Sur les campus universitaires lyonnais, les étudiants deviennent le public cible de la nouvelle campagne de recrutement du Service national militaire volontaire, lancée lundi 12 janvier. Âgés de 18 à 25 ans, leur engagement résonne différemment avec leur génération.
Il est midi sur le campus de l’Université Lumière Lyon 2. Les étudiants s’entassent dans la queue du réfectoire. Plus proche de la cafétéria, quelques-uns en profitent pour s’allumer une cigarette. Comme Yasha de Antoni, un étudiant de 20 ans. Il a réalisé sa Journée Défense et Citoyenneté il y a quelques mois. “Cela se voyait que les militaires essayaient d’inciter les jeunes à s’engager. C’était des discours très beaux, sans prendre en compte aucun points négatifs, donc personnellement je ne m’engagerai pas,” assume-t-il en inhalant une dernière bouffée.
“Ce n’est pas parce que c’est volontaire que c’est juste”
Âgés de 18 à 25 ans, ils sont le public visé par la nouvelle campagne de recrutement du Service national militaire volontaire. Annoncée par le ministère des Armées, ce dispositif s’inscrit dans un contexte géopolitique marqué par le retour des conflits armés sur le sol européen et par un discours politique insistant sur la nécessité de renforcer les forces françaises. Il est sans obligation et propose plusieurs mois d’engagement entre formation militaire, encadrement strict et accompagnement vers l’emploi.
Dès son lancement, l’intérêt est palpable : plus de 800 candidatures ont été déposées pour 600 places dans l’armée de l’Air et de l’Espace. Un chiffre qui témoigne d’une curiosité réelle, mais qui ne dit rien encore de la diversité sociale des candidats. Côté institution, le discours est clair : le Service national militaire volontaire n’est pas uniquement militaire. Rémunération, hébergement, restauration, accompagnement vers l’emploi ou la formation sont mis en avant pour attirer des jeunes parfois éloignés du marché du travail.
À quelques arrêts de tramway de la faculté, près de la station de métro Grange Blanche, Henri*, un étudiant à l’Ecole Normal Supérieur de Lyon, coupe mulet, sandwich en main, s’apprête à déjeuner. Selon lui, le choix n’appartient pas aux citoyens même si le Service se dit “volontaire”. “J’ai l’impression que c’est plus la volonté de l’État. Lorsque tu rends quelque chose volontaire tu sais très bien qui va y aller, ce ne seront pas les fils des ministres. Ce n’est pas parce que c’est volontaire que c’est juste”, assure-t-il avec fermeté.
Un enjeu social plus qu’une défense
Sur le trottoir d’en face, une jeune femme au manteau vert découvre tout juste le Service national militaire volontaire. Son premier réflexe est ambivalent. “J’aimerais qu’on n’en ait pas besoin. Mais quand on regarde le monde dans lequel on vit, on voit bien que les erreurs du passé se répètent. Les gens ont soif de pouvoir. Donc, dans ce contexte, avoir une armée, c’est logique”, confie Thaïs F., une ancienne étudiante de l’ESSCA Lyon.
“Quand on compare le monde d’il y a 70 ans et celui d’aujourd’hui, il est complètement différent en termes de mentalité, donc c’est assez compliqué de mettre des gens au front, de les motiver à s’entraîner et à s’engager. Je pense que pour dynamiser cette nouvelle population ça semble plutôt logique de changer le mode de communication sur ça”, ajoute la jeune femme de 22 ans en remettant son écharpe.
Au-delà de la défense nationale, la jeune femme perçoit aussi une dimension sociale. “Pour des jeunes qui ne savent pas quoi faire, qui sont un peu perdus, ça peut être un tremplin. Ils sont payés, logés, nourris. Ça peut les aider à se structurer”, souligne-t-elle. Si elle ne se projette pas spontanément dans cet engagement, son discours évolue lorsqu’elle évoque la contrainte. “Je suis française et fière de l’être. Actuellement je ne veux pas y aller, mais si demain on me dit que c’est plus que nécessaire, j’irai.”
*Nom d’emprunt
Encadré
De l’autre côté, un enthousiasme mesuré chez les militaires
Ce nouveau Service national militaire volontaire se traduit par des doutes et de l’espoir chez les militaires, qui attendent la rentrée 2026 pour voir arriver les nouvelles recrues. Pour ce sergent de réserve, engagé depuis six ans dans un bataillon de chasseurs alpins, son regard est loin d’être naïf : « sur le principe, c’est une bonne idée. Mais il ne faut pas se mentir : on manque déjà de moyens, que ce soit en infrastructures, en personnel ou en budget. Le Service militaire avait été arrêté parce qu’il coûtait trop cher. »
Si le militaire observe un regain d’intérêt pour l’engagement, il refuse d’y voir une révolution générationnelle. “Il y a une volonté de s’engager, oui, mais ce sont toujours les mêmes profils. Des jeunes dont la famille ou le cercle social est déjà proche de l’armée.” Un point central selon lui, car l’ancien Service national “venait repêcher les personnes qui ne seraient jamais venues d’eux même. Le nouveau Service volontaire ne va pas vraiment toucher ces publics-là”, précise le sergent. Les premiers volontaires sont attendus en septembre prochain. Pour l’armée, l’enjeu est double : former rapidement et efficacement, tout en espérant transformer cet engagement temporaire en vocation durable. “On ne sait pas encore si ça va fidéliser les jeunes ou si ce sera juste un passage. C’est un coût important pour l’institution, mais c’est aussi un bénéfice pour la société. On forme des citoyens, on transmet des valeurs”, conclut le sergent.