Poste d'écoute pendant une permanence + Un poste d'écoute pendant une permanence chez Nightline - © Nightline France

Un poste d'écoute pendant une permanence chez Nightline - © Nightline France

Étudiante le jour, écoutante le soir, Alex vient en aide aux étudiants en détresse

Alex*, étudiante en master de psychologie, est membre de l’association Nightline. Avec des centaines de bénévoles partout en France, elle a pour mission de venir en aide aux jeunes en détresse psychologique. Basée à Paris, Nightline possède une antenne à Lyon, où Alex est présente depuis 2 ans.

Il est un peu plus de 22 heures dans les locaux tenus confidentiels de l’antenne lyonnaise de l’association Nightline. La lumière est douce, presque chaleureuse. Sur la table basse sont posés des jeux de société, des couvertures, et quelques paquets de biscuits et sucreries variées. Dans un coin du local, Alex, étudiante en psychologie et bénévole depuis 2 ans, s’installe en tirant sur les manches de son sweat, déjà en pyjama, « pour être à l’aise », sourit-elle. Elle se prépare sa tisane habituelle et ouvre son carnet de notes, prête à commencer sa permanence qui durera près de six heures.

Chez Nightline, des étudiants venus de divers horizons s’investissent à travers un service d’écoute et de chat textuel pour aider d’autres jeunes en état de détresse psychologique. 

À 22 ans, la jeune femme venue de l’Ain, près de Genève, est écoutante et formatrice dans l’association. Elle consacre une nuit par semaine à écouter, sans conseiller ni juger, les étudiants qui appellent à l’autre bout du fil. Ce geste simple en apparence, a façonné sa vie personnelle et professionnelle. 

Un parcours initialement tourné vers la médecine

Alex n’a pourtant pas toujours su qu’elle voulait orienter sa vie vers l’écoute. Avant d’être étudiante en psychologie, il y a eu la médecine, vécue comme un huis clos. « J’étais isolée, l’ambiance était toxique. Au bout d’une semaine, j’avais compris que je ne continuerais pas. » De cette traversée difficile, elle en garde sa partie humaine : comprendre les autres, dit-elle, a peut-être été une manière de se comprendre elle-même. Sa réorientation vers la psychologie a été « la première vraie décision prise pour moi ».

Derrière ce choix, on devine le chemin parcouru : la rupture avec les attentes familiales « Ma mère m’avait dit « tout sauf la psychologie », la peur d’échouer, l’impression de recommencer à zéro dans une ville où elle ne connaissait personne. « J’ai toujours voulu travailler avec le cerveau, mais pas forcément soigner. Je voulais être avec les gens, les écouter. » C’est un mail reçu pendant sa deuxième année de licence de psychologie qui l’amène à Nightline. Elle s’y inscrit « sans trop réfléchir », insomniaque assumée. Le reste s’est enchaîné : entretien, formation en présentiel sur deux week-ends et ses premières permanences.

Un anonymat compliqué à tenir

Ce soir, alors qu’elle prépare sa tisane, elle rit en évoquant l’anonymat exigé par l’association.  « Je suis une très mauvaise menteuse. Au début, j’avais l’impression d’être agent secret. » Ses amis pensaient qu’elle avait rejoint le FBI. Aujourd’hui encore, peu de personnes savent précisément ce qu’elle fait la nuit, dans ces locaux agréables décorés de dessins et de petits mots glissés de la part des autres bénévoles dans des enveloppes colorées.

« J’aime entendre la voix de la personne. C’est plus humain. »

Sur la permanence, l’ambiance est étonnamment paisible : les bénévoles tricotent, grignotent, jouent aux cartes. Mais à tout moment, un appel peut les projeter dans la douleur de quelqu’un. Alex préfère les appels aux chats textuels : « J’aime entendre la voix de la personne.  C’est plus humain. » Elle n’oublie pas l’un de ses premiers appels marquants, une jeune femme dont l’histoire ressemblait étrangement à la sienne. « J’avais l’impression de parler à moi-même. Elle a fini par fondre en larmes. Ça l’a soulagée, je crois. » Elle ne dira jamais qu’elle a « sauvé » quelqu’un, le mot lui déplait. « Notre rôle c’est d’écouter, pas de soigner. » Pourtant, elle confie avoir eu des collègues ayant déjà été confrontés au suicide au téléphone ou par chat. « Tous les appels suicidaires ne se terminent pas bien ».

Pour se préserver, Alex parle. À ses proches, aux autres bénévoles, à une psychologue. Elle refuse d’aller se coucher juste après un appel difficile, le silence serait trop lourd à garder.  L’anonymat aide aussi. « Je ne connais pas leur nom. Ça pourrait être n’importe qui. »

Nightline a façonné la personne qu’elle devient : plus empathique, moins dans le jugement, plus à l’aise socialement. L’association a même changé ses ambitions professionnelles : elle se tourne désormais vers la neuropsychologie, plus scientifique, moins centrée sur l’écoute quotidienne. « Une fois par semaine, ça me va. Tous les jours, je ne pourrais pas. » Cet engagement en tant que bénévole écoutante l’a rendu plus à l’aise également avec des thématiques qui pouvaient lui paraître taboues dans la société, comme la suicidologie. Elle lui a permis aussi de faire de nouvelles rencontres. « Grâce à Nightline, j’ai rencontré mon petit copain. »

Un peu plus loin, les autres bénévoles chuchotent doucement. Alex replace son casque, vérifie son tableau de notes, et s’apprête à décrocher. Elle ne sait jamais à quoi s’attendre : un étudiant trop seul, une insomnie, un cœur brisé, parfois une détresse plus lourde. Mais elle est là, prête à écouter.

*il s’agit d’un nom d’usage pour préserver son anonymat 

Lucas Teitler

Horizons Médiatiques

Le monde raconté par les étudiant·es du Master Nouvelles Pratiques Journalistiques de l'Université Lumière Lyon 2.