Dimanche 11 janvier 2026 s’est tenu le deuxième tour des élections législatives en Birmanie. Une première après cinq ans sans votes, même si beaucoup réfutent le caractère démocratique du scrutin.
Les enveloppes ont glissé dans les urnes, dimanche 11 janvier 2026. En Birmanie, dictature militaire, le second tour des législatives a été organisé par la junte au pouvoir. Une première en cinq ans, le coup d’État de février 2021 ayant mis fin à 10 ans de démocratie dans le pays. Depuis, plus aucune élection ne s’était tenue.
Min Aung Hlaing a tenu à le souligner lors du premier tour, le 28 décembre 2025, lorsqu’il s’est lui-même rendu au bureau de vote. Selon France info, il aurait fièrement commenté : « Nous assurons qu’il s’agit d’une élection libre et équitable. Elle est organisée par l’armée, nous ne pouvons pas laisser ternir notre nom. »
Malgré ses dires, Le Monde écrivait que, selon le Réseau asiatique pour des élections libres, « les noms des partis qui avaient remporté 90 % des sièges lors des derniers scrutins ne figurent pas cette fois sur les bulletins de vote après avoir été dissous par la junte ». Parmi eux, la Ligue nationale pour la démocratie, le parti de l’ancienne dirigeante de Birmanie, Aung San Suu Kyi, qui a été dissous après le coup d’État.
Des élections boycottées par beaucoup
Pour autant, ces élections prennent place dans un contexte national particulièrement tendu, le pays étant déchiré par une guerre civile ayant débuté en mai 2021, seulement quelques mois après le coup d’État. Selon le service d’investigation de la BBC, la junte ne contrôlerait que 21 % du territoire, contre 42 % pour les groupes ethniques armés et autres forces d’opposition du pays. Ainsi, ces zones (soit 65 cantons et des milliers de quartiers selon un rapport des Nations Unies sur ces élections législatives) ne sont pas concernées par les élections. De toute façon, selon un article de France info, les groupes rebelles avaient annoncé qu’ils « boycotteraient, dans les régions qu’ils contrôlent, ces législatives promises par la junte ». Un geste lourd de sens en sachant qu’en Birmanie, protester contre le scrutin est interdit et peut s’accompagner d’une peine de dix ans de prison.
Les rebelles ne sont pas les seuls à bouder les urnes : l’association des nations de l’Asie du Sud-Est refuse également d’envoyer des observateurs aux bureaux de vote afin de ne pas légitimer un processus qu’elle qualifie, toujours selon France info, de « fantoche ».
Les habitants, eux, n’ont pas eu ce choix. C’est du moins ce que prétend Thomas Andrew, rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits de l’homme en Birmanie, dans le rapport mentionné plus haut. Selon ses sources, la junte aurait « exercé des pressions sur les personnes déplacées, les étudiants, les fonctionnaires, les prisonniers et les citoyens ordinaires pour qu’ils participent aux élections, en menaçant de leur refuser l’accès à l’aide humanitaire, à l’éducation, aux documents d’immigration et à d’autres services gouvernementaux ».
Une junte qui emploierait la « violence brutale pour contraindre à voter »
Il est appuyé par l’ONU, de nombreux pays occidentaux et des défenseurs des droits humains qui ont condamné, mardi 23 décembre, le recours à la violence et à l’intimidation pour contraindre la population à participer à ce scrutin contrôlé par l’armée. « Les autorités militaires en Birmanie doivent cesser d’employer une violence brutale pour contraindre la population à voter et cesser d’arrêter des personnes pour avoir exprimé des opinions divergentes », a déclaré le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk.
Si les résultats du 11 janvier n’ont pas encore été partagés par la Commission électorale de l’Union (UEC) birmane, ceux du 28 décembre ont été commentés dès le lendemain : « Nous avons remporté 82 sièges à la chambre basse dans les circonscriptions où le dépouillement est terminé, sur un total de 102 », a affirmé anonymement, dans un article de France 24, un cadre du Parti de l’union, de la solidarité et du développement (parti favorable aux militaires de la junte).
Le troisième et dernier tour du scrutin se déroulera le 25 janvier, tandis que les résultats définitifs seront partagés par l’UEC le lendemain.
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