Rassemblement des porte-drapeaux à la cérémonie du 11 novembre à Lyon, au Parc de la Tête d'Or - © Antoine JAILLET

À Lyon, ces nouveaux porte-drapeaux qui ravivent la mémoire du 11 novembre

Lors des cérémonies commémoratives, les porte-drapeaux, bien que discrets, jouent un rôle crucial dans la transmission du savoir.  Alors que les associations mémorielles vieillissent, une nouvelle génération s’engage à perpétuer la mémoire des combattants.

En ce mardi 11 novembre, journée de commémoration de l’armistice de 1918, le parc de la Tête d’Or se pare de feuilles mortes et de drapeaux tricolores. Dès 9 heures, devant la porte des Enfants du Rhône, les différents corps d’armée se tiennent en rangs serrés, immobiles, prêts à accueillir les premiers invités militaires et civils. Non loin de là, près des gradins réservés aux officiels, des élèves de plusieurs écoles primaires du quartier répètent une dernière fois leurs chants commémoratifs. Au milieu de cette valse de manœuvres protocolaires, un petit groupe d’une vingtaine de personnes se distingue derrière le pupitre de prise de parole. Ils discutent, ajustent leurs tenues, leurs gants et déploient leurs étendards. Il s’agit des différents porte-drapeaux des associations de la communauté lyonnaise.

Qui sont ces porte-drapeaux ?

Parmi les porte-drapeaux présents ce matin-là, Antoine Heurtel, 29 ans et professeur de Sciences de la Vie et de la Terre à Vénissieux. S’il s’est engagé, c’est d’abord pour une raison en lien avec son histoire familiale : « Je voulais honorer la mémoire de mon arrière-grand-père, qui était résistant. Son histoire a toujours circulé dans ma famille », confie-t-il avec fierté. 

D’abord douteux : « Je ne savais pas si j’avais ma place dans une association d’anciens combattants, je n’ai jamais combattu », il a finalement décidé de sauter le pas en rejoignant Le Souvenir Français après qu’une conseillère municipale de sa commune l’a mis en contact avec l’association. Depuis, il participe aux différentes commémorations avec un mélange d’« honneur, de fierté et de responsabilité ». Malgré une présence récente dans la structure, un souvenir l’a particulièrement marqué : la cérémonie des 80 ans de la rafle d’Izieu, en 2024. « C’était un moment très fort, avec une émotion difficile à décrire », raconte-t-il. À quelques mètres de lui, Ambre Blein-Rigaud tient son drapeau au garde à vous avec ses gants blancs et son béret. À seulement 19 ans, étudiante en cybersécurité et sapeur-pompier volontaire, elle incarne la nouvelle génération que les associations tentent de mobiliser. « Je ne me serais jamais portée volontaire, je pensais qu’il fallait un immense mérite pour devenir porte-drapeau », sourit-elle. C’est son directeur d’école qui l’a repérée et encouragée à rejoindre l’amicale des anciens commandants de Lyon. « Porter le drapeau, c’est un honneur. Beaucoup d’associations manquent de volontaires ; les anciens sont trop âgés pour continuer. » Depuis octobre 2025, elle multiplie les cérémonies : les 225 ans des Cosaques, le 11 novembre et prochainement le 8 mai. D’autres profils complètent l’éventail des nombreuses associations présentes ce jour, comme Molinaro, engagé au sein de l’association DACI avec son frère. Tous deux soutiennent les anciens combattants italiens présents dans la région. « On n’a pas fait la guerre, mais on porte le drapeau pour ceux qui ne peuvent plus le faire », confie-t-il.

Philippe Berthelot, délégué général du Rhône pour Le Souvenir Français, commémorant la mémoire des personnes mortes accompagné des porte-drapeaux – © Antoine JAILLET

La transmission au cœur des préoccupations

Si ces nouveaux visages apparaissent dans les rangs, c’est grâce au travail des associations mémorielles. Elles sont confrontées à un défi majeur : la relève. « Nos missions n’ont pas changé depuis 1887. Elles sont d’entretenir les tombes des morts pour la France ; et organiser les commémorations et transmettre aux jeunes générations », explique Philippe Berthelot, délégué général du Rhône pour Le Souvenir Français. Avec le temps, de nombreuses associations locales se sont affaiblies en raison du manque de membres suffisamment jeunes ou capables de pouvoir porter encore le drapeau. Certains drapeaux, autrefois portés par d’anciens combattants, doivent désormais être transmis à des établissements scolaires ou à des jeunes volontaires. « Quand je remets un drapeau d’une association qui se dissout à un collège ou un lycée, c’est un moment très fort. On sent qu’un passage s’opère ». Cette transmission de la mémoire s’opère par diverses formes : nettoyage de tombes avec des classes de primaire dans les communes, interventions en histoire, voyages mémoriels à Verdun ou au Vercors ou même des conférences sur les symboles républicains. « Mardi dernier encore, nous étions dans trois classes de troisième pour parler du rôle des porte-drapeaux », poursuit-il. Contrairement aux idées reçues, l’engagement des jeunes n’est pas en diminution : « Après les attentats de 2015, on a observé une hausse nette. Aujourd’hui encore, je trouve que ça progresse. Ce 11 novembre, il y avait environ 200 jeunes à Lyon ». Pour Antoine Heurtel, quelque chose demeure : « On porte un drapeau pour des morts, mais on le fait pour les vivants. Pour que personne n’oublie. »

Antoine Jaillet

Horizons Médiatiques

Le monde raconté par les étudiant·es du Master Nouvelles Pratiques Journalistiques de l'Université Lumière Lyon 2.