Arrivé en France depuis le Mali en 2019, Coulibaly Djakaridja, féru d’écriture, publie Sous le feu du Sahara. Un livre dans lequel il retrace son vécu sur la route difficile et extrême de l’exil. Un ouvrage qui se veut un cri d’alerte face aux fléaux de l’immigration clandestine, dont beaucoup de celles et ceux qui en empruntent le chemin ignorent la violence et les dangers.
C’est à la médiathèque du Bachut, entouré de livres, que Coulibaly Djakaridja s’inspire et écrit. Une pratique devenue quotidienne depuis son arrivée en France. À bientôt 32 ans, l’exilé originaire du Mali vit à Lyon depuis six ans. Arrivé en 2019 après un périple migratoire long et éprouvant, il choisit aujourd’hui de mettre des mots sur cette traversée. Dans son livre Sous le feu du Sahara, il retrace son exil, du désert aux routes clandestines.
Écrire pour comprendre et prévenir
Après avoir obtenu un certificat de niveau C1 qui atteste de son français avancé et suivi une formation médicale de 11 mois, écrire devient pour lui une forme de méditation. C’est décrire de manière réflexive ce qui l’entoure, observer les personnes qu’il rencontre, raconter la vie des autres. Son empathie naturelle l’aide à comprendre leurs difficultés, chercher des réponses à travers des mots, des phrases et des récits.
« Si j’écris avant d’aller me coucher je sais que la nuit sera paisible » confie le jeune homme qui jusqu’ici réservé, laisse poindre un premier sourire par la simple évocation de cette activité. C’est à travers les autres et pour les autres que cet observateur du quotidien trouve le sens de sa littérature.
Sous le feu du Sahara s’inscrit dans cette démarche. Coulibaly Djakaridja espère du plus profond de son être que ce livre vienne au secours de jeunes africains et africaines qui envisageraient comme lui de prendre la route de l’exil. Il veut avertir sur les conditions terrifiantes, convaincu qu’il est de la responsabilité de celles et ceux qui ont vécu cette traversée de révéler les atrocités qu’elle contient. Selon lui, ce rôle est trop souvent laissé aux médias qui ont une vision déformée de la réalité.
Un parcours marqué par les rencontres
Malgré les situations difficiles que Coulibaly a connues au cours de son voyage, des épreuves qui le marqueront probablement à vie, il aborde les choses et les événements avec une grande douceur et un remarquable recul. L’écrivain insiste notamment à plusieurs reprises sur la chance qu’il a eu aussi bien pendant l’exode, qu’en arrivant en France. Le jeune malien se souvient des quelques rencontres qu’il a pu faire et de l’importance qu’elles ont eu dans son parcours. Il aime dire sa reconnaissance envers les personnes qui l’ont aidé, et explique que sans elles il n’aurait sans doute pas retrouvé espoir dans « la vraie humanité ».
« J’étais animé par la quête de savoir, je voulais découvrir »
Orphelin depuis tout petit, Coulibaly a été pris en charge par des enseignants au Mali. Il garde le souvenir de ces rares mains tendues, si précieuses dans son parcours. « L’orphelin est voué à lui-même et doit se prendre en charge tout seul. C’est de là d’où vient ma détermination ». Jamais inscrit à l’école, il estime que c’était le mieux pour lui : « Le système scolaire n’est pas la priorité là-bas et il est voué à l’échec ». Dès l’âge de 10 ans, il a dû faire face à la nécessité́ de subvenir aux besoins fondamentaux de sa famille, comme tant d’autres enfants dans son pays. Cette réalité, dure et implacable, l’a poussé́ à prendre la décision de quitter son sol natal pour tenter de se construire un avenir meilleur.
Arrivé sur les côtes italiennes, le jeune homme apprend la langue en l’espace de six mois. Ce qui va faciliter les rencontres et lui permettre d’accompagner des personnes dans la même situation auprès d’associations. Lorsque je lui demande pourquoi avoir quitté l’Italie pour la France, il marque une pause, réfléchit, puis affirme avec conviction : « J’étais animé par la quête de savoir, je voulais découvrir. »
Après avoir arpenté plusieurs villes, l’écrivain franchit la frontière sans destination précise. Vaguement Chambéry en tête, il monte dans le train et s’assoit à côté d’un « gentil monsieur » qui engage la conversation. Celui-ci descendra à Lyon. Alors Coulibaly ne s’arrêtera pas en Savoie et se laissera porter jusque dans la ville aux deux fleuves. Là où il rencontrera une famille et notamment une dame qui l’encouragera à publier son histoire. À la question d’écrire un autre livre, Coulibaly Djakaridja préfère rire sans pour autant exclure l’idée. S’il devait se lancer à nouveau, le titre serait sans doute Le Bruit du silence.
Anton Kopp
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