Théâtre de l’Élysée : quand la Région Auvergne-Rhône-Alpes tourne le dos à la création Représentation d'Adorcisme au Théâtre de l'Elysée, par le Collectif Clébards selon ton cœur. Julien SCHOTT

Représentation d'Adorcisme au Théâtre de l'Elysée, par le "Collectif Clébards selon ton cœur". @JulienSchott

Théâtre de l’Élysée : la Région Auvergne-Rhône-Alpes tourne le dos à la création

Depuis l’arrêt des subventions annuelles versées par la Région Auvergne-Rhône-Alpes aux structures du dispositif “Scènes Découvertes”, le Théâtre de l’Élysée et les artistes lyonnais émergents tentent de s’adapter. Nous les avons rencontré en novembre dernier.

Ce mardi 11 novembre 2025, c’est jour férié, mais c’est surtout soir de première pour le spectacle Adorcisme au Théâtre de l’Élysée. Baptiste et Chloé répètent une dernière fois leur texte dans l’ambiance calme et décontractée de l’espace bar et restauration. À 19 heures, les artistes filent en loge tandis que les premiers spectateurs franchissent la porte de ce lieu emblématique au cœur de la Guillotière, à Lyon.

Debout derrière la billetterie, Gabriel Laval Esparel, directeur du lieu, propose à chaque spectateur trois tarifs différents : 11, 14 et 17 euros. Chacun a le choix de donner un peu plus pour soutenir le théâtre et le « Collectif Clébards selon ton cœur », qui joue ce soir sur scène. Cette participation est cruciale car la Région Auvergne-Rhône-Alpes a décidé de supprimer, en mai 2025, une subvention non-négligeable pour les différents acteurs du théâtre lyonnais.

15 000 euros en moins dans le budget annuel

Créé en 2002, le réseau « Scènes Découvertes » rassemble huit associations dédiées aux artistes émergents, comme le Théâtre de l’Élysée ou des Clochards Célestes. Jusqu’ici, ces structures étaient financées par l’État, via la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC), par la Ville de Lyon et par la Région Auvergne-Rhône-Alpes.

En mai dernier, la Région, présidée par Fabrice Pannekoucke (LR), a décidé de supprimer la subvention annuelle destinée à ces associations. La raison officielle : elle souhaite donner la priorité aux structures qui diffusent la culture dans les milieux ruraux. Mais selon les personnes impactées par cette décision, comme Gabriel Laval Esparel, directeur de l’Élysée, ce choix est le résultat d’une guerre politique entre la Région et la mairie écolo de Lyon. 

« Il est difficile d’évoluer avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête, désormais, on sait qu’on doit faire sans cet argent », précise Gabriel Laval Esparel, directeur du Théâtre de l’Élysée. 

Cette subvention était équivalente à 10 % du budget annuel de l’association. Pour le moment, le théâtre ne subit donc pas de conséquences directes et importantes, mais la dynamique d’évolution est freinée.

« Déprogrammer des spectacles nous fait perdre de l’argent »

Ce soir, c’est Aziliz qui tient le bar du théâtre. Bénévole depuis la rentrée, elle travaille juste au-dessus de l’ »Élysée », dans l’accompagnement des compagnies de théâtre. Elle est témoin privilégiée des difficultés auxquelles les artistes en développement font face. « Quand il y a des économies à faire, c’est la culture qui est la cible facile. Cette année, beaucoup de compagnies sont en déficit, elles tournent de moins en moins et les créations sont difficiles à financer ».

Cependant, le théâtre du quartier de la Guillotière n’a pas eu besoin de déprogrammer des spectacles. Contrairement au Théâtre Nouvelle Génération (TNG), il n’achète pas les spectacles joués sur scène. L’association offre aux jeunes compagnies la possibilité de jouer devant plus de 50 personnes lorsque la salle est complète. En contrepartie, 60 % de la billetterie revient à la compagnie. Pour le théâtre, les billets vendus à l’année représentent environ 40 000 euros.

Les artistes émergents touchés de plein fouet

La principale conséquence de cette politique régionale reste néanmoins la suppression du dispositif « Artistes Associé.es », soit 8 000 euros en moins pour soutenir les jeunes créateurs. Une décision douloureuse pour le théâtre, qui a pour mission de programmer ces jeunes artistes et de les accompagner vers la professionnalisation. L’évolution de salaire des trois salariés et des trois intermittents est également impactée puisqu’ils ne toucheront pas de primes en fin d’année.

Amandine, à la conception lumière d’Adorcisme, se souvient : « En sortant d’école, je me disais que dans quelques années, je pourrais vivre dignement de ma passion. ». Mais cinq ans plus tard, elle a la sensation d’avoir évolué artistiquement, mais pas financièrement. Les appels à projets se raréfient, les budgets sont en baisse, mais les artistes sont toujours là.

Pour ce petit monde du théâtre émergent lyonnais, ces décisions politiques ont des conséquences réelles. « Avec ce type de politique réactionnaire, on nous fait comprendre qu’on n’est pas essentiels pour la société » admet Gabriel Laval Esparel. Le directeur de l’ « Élysée » compte sur le soutien du public pour que les artistes puissent continuer à créer.

Horizons Médiatiques

Le monde raconté par les étudiant·es du Master Nouvelles Pratiques Journalistiques de l'Université Lumière Lyon 2.