Marie Vuaille, mère de trois enfants et pharmacienne à Saint-Just-la-Pendue a placé ses parents en Ehpad il y a maintenant trois ans. Une décision qui marque la fin de six ans d’aide quotidienne, de refus de l’abandon de ses parents au détriment de sa vie personnelle. Elle raconte ces années où sa vie personnelle est passée au second plan, au profit de celles de son père et de sa mère.
Au courant de l’année 2019, Marie Vuaille, habitante de Cours, voit logiquement la santé de ses parents âgés de presque 90 ans chacun se détériorer. Sa mère, Magdeleine, connaît des problèmes cardiaques. Quant à son père Jacques, un accident vasculaire cérébral lui a laissé des séquelles au niveau de la parole et de la compréhension. En bref, ils deviennent de moins en moins autonomes. Pour Marie, pas question d’entendre parler de maison de retraite pour l’instant. Elle en avait d’ailleurs fait part à ses parents, une journée avec eux dans leur maison de campagne.
« Si un jour, vous ne pouvez plus vivre seuls, je serai là. Vous viendrez vivre avec moi. » Un moment fort, vrai, qu’elle a tenu à vivre avec ses parents tant qu’ils étaient en état de le comprendre.
À cette période, alors qu’elle vivait à une heure de route de chez eux, Marie faisait deux allers-retours par semaine chez ses parents pour leur apporter des courses, avec des consignes de préparation de repas. Une aide précieuse, mais qui a fini par ne plus suffire.
« Je voulais qu’ils aient une vie la plus normale possible et pas une survie. »
Des paroles, Marie est passée aux actes. Constatant que ses parents n’étaient plus en état de vivre seuls malgré son aide, elle les a fait venir chez elle. La maison familiale située à Cours (69) a connu quelques aménagements, et Marie jonglait entre préparation de repas, aide à la toilette, au lever, au coucher. Un accompagnement permanent, mais nécessaire. « Le maintien à la maison a fait une sorte de continuité de leur vie en appartement et non pas une rupture brutale. L’Ehpad, c’était leur dire aujourd’hui, vous n’êtes plus autonomes. Je voulais qu’ils aient une vie la plus normale possible, et pas une survie. »
Au fil des jours, l’état de santé de ses parents nécessitaient de plus en plus de soins. Toujours réticente à un placement en Ehpad, Marie a fait venir les aides à la maison. Une infirmière pour les médicaments et les toilettes, et une aide de vie pour les repas.
Un refus de l’abandon, malgré le temps qui passe
Cet accompagnement quotidien ne se limitait pas à faciliter la vie. Dès que l’occasion se présentait, Marie organisait des moments de famille avec ses parents et le plus de proches possibles. Elle qui craignait de mettre fin à leur vie sociale en les plaçant en Ehpad, cherchait constamment à les stimuler, qu’importe le prix. « Jusqu’à la dernière année de vie de ma mère, on les emmenait une semaine par an en vacances. La dernière année a été bien difficile, ma mère était instable mentalement, et pouvait difficilement rester seule. Elle ne tenait pas en place. » Des moments compliqués, mais qu’elle ne regrette pas. « C’était pour qu’ils passent de bons moments, pour nous ça ne l’était pas spécialement » se rappelle Marie, dans un éclat de rire. « Encore une fois, c’était pour qu’ils vivent et non qu’ils survivent. »
Des derniers moments partagés en famille, avant un inévitable départ pour l’Ehpad. Marie a repoussé l’échéance au maximum, « peut-être même trop » raconte la Coursiaude. Les soins devenaient trop importants, tout comme les risques de chute. Un jour, elle a pris la décision, pour leur bien, et pour le sien. « La première mise en Ehpad en urgence est due à mon épuisement. Je les ai placés de manière temporaire. L’idée était de les reprendre éventuellement à la maison plus tard. »
La fin d’un parcours de six ans
Bien sûr, Marie continue d’aller les voir, presque tous les jours. N’étant pas satisfaite des services de l’établissement pourtant réputé en banlieue lyonnaise, elle procèdera à un transfert vers un Ehpad bien plus proche de chez elle. Cette fois-ci, le transfert sera définitif.
Après plusieurs années à refuser l’abandon, l’idée de les savoir seuls et potentiellement mal traités, Marie se rassure de voir ses parents pris en charge et en sécurité. Quelques mois passent, et sa mère s’éteint paisiblement. Son père lui, continue de mener une vie tranquille et sait que chaque jour, sa fille viendra l’aider à manger et lui fera la conversation.
Pour Marie, le soulagement est apprécié. « J’éprouve une sérénité à avoir dispensé à mes parents les soins qu’ils m’ont dispensé dans mon enfance. Je trouve que c’est un juste retour (…) je me sens sereine et même si le parcours a été difficile, je pense qu’il a été le meilleur. »
Désormais, lorsque l’on demande à Marie si ces années n’ont pas été trop dures, si elles n’avaient pas entaché sa relation avec ses parents, elle sourit avant de répondre simplement : « Seuls les bons moments de vie résistent au temps. »
Lucien Pourcher
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