L'exposition FORESHADOWS Kaperlak dans le hall de la mairie du 8e arrondissement de Lyon avec deux visiteurs présents.

Julien Lachal : FORESHADOWS Kaperlak, la réalité du Groenland retranscrite

L’artiste Julien Lachal a parcouru en solitaire l’île d’Akunnaaq au Groenland durant l’hiver 2025. Son exposition « FORESHADOWS Kaperlak » est présente à la mairie du 8ᵉ arrondissement de Lyon. Jusqu’au 23 janvier 2026, elle montre la réalité du pôle Nord en brisant les idées reçues sur cet espace. Sur place, les Groenlandais souhaitent obtenir leur indépendance alors que le président américain Donald Trump menace de s’emparer de l’île.

Transmettre le Grand Nord.

C’est la mission que s’est donnée l’artiste Julien Lachal dans son exposition « FORESHADOWS Kaperlak » qu’on peut traduire en « Présage de la nuit polaire ». Depuis le 6 janvier et jusqu’au 23 janvier 2026, l’exposition prend place dans le hall de la mairie du 8ᵉ arrondissement de Lyon.

« Je voulais raconter ce qui se passe au quotidien, avec les gens… »

Julien a toujours eu un attrait pour les territoires impactés par des questions de risque et pour cause, sa formation d’architecte. Étant également intéressé par les changements climatiques, il a répondu à des appels à projets sur des territoires actuellement fragiles avec des enjeux écologiques majeurs. Finalement, il a été retenu pour passer cinq semaines durant l’hiver 2025 sur l’île d’Akunnaaq dans la baie de Disko au Groenland. Une opportunité pour lui d’être sur son terrain de « prédilection » et de prendre une revanche symbolique :

« J’avais un projet d’habitat groupé et on a eu une tempête de grêles, avec des grêlons d’au moins 10 cm de diamètre, qui ont dévasté le projet. C’était aussi une manière poétique de dire : Ok, la glace est venue me rendre visite, mais je vais à mon tour aller voir la glace dans son monde. »

Pendant cette expédition, l’artiste a pu explorer un village groenlandais traditionnel et rencontrer ses habitants. Il a découvert les relations qu’ont les locaux avec leur territoire et leur manière de se débrouiller aujourd’hui.

Mais si l’aventurier a fait le déplacement jusqu’au Pôle Nord, c’est surtout pour montrer le réel de cet endroit et « défaire les fantasmes et les effets cartes postales » que les gens peuvent avoir. « Je voulais raconter ce qui se passe au quotidien, avec les gens, les animaux, les plantes et le milieu que je rencontre qui est totalement différent de ce qu’on voit en général dans les médias. »

C’est par l’intermédiaire de l’art et de la créativité que l’explorateur a réalisé son travail. Plusieurs disciplines ont été utilisées par l’artiste pour exprimer son regard sur le Grand Nord. Prise de son, portrait en noir et blanc et contre-cartographie étaient le fruit de ces journées sur place.

Pour la photographie, l’abandon de la couleur a été nécessaire pour mettre l’accent sur les questions spatiales. Le choix du portrait lui était une manière de rendre le hors-champ plus fluide qu’avec un format paysage. D’un autre côté, la prise de son était un élément essentiel pour Julien.

« La question du son, elle amène un côté sensible qui est loin justement des clichés qu’on a sur les images, les belles photographies d’iceberg ou de la faune, que ce soit les ours ou les renards polaires. Quand on est dans le son, on est immergé. Je voulais projeter l’auditeur à l’intérieur d’un milieu, et je trouve que le son a cette capacité-là d’obliger la personne qui écoute à rentrer dans une histoire et à se faire sa propre histoire et ses propres images. »

En complément du son et de l’image, le praticien réalise des « contre-fictions cartographiques ». Leur but : « montrer que les choses ont lieu. » Ces dessins jouent sur des opposés comme sel et miel, liquide et solide, chaud et froid ou bien noir et blanc. Une manière pour Julien de présenter les changements climatiques d’un autre angle.

Contre-fiction cartographique réalisé sur place pendant l'exploration + Dessin d'une carte à l'encre blanche sur papier noir utilisant un mélange de sel et de miel.
Dessin d’une contre-fiction cartographique à l’encre blanche sur papier noir utilisant un mélange de sel et de miel. ©Clément Collot

Les dangers d’une annexion

Vivre pendant plusieurs semaines au Groenland, c’est aussi sentir les tensions qui y règnent ces derniers temps. Alors que Donald Trump souhaite vouloir s’emparer de l’île « d’une manière ou d’une autre », les Groenlandais eux réclament leur indépendance.

Pour Julien, cette annexion aurait trois causes principales. Premièrement, l’effondrement de la biodiversité. En exploitant les ressources du territoire, la fonte des icebergs s’intensifierait, causant un impact global planétaire en brisant la chaîne trophique océanique (chaîne alimentaire marine en eau salée). Le deuxième problème pour lui est lié à la pollution. L’exploitation massive des ressources fossiles et minières générerait une pollution inévitable brisant l’économie inuite reposant sur la pêche et la chasse.

Travaux de saumure sur les ressources minières + Des travaux de saumure sur les ressources minières mélangeant du sel et de la poudre de métaux.
Des travaux de saumure sur les ressources minières mélangeant du sel et de la poudre de métaux. ©Clément Collot

Enfin, le dernier risque qu’il considère come le plus important, serait la disparition de la culture groenlandaise :

« Il y a une grande richesse, une grande culture et des savoir-faire traditionnels qui sont extrêmement précieux. Aujourd’hui, il y a de la poésie, de la musique, de la sculpture, des chants, de la peinture, des photographes,  des gens qui racontent… Le risque, c’est que tout cela disparaisse et que derrière il y ait une chute de la culture. »

Clément Collot

N.B : cet article a été publié dans le cadre d’un cours dédié à la webrédaction organisé le 13 janvier 2025.

Horizons Médiatiques

Le monde raconté par les étudiant·es du Master Nouvelles Pratiques Journalistiques de l'Université Lumière Lyon 2.