Jérémy Mansuy, triple vainqueur - Jérémy Mansuy est devenu triple vainqueur du marathon du Beaujolais, un record encore jamais atteint dans l'histoire de cette course.

Jérémy Mansuy est devenu triple vainqueur du marathon du Beaujolais, un record encore jamais atteint dans l'histoire de cette course - Crédits : Jérémy Mansuy

Jérémy Mansuy : triple vainqueur et éternel gamin

Jérémy Mansuy court comme d’autres jouent : avec l’insouciance d’un enfant et le goût du plaisir avant tout. C’est cet esprit ludique qui l’a porté vers un exploit inédit : trois victoires consécutives au marathon du Beaujolais. Sans chercher la performance, le Rhodanien s’est pris à son propre jeu — celui d’un sportif qui n’a jamais cessé de courir pour s’amuser.

Le rendez-vous devait se faire sur les quais du Rhône à Lyon. Finalement, le temps hivernal a poussé à se réfugier dans un petit café voisin où Jérémy Mansuy s’installe, un double expresso entre les mains. « Si on demande à mes parents, ils diront que je cours partout depuis que j’ai 4 ans », s’amuse-t-il. Après 2 heures et 26 minutes de course, le garçon infatigable est devenu triple vainqueur du marathon du Beaujolais, le 22 novembre 2025. Un record encore jamais atteint.

« Le sport c’est un peu mon mode de vie », annonce-t-il comme une évidence. Et il suffit de l’écouter pour comprendre : course, vélo, trail… Ses journées ressemblent à des récréations sans sonnerie. Diplômé de STAPS à Strasbourg, titulaire d’un brevet d’Etat de maître-nageur, il entraîne désormais des enfants pour la mairie de Lyon. À l’aube, vers 6 heures, on peut le croiser au parc de la Tête d’Or ou sur les quais du Rhône en train de courir. Ce qui explique pourquoi le journal Le Patriote Beaujolais lui a attribué par erreur 32 ans au lieu de 38 : cette confusion le fait sourire. Le sport conserve – surtout quand on garde une âme d’enfant.

Une enfance passée à courir

La natation ? Il hésite avant d’en rire. « Je peux avoir un joker ? Ça m’arrive de nager parfois, mais ce n’est pas ce qui m’amuse le plus. » Lui préfère l’extérieur. À Gérardmer, dans les Vosges, où il a grandi, les grands espaces invitaient déjà à la course. « Depuis petit, je fais la course avec mon père. Lui à vélo, moi à pied. Et 15 ans après, il me suit toujours à vélo », raconte-t-il. Une tradition familiale, presque un rituel, auquel s’ajoutent aujourd’hui ses entraînements en solitaire ou avec sa copine. « Le sport c’est mon équilibre », insiste Jérémy.

« Je me suis simplement dit que j’allais m’amuser pendant un peu plus de deux heures. » 

L’amusement, justement, reste son moteur. « C’est comme un jeu. » Même le marathon n’échappe pas à cette logique enfantine : le jour du départ, le sportif s’est simplement dit qu’il allait « s’amuser pendant un peu plus de deux heures ». En revanche, quand il s’agit des vêtements, Jérémy rit moins. Tout est assorti, de la tête aux chaussettes. « J’ai peut-être un petit côté maniaque pour certains trucs », concède-t-il timidement.

Tester ses limites, ça l’attire, mais  le marathonien ne refuse jamais une victoire et un bon chrono. Ce qu’il redoute davantage, c’est lire la veille un article listant tous les favoris susceptibles de l’empêcher de réussir son triplé. « Je préfère le côté ludique, courir pour m’amuser. » Marathon de Lyon, marathon du Vercors, marathon pour tous lors des JO de Paris… Mais le Beaujolais reste sa cour de récréation préférée : il connaît la course, le parcours, cette épreuve a pour lui une saveur particulière.

Sa première victoire au marathon du Beaujolais en 2023, il ne l’attendait pas du tout – pas plus que les deux suivantes. « C’était mon premier marathon tout court ! » Non seulement il a bouclé la distance, mais il a aussi remporté la course et signé un chrono en 2 h 31. « Autant maintenant les gens me reconnaissent, mais la première année, j’étais un inconnu », sourit-il. Et l’arrivée de la course à Villefranche-sur-Saône a quelque chose de magique : du monde partout, de la musique, des bars remplis, une ambiance qui ravit l’enfant qu’il est resté. « Ça porte pour les derniers kilomètres et ça repousse les douleurs et les crampes. »

Pris à son propre jeu

Pourtant, il avait dit à sa copine que ce serait son dernier marathon. « Je cours depuis que j’ai 6 ou 7 ans, j’aimerais voir d’autres choses. » Mais la retraite attendra encore. « Personne n’a jamais été vainqueur 4 fois de suite » glisse-t-il avec malice. « Si j’arrive à faire moins de 2 h 25 et à gagner encore une fois le marathon du Beaujolais, je serais pas mal d’un point de vue sportif ! » Peut-être même qu’un jour il tentera un marathon mythique tel que Berlin. « Comme je n’y suis jamais allé, ce serait une manière un peu différente de visiter. »

Et après ? Il arrêtera, sûrement. Avant l’entretien, il revenait du kiné, où il se rend une à deux fois par semaine. « Courir sur une longue durée laisse quelques traumatismes », admet-il. Sans compter la discipline et les sacrifices que ce rythme exige. Pour lui, le plus dur reste l’alimentation. Jérémy adore les pizzas et les bonbons schtroumpfs. « Les brocolis, un peu moins » ajoute-t-il dans un rire. Pendant trois semaines, pourtant, il s’y contraint. « Ça me fait rigoler parce que ce n’est pas grand-chose, mais ça reste des petits sacrifices. »

L’après-marathon, il l’imagine déjà. Profiter davantage de la montagne : presque chaque week-end, il rejoint leur appartement là-haut avec sa copine, elle aussi passionnée de sommets, surtout pour le ski.  Et puis, retrouver cette sensation enfantine de course sans enjeu : « Juste courir pour regarder, lever les yeux, voir ce qu’il y a autour de moi. Et ne pas m’occuper du chrono. »  

Janaëlle Preault

Horizons Médiatiques

Le monde raconté par les étudiant·es du Master Nouvelles Pratiques Journalistiques de l'Université Lumière Lyon 2.