Le RSA est une allocation entrée en vigueur le 1er juin 2009 en France métropolitaine. Destiné à soutenir les personnes aux revenus modestes, son montant varie en fonction des ressources et de la composition du foyer. Au-delà de son rôle de filet de sécurité, le RSA met en lumière des fractures profondes dans la société française.
Une prestation départementale révélatrice d’inégalités territoriales
Le RSA , ou revenu de solidarité active, est financé par les conseils départementaux et versé par les caisses d’allocations familiales (CAF) ou la Mutualité sociale agricole (MSA). En 2023, les départements ont consacré 45,7 milliards d’euros au financement des aides sociales. Parmi ces prestations figurent notamment l’aide sociale à l’enfance (ASE), l’aide sociale aux personnes handicapées, ainsi que le revenu de solidarité active (RSA).
Le RSA constitue le dispositif le plus coûteux, mais aussi celui qui concerne le plus grand nombre de bénéficiaires. Selon une enquête de la DREES réalisée en 2023, il représentait 41 % des dépenses totales des minima sociaux en 2021 (soit 12,3 milliards d’euros) et 44,7 % des allocataires, avec 1,9 millions de personnes. À une plus large échelle, le RSA représente 0,82 % de l’ensemble des dépenses des administrations publiques et 0,49 % du produit intérieur brut (PIB).
La répartition départementale des allocataires est fortement corrélée au taux de chômage. En France métropolitaine, la proportion d’allocataires dépasse la moyenne nationale de 3,8 % dans 34,4 % des départements où le chômage est lui aussi supérieur à la moyenne (7 %). Le lien étroit entre perception du RSA et chômage témoigne des fractures sociales à l’œuvre à l’échelle départementale. Au 31 décembre 2022, la Seine-Saint-Denis et les Pyrénées-Orientales, avec des taux de chômage de 10,2 % et 11,7 %, comptaient respectivement 7,3 % et 7,9 % de bénéficiaires du RSA, bien au-dessus de la moyenne nationale (DREES). Face à une asphyxie budgétaire, les deux départements ont fait le choix de renationaliser la gestion du dispositif en 2022. Les gains générés ont pu être réinvestis dans des politiques d’insertion. En Seine-Saint-Denis, les effectifs de référents insertion ont ainsi été doublés en 2024 (Banque des Territoires).
Une répartition genrée des allocataires du RSA
Parmi les 2,1 millions de personnes bénéficiaires du RSA en décembre 2022, on compte 54,3 % de femmes et 45,7 % d’hommes. Ce relatif équilibre s’étiole largement lorsqu’on examine la situation familiale des allocataires. Alors que 71,3 % des hommes bénéficiant du RSA vivent seuls sans personne à charge, cette situation ne concerne que 31,2 % des femmes. À l’inverse, 68,8 % des femmes bénéficient du RSA avec au moins un.e enfant à charge, contre seulement 2,8 % des hommes.
Les parent.e.s isolé.e.s – majoritairement des femmes – peuvent prétendre au RSA majoré. Cette majoration est accordée en cas de grossesse, naissance ou prise en charge d’un.e enfant, séparation ou veuvage. Au 31 décembre 2020, 96 % des allocataires du RSA majoré étaient des femmes. Ce dispositif témoigne de la précarité des mères isolées, souvent éloignées du marché du travail par la difficulté de concilier emploi et charge familiale.
Les échecs du RSA : entre faible taux de sortie et non-recours persistant
Depuis sa création en 2009, le RSA peine à remplir pleinement son rôle. Le dispositif est confronté à deux problèmes majeurs : un important non-recours et un faible taux de sortie durable.
Selon une étude de la DREES publiée en février 2022, environ 34 % des personnes éligibles n’accèdent pas à cette aide, un chiffre qui monte à 20 % sur le long terme. Le non-recours est particulièrement élevé chez les jeunes, les diplômé.e.s, ou encore les personnes vivant dans des zones rurales ou en Île-de-France. Ces publics renoncent souvent par méconnaissance, complexité administrative, ou pour éviter une stigmatisation sociale. Les conséquences sont lourdes : elles privent ces individus d’un soutien financier de 330 euros par mois en moyenne, freinant leur accès aux soins, au logement ou à l’alimentation.
Par ailleurs, parmi les allocataires, certain.e.s peinent à quitter durablement le dispositif. Plus l’ancienneté au sein du RSA est grande, plus le taux de sortie est faible, ce qui révèle des difficultés structurelles à favoriser une réelle insertion.
Une réforme controversée conditionnant l’aide à l’activité
Face à ces limites, la réforme du RSA, effective depuis le 1er janvier 2025, introduit une condition au versement de l’allocation : les bénéficiaires doivent réaliser quinze à vingt heures d’activité hebdomadaire (recherche d’emploi, formations, obtention du permis de conduire, etc.) pour pouvoir continuer à toucher l’aide. L’objectif affiché est de transformer le RSA en un outil de « solidarité active », face à une aide jugée trop « passive ». Parmi les défenseurs.euses de la réforme, le président de l’Institut Sapiens, Olivier Babeau – qui s’exprimait lundi 6 janvier dernier sur Europe 1 – estime qu’il s’agit d’une évolution nécessaire pour faire face à l’ « assistanat » et permettre un retour à une forme de « dignité » par le travail.
Toutefois, la réforme du RSA suscite également des critiques. Certain.e.s dénoncent une stigmatisation des bénéficiaires, perçus comme des « mauvais.e.s pauvres » qui n’agiraient pas suffisamment, et pointent une méconnaissance des réalités vécues par cette population.
Dans le département du Rhône, 5 500 foyers bénéficiaient du RSA fin novembre 2024. Interviewée, Annick Lafay, vice-présidente déléguée à l’insertion et à l’emploi, rappelle qu’ « une frange de la population bénéficiaire du RSA est en proie à des difficultés sociales élevées ». « Il existe des obstacles à l’insertion sur le territoire, notamment en termes de mobilités. Pour les personnes qui n’ont pas le permis ou qui n’ont pas les moyens de s’acheter une voiture, un réseau de transports en commun existe. Malheureusement, il ne permet pas de se déplacer facilement entre les communes ou les zones d’activité ». L’élue du groupe Union de la droite et du centre précise qu’ « il est parfois plus simple de passer par Lyon pour effectuer une distance de 20 km ».
En parallèle, près de 36 % des allocataires déclarent souffrir de détresse psychologique, et beaucoup renoncent à des soins faute de moyens financiers. Pour elles et eux, cette réforme pourrait s’apparenter à une contrainte supplémentaire, négligeant des obstacles structurels tels que la santé ou la garde des enfants.
Renforcer la coordination entre acteurs et actrices de l’insertion
Si la réforme est critiquée pour son conditionnement à des heures d’activité, elle pourrait néanmoins améliorer la coordination des acteurs et actrices de l’insertion. Selon Annick Lafay, la réforme marque effectivement « une évolution significative dans la gouvernance du RSA ».
L’inscription systématique des bénéficiaires à France Travail et la création de comités pour l’emploi devraient permettre un accompagnement plus rapide et structuré. L’orientation vers un.e référent.e – qui pouvait auparavant prendre jusqu’à trois mois – est désormais accélérée. Enfin, précisons que les allocataires du RSA bénéficiaient déjà d’un contrat d’engagement définissant un parcours d’insertion avant la mise en place de la réforme. Ainsi, cette dernière vient davantage formaliser ces démarches qu’en créer de nouvelles, avec des heures d’activité adaptées à chaque situation.
Juliette Burnel & Aurèle Castellane
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