Chaque samedi, sur le marché de Bourg-en-Bresse, entre les étals des petits producteurs et les déambulations des habitant.es, les obsessions des politiciens d’extrême droite se diffusent. Les élections municipales approchent à grands pas. Un coup de campagne se joue même ce mardi 13 janvier 2025 à 19h. Une réunion publique organisée par Bourg Ambition se tiendra dans la salle de spectacle Le Vox, autour du développement et de la vie économique de la ville.
La stratégie de Bourg Ambition s’accélère ainsi à toute vapeur, tandis que la droite se déleste de tout complexe. À la manœuvre figure Benoît de Boysson, tête de liste de cette alliance inédite entre une partie de la droite républicaine et l’extrême droite zemmouriste. Membre du conseil national d’Éric Zemmour, il entend mener la Reconquête d’une des rares terres de gauche, dans l’Ain.
« C’est la première fois dans le coin qu’il y a une telle alliance »
L’homme politique avait annoncé, lundi 3 novembre 2025, qu’il serait tête de liste de Bourg Ambition. Alors soutenue par des figures de la droite locale comprenant les élus d’opposition, désormais alliés, Pierre Lurin et Jacques Freneat, ces derniers seront présents ce soir lors de la réunion publique. Un coup de théâtre pour la droite traditionnelle puisque Bourg-en-Bresse est la seule commune de plus de 30 000 habitants à ne pas être investie par un.e candidat.e LR pour les élections municipales. « C’est une perte totale de boussole pour le parti Les Républicains, diagnostique Thierry Dosch, directeur de campagne du Parti Socialiste (PS). Outre les quelques-uns qui s’y sont opposés, cela a créé une véritable controverse chez les LR. »
« C’est la première fois dans le coin qu’il y a une telle alliance », observe de son côté un membre du collectif Action antifasciste de l’Ain (AAA) sous couvert de l’anonymat. Un étonnement que cet habitant de Bourg-en-Bresse nuance toutefois, décrivant la situation locale comme le reflet de dynamiques nationales. L’Union des droites (UDR), qui a récemment accueilli Marc Chavent, député Reconquête de la 5ᵉ circonscription de l’Ain, en est selon lui l’illustration.
Ces quelques « brebis galeuses » républicaines figurent alors aujourd’hui aux côtés de Benoît de Boysson, ancien candidat aux législatives sous l’étiquette Reconquête. Pourtant, dans le programme de la réunion publique, aucun des thèmes fétiches du parti d’Éric Zemmour n’est explicitement abordé. Le tout est bien plus lisse. Mais si l’alliance se présente comme une simple « union des droites », sans étiquette partisane, les logiques de l’extrême droite demeurent bien présentes.
Ain, deux, trois, soleil
À la veille de cette réunion, dans une interview accordée au média d’extrême droite Frontières, Benoît de Boysson dévoile des intentions plus explicites. « Voiles », « immigration », « réaffirmer les règles françaises et l’identité du pays » voilà les quelques thèmes qu’il prévoit d’inscrire comme prioritaire à son programme. Comparant Bourg-en-Bresse à la Seine-Saint-Denis, il établit une corrélation douteuse entre le nombre de logements sociaux et l’insécurité : « Le maire sait qu’il est allé trop loin sur les logements sociaux (…) mais il continue. Un questionnaire que nous avons lancé cet été auprès de 10 000 personnes montre que la moitié des habitants déconseillerait à leurs enfants de s’installer ici. C’est une ville que l’on fuit. »
Une ville que les Burgien.nes fuiraient à cause d’un trop grand nombre de logements sociaux ?
« J’ai franchement l’impression de vivre dans une ville différente de celle qu’il décrit. À l’écouter, on serait en insécurité permanente. C’est un discours typique de l’extrême droite, et il est mensonger », rétorque Thierry Dosch, interdit. « Il y a toujours eu beaucoup de logements sociaux à Bourg-en-Bresse. Le PS sous Debat n’en a pas construit davantage, nous en avons seulement réhabilité. »
Cette commune, perdue au cœur d’une multitude de villages aux couleurs politiques très bleutées, connaît, il est vrai, une stabilité socialiste depuis 18 ans. Les deux dernières élections municipales ont même été remportées dès le premier tour par Jean-François Debat. Alors que les villages qui la jouxtent fleurissent d’une droite traditionnelle, « Bourg est un peu la tâche du coin », ainsi que le surnomme un autre activiste de AAA, filant entre deux cours à l’université.
L’extrême droite en mode Reconquête
« Nous avons délibérément choisi une liste sans étiquette pour éviter que les partis ne divisent les énergies », poursuit dans sa lancée Benoît de Boysson dans Frontières. Une stratégie de flou autour de cette « union des droites », qui peine à masquer la réalité de l’alliance, et qui n’a pas échappé à la gauche locale. « Benoît de Boysson n’est pas un membre banal de Reconquête. Il siège au conseil national du parti », rappelle Thierry Dosch. Et d’ajouter : « Il est proche d’Éric Zemmour, condamné pour provocation à la haine. Cela n’a rien d’anodin. » Contacté, Bourg Ambition a refusé ou n’a donné aucune réponse aux sollicitations d’Horizons Médiatiques.
Le jeune militant de AAA, encore étudiant, confie : « Je ne crois pas à une victoire de cette alliance (droite – extrême droite, NDLR), et je pense que Jean-François Debat sera réélu (la gauche fait également front commun, à l’exception de La France insoumise et de Lutte ouvrière, NDLR). Mais il ne faut pas la sous-estimer. Leur campagne est très active, notamment dans les espaces citoyens, sur le marché de Bourg et sur les réseaux sociaux. »
En attendant les élections municipales prévues les 15 et 22 mars 2026, le collectif Action antifasciste de l’Ain prévoit de son côté d’intensifier ses actions. Une mobilisation nourrie par la crainte de voir leur ville basculer dans les cordes d’un candidat issu du parti Reconquête.
Louison Lecourt
N.B : cet article a été publié dans le cadre d’un cours dédié à la webrédaction organisé le 13 janvier 2025.
Vous pourriez aussi aimer
-
Jérémy Mansuy : triple vainqueur et éternel gamin
-
Fatoumata Ben Bangoura, rescapée de la Méditerranée : « J’avais peur d’arriver pour rien en Europe »
-
Florent Toscano : l’éditeur qui tire son épingle du jeu
-
Hugo Latimier : la volonté comme ligne d’eau
-
À Lyon, ces nouveaux porte-drapeaux qui ravivent la mémoire du 11 novembre