être devin, on sait qu’il y a toujours des gens qui bravent les risques. Personnellement, je ne suis pas sorti avec mon groupe d’élèves pour la bonne raison que c’était trop dangereux.

Comment fait-t-on pour se sécuriser ?
On peut limiter les risques et faire du hors-piste en connaissance de cause grâce aux bulletins d’estimation des risques d’avalanches que l’on trouve sur Météo-France. Ce sont des données très scientifiques qui donnent des informations pointues sur l’échelle des risques en fonction des secteurs, des massifs, de l’orientation des pentes et de l’altitude. Regarder ce bulletin est la première chose à faire quand on fait du hors-piste. Après cela, on doit être équipé d’un DVA (appareil de localisation), d’une pelle et d’une sonde. C’est le triptyque magique pour se retrouver quand il y a un accident. On prend en plus un sac airbag qui permet de surnager au-dessus d’une coulée de neige. Malheureusement, certains pensent qu’une fois équipés, ils peuvent tout se permettre. Mais ce n’est pas parce qu’on met une ceinture de sécurité qu’on ne va pas aller dans le mur : ce n’est pas une garantie de survie à tous les coups.

Quand est ce que le danger est trop important pour se lancer ?
En tant que professionnel, jusqu’à l’échelon trois des risques, on y va, c’est le risque que l’on a la plupart de l’année. Cependant, même avec un risque évalué à deux, cette année, on a eu le décès d’un moniteur à La Plagne, car il s’était fait piéger. On peut limiter les risques, mais ils seront toujours là.

Est ce qu’il faudrait interdire le hors-piste ?
Il y a des pays qui le font. Mais ce serait triste si ça arrive chez nous, parce que ce serait une atteinte à la liberté individuelle. Il faudrait l’interdire si on met en danger la vie d’autrui, mais la plupart des skieurs sont piégés dans leurs propres avalanches. Ce sont des risques que l’on assume pour soi-même. Tant que l’on n’atteint pas autrui, il faut rester libre.

D’après votre expérience quel est la principale cause d’accident en hors-piste ?
La principale cause d’accident, c’est l’enthousiasme, puisque les gens y vont malgré les risques. Tout dépend du prix que l’on met sur sa vie. Personnellement, je sais que seul, je prendrai plus de risques qu’avec un groupe. Souvent, les gens piégés sont des personnes expérimentées dans leur pratique personnelle du hors-piste.

Vous est-t-il arrivé de vous retrouvé dans une situation à risque ?
Oui, ça arrive de temps à autre. Je me suis fait prendre une fois, mais j’ai réussi à surnager. J’ai eu de la chance. Quand on vit des situations de stress particulières, on réagit presque en militaire : on a une procédure à suivre qui est de protéger, alerter et secourir, en utilisant les moyens qu’on a à notre disposition. Quand on a affaire à un accident, il faut suivre les procédures et ne pas montrer de signes de panique. On doit rester très calme.

Qu’est ce qui reste a améliorer dans la pratique du hors-piste en France ?
Il y a encore des efforts à faire dans la sensibilisation. Peu de gens sont équipés, comparé à la masse qui se lance dans le hors-piste. Il ne faut pas interdire, mais sensibiliser davantage aux formations « neige et avalanche » ou d’orientation cartographiques. Le hors-piste est un espace de liberté tellement fabuleux que les risques sont là, mais ce sont les risques de la vie. Je dis souvent à mes étudiants et à mes proches que la partie la plus dangereuse, ce n’est pas ce qu’on fait, mais la route que l’on prend.

Note : cet article a été rédigé dans le cadre d’un travail universitaire.

Horizons Médiatiques

Le monde raconté par les étudiant·es du Master Nouvelles Pratiques Journalistiques de l'Université Lumière Lyon 2.