Entre transport des supporters, gestion des pelouses, réorganisation des infrastructures, et bien d’autres, la question écologique est au cœur des préoccupations dans le monde du rugby. Christophe Gestain, agronome et expert Terrains pour la Ligue Nationale de Rugby (LNR) et la Fédération Française de Rugby (FFR), évoque les principes de nouvelles pelouses plus durables, combinant écologie et performances sportives.
En juin 2024, l’organisation internationale World Rugby a publié un rapport alarmant. Elle y aborde l’avenir des pelouses face aux épisodes de sécheresse qui se multiplient. Un constat qui interviendrait dans l’hypothèse où les températures augmenteraient de +2° C en 2100, par rapport aux niveaux pré-industriels. Les vagues de chaleur extrême, la sécheresse, la disponibilité des ressources en eau et la hausse des coûts d’entretien représenteraient alors de nouveaux défis à relever. En France, le microcosme du rugby s’active à adapter durablement ses surfaces de jeu aux conditions climatiques.
Quelles sont les solutions agronomiques mises en place en France pour préserver les pelouses naturelles face aux épisodes de sécheresse et au dérèglement climatique ?
En France, ce qui fait notre spécificité par rapport aux autres nations de rugby, c’est que nous adoptons une stratégie agronomique durable, raisonnée et sobre pour entretenir nos pelouses. Pour cela, on commence à adopter de nouvelles alternatives technologiques comme les terrains hybrides qui s’adaptent aux conditions changeantes. Ces pelouses naturelles sont renforcées par des fibres synthétiques qui leur permettent d’être plus résistantes face à la hausse des températures et à un climat chaud. Elles consomment moins d’eau, moins d’engrais et ont besoin de moins de produits phytosanitaires pour les entretenir. Cependant, pour avoir une nouvelle variété de gazon qui répond aux nouvelles exigences climatiques, il faut attendre entre 9 et 12 ans. L’impact de nos actions actuelles est donc à minimiser. Il faut d’ores et déjà anticiper pour préserver les pelouses et combattre le réchauffement climatique.
Le gazon synthétique peut-il être une alternative écologique pour faire face à ces défis ?
Aujourd’hui, en France, un tiers de nos terrains de rugby professionnels et semi-professionnels sont des terrains synthétiques composés de matériaux plastiques. C’est le cas par exemple du Matmut Stadium à Lyon. Face aux recommandations de la Commission européenne, qui reconnaît le danger environnemental des polymères utilisés pour remplir ces pelouses. Nous voulons adopter des alternatives naturelles, Il est possible de remplacer ces matières nocives par des noyaux d’olives, du liège ou des rafles de maïs par exemple. Ces surfaces synthétiques répondent aux besoins de notre sport et permettent de réduire la consommation d’eau nécessaire pour arroser le gazon, mais aussi de réduire l’utilisation d’outils et de composés polluants pour l’entretenir.
Au-delà des changements dans le monde professionnel, la FFR accompagne-t-elle les clubs de rugby amateurs vers le développement de pelouses et de pratiques plus vertes ?
Nous ne développons pas d’actions concrètes sur l’entretien des pelouses dans les clubs amateurs, ce n’est pas notre rôle en tant que Ligue Nationale. Cependant, avec les antennes territoriales de la FFR, nous sensibilisons les clubs aux enjeux écologiques. Nous sommes d’ailleurs en train d’élaborer, avec eux, un guide du rugby durable dans lequel ces sujets sont évoqués. Il faut impérativement former les éducateurs aux fondamentaux de l’agronomie, pour qu’ils sachent comment entretenir durablement leur gazon face aux aléas climatiques. Toutefois, notre action physique est relativement réduite car ce sont les intendants qui ont la mainmise sur leur gazon.
La pelouse a une influence sur le jeu et sur le spectacle proposé à la télévision. Les spectateurs et les diffuseurs ont récemment tapé du poing sur la table quant à l’état de certaines pelouses en France. Cette réflexion autour des terrains de rugby est-elle davantage une solution médiatique qu’écologique pour les diffuseurs et les ligues françaises ?
Il est évident que les enjeux écologiques dans le rugby professionnel sont différents d’un point de vue médiatique par rapport au rugby amateur. On a l’obligation de livrer un spectacle où la qualité esthétique du terrain est essentielle. Plus personne n’accepterait de payer pour voir un match de Top 14 qui se déroule dans la boue. Il est donc possible qu’une pression médiatique ou populaire s’exerce sur les instances du rugby français pour améliorer l’esthétisme des pelouses. Mais au-delà de cet enjeu, c’est le rapport entre qualité des pelouses et écologie qui reste le maître-mot dans nos actions. Pour cela, il faut limiter l’influence des diffuseurs dans les prises de décision.
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