Devanture café rosa

Devanture du Café Rosa, Lyon © Clara Asciac

Café Rosa : faire vivre un lieu associatif quand les subventions manquent à l’appel

REPORTAGE | Repris cet été par un nouveau conseil d’administration, Le Café Rosa, un lieu associatif situé dans le 7ème arrondissement de Lyon, tente de palier comme il peut les baisses des subventions associatives. L’établissement compte sur ses bénévoles pour faire vivre le lieu, mais pas seulement.

Derrière le comptoir, un jeune homme semble se battre avec la machine à café. Alors qu’une personne vole à son secours, l’appareil se met enfin à fonctionner. « Ça va aller ? T’hésites pas si t’as des questions ! » lance-t-elle, avant de retourner sur son ordinateur. Sammy, l’apprenti barista, acquiesce dans un sourire victorieux. Il est bénévole depuis fin septembre au Café Rosa, à Lyon. Un lieu associatif et militant, à la croisée des luttes queer, féministes et anti-racistes.

Un lieu « refuge »

S’il est devenu bénévole ici, c’est parce qu’il partage ces valeurs, et qu’il cherchait à faire partie d’une communauté bienveillante. Donner de son temps derrière le bar, c’est aussi un moyen pour lui d’apprendre le métier sans se mettre la pression, formé par les autres volontaires. « L’ambiance est trop bien, il y a un climat agréable ici », confirme Jhade, elle aussi bénévole, venue aujourd’hui en tant que simple cliente. Membre de l’association Lié.e.s, elle a décidé de prêter main forte lors de la reprise du café par son nouveau Conseil d’Administration, le 15 juillet dernier.

Composée de 9 bénévoles et d’une salariée, le CA a souhaité élargir le public du Café Rosa, ouvert en 2020 sous l’identité d’un lieu féministe. « Ça faisait des années que je voulais reprendre un lieu comme ça, une sorte de refuge pour les minorités », confie Deborah, à l’origine du projet de reprise. Si l’équipe espère employer une nouvelle personne à l’avenir, elle sait que l’association est loin de pouvoir se le permettre. « Pour le moment, impossible d’embaucher un ou une autre salarié.e », admet Deborah. Le Café Rosa possède de maigres revenus pour exister, et les coupes budgétaires prévues dans le milieu associatif pour 2026 inquiètent. Le budget consacré à la jeunesse et à la vie associative passerait de 848 à 627 millions d’euros selon France générosité, syndicat professionnel des associations.

« Sans les bénévoles, on n’y arriverait pas »

Installée dans un des canapés, Deborah lance une playlist sur l’enceinte, qui résonne doucement pour ne pas couvrir les autres conversations. Sa mission ne se résume pas qu’à mettre de la musique. Au CA, elle tient le rôle de coordinatrice. Elle gère la communication entre les pôles de l’association et veille au bon fonctionnement du lieu. Le soir, le café se transforme pour accueillir des activités culturelles, des conférences, ou encore des groupes de paroles, des événements qui permettent eux aussi de compléter les revenus de l’association. Ce sont les bénévoles qui s’occupent de tout mettre en place.

Des subventions qui baissent et disparaissent

Entre les odeurs de café et de chocolats au lait, il faut suivre celle du thé noir pour trouver Sarah, présidente de l’association. Installée sur la mezzanine, elle pianote sur son ordinateur, une tasse fumante posée à ses côtés. « On a eu en juillet les trois subventions que l’ancienne équipe avait obtenu, mais elles ne font que diminuer d’année en année. Actuellement, c’est assez compliqué » soupire-t-elle. Subventionnée par la ville de Lyon, l’association bénéficie en tout de 5 000 euros, utilisés pour les travaux, la rémunération des artistes qui se produisent certains soirs, ou en complément lors des périodes creuses. Mais le Rosa risque de perdre jusqu’à la moitié de ses aides. « On est pas rassuré.es. L’ancienne équipe avait déjà perdu une subvention, et les autres ont été baissées. On se demande à quelle sauce on va être mangé l’année prochaine », déplore Sarah. D’autant plus que le CA refuse d’augmenter les prix des consommations et des adhésions, qui constituent la majorité des revenus du café.

L’association compte principalement sur ses 70 bénévoles, majoritairement étudiants, pour faire vivre le lieu. « Sans les bénévoles on n’y arriverait pas », assure la présidente. Le Rosa trouve également des fonds lors des activités payantes qui ont lieu certains soirs, récupérant un pourcentage sur l’argent récolté.

Le mécénat, ça fait débat

La prochaine étape pour l’association, c’est le mécénat, une méthode qui fait débat au CA. L’application de rencontre Hinge se proposerait comme première donatrice au Café Rosa, dans l’objectif de créer du lien en dehors des réseaux sociaux. Un projet étudié consciencieusement : si l’association a besoin de cet argent, elle veut s’assurer que l’entreprise respecte entièrement ses valeurs avant d’accepter son aide.

 « On cherche à ce que l’argent qui arrive jusqu’à nous soit le plus propre possible, en évitant le Pink Washing » souligne Sarah. Elle ne souhaite pas que l’association ne serve qu’à améliorer l’image d’une entreprise. En attendant, le café peut compter sur ses volontaires et sa clientèle fidèle, mais aussi sur les autres associations militantes lyonnaises, qui se réuniront en novembre au Rosa en signe de soutien.

Clara Asciac

Horizons Médiatiques

Le monde raconté par les étudiant·es du Master Nouvelles Pratiques Journalistiques de l'Université Lumière Lyon 2.