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Pour mettre en œuvre les plans du président Trump, son responsable de la politique frontalière, Tom Homan, a déclaré qu'il aurait besoin d'au moins 100 000 lits de détention, soit plus du double de la capacité actuelle. Crédit : Pixels

L’ICE, une machine à profits pour le privé

Cet article s’inscrit dans un dossier spécial d’Horizons Médiatiques consacré aux multiples enjeux liés à l’ICE, entre violences, médiatisation et intérêts économiques. 

L’ICE (Immigration and Customs Enforcement) n’est pas seulement une agence de contrôle migratoire étatsunienne : c’est aussi un moteur de profits pour des sociétés privées via la détention, le transport de migrants et la fourniture d’armes, profitant du vaste programme d’expulsions de l’administration Trump depuis février 2025.

Derrière l’ICE (Immigration and Customs Enforcement) et les arrestations violentes, une autre réalité se dessine : celle d’un marché juteux pour les entreprises privées. Créée le 1er mars 2003 dans le sillage des attentats du 11 septembre 2001, dans le cadre d’une vaste réorganisation de la sécurité intérieure américaine, l’agence est progressivement devenue un pilier central de la politique migratoire du pays. Depuis février 2025, le vaste programme d’expulsions relancé par l’administration de Donald Trump, visant 11 millions de sans-papiers, a encore renforcé son rôle et, dans le même temps, les marchés qui gravitent autour d’elle

Détention : des centres très rentables

« Nous n’avons jamais rien vu de tel auparavant », a déclaré George Zoley, fondateur de GEO Group, lors d’une conférence téléphonique organisée à l’été 2025 avec les investisseurs de GEO Group et de CoreCivic, deux des principaux opérateurs de prisons privées aux États-Unis. Les dirigeants des deux groupes ont annoncé une augmentation des revenus provenant de nouveaux contrats et de contrats en cours avec l’ICE, qui s’appuie notamment sur ces entreprises pour gérer les centres de détention où sont placées les personnes arrêtées à travers le pays avant leur expulsion.

 GEO Group, le plus important sous-traitant d’ICE, a annoncé un chiffre d’affaires total de 636,2 millions de dollars au deuxième trimestre, soit une augmentation de 5 % par rapport au deuxième trimestre 2024 indique la ABC News. Quant aux dirigeants de CoreCivic, ils ont annoncé un chiffre d’affaires total de 538,2 millions de dollars au cours de leur deuxième trimestre, soit une augmentation de 9,8 % par rapport au même trimestre de 2024.

Toujours lors de cette conférence, le média Notus note que, GEO Group estimant que cela générerait 3 milliards de dollars de revenus en 2026, avec 26 000 détenus actuellement accueillis, un taux d’occupation record pour ses centres. De son côté, CoreCivic a prévu un chiffre d’affaires de 2,5 milliards de dollars pour l’année suivante. Selon le New York Times, ces entreprises détiennent ou exploitent près de 90 % des places de détention du pays. 

©New York Times

Ces sociétés ont également des liens étroits avec l’ICE, révèle aussi le journal. D’anciens hauts responsables de l’agence, comme David Venturella (anciennement fonctionnaire au sein de l’ICE, rejoint GEO Group en 2012, retraité en 2023) et Matthew Albence (ancien directeur par intérim de l’ICE), ont occupé des postes stratégiques chez GEO Group, renforçant la continuité entre entreprise privée et cette police fédérale. Le média AP News a notamment révélé que ICE a en outre attribué certains contrats sans appel d’offres, invoquant des « urgences impérieuses », comme pour la réouverture d’une prison de 1 033 places à Leavenworth confiée à CoreCivic. 

L’aviation au service des expulsions

Mais en plus des services de détention, le transport des immigrés clandestins représente un poste de dépense majeur. L’ICE disposait d’un budget annuel initial de 721 millions de dollars pour le transport et l’éloignement des immigrés. Dans le cadre du nouveau « grand » budget proposé sous l’administration Trump, l’agence prévoit d’y consacrer jusqu’à 3,6 milliards de dollars supplémentaires par an, soit  14,4 milliards de dollars cumulés jusqu’en 2029.

Tom Cartwright, ancien cadre financier de JP Morgan devenu militant pour les droits des immigrants, a témoigné auprès de AP News suivre depuis 2019 les vols liés aux expulsions ( plus de 40 000 vols ). Selon lui, environ 80 % des vols sont opérés par trois compagnies aériennes : GlobalX, Eastern Air Express et Avelo Airlines.

Le Guardian a pu examiner des dossiers de vol et des listes de passagers divulgués par Global Crossing Airlines (GlobalX), la compagnie qui exploite la majorité des vols d’expulsion pour le compte de l’ICE. Initialement spécialisée dans le transport de groupes sportifs et de tournées musicales, l’entreprise tire désormais la majorité de ses revenus de son contrat avec l’ICE, assurant plus de la moitié des vols d’expulsion en 2024 et 2025, selon les chiffres cités par le journal. La société CSI Aviation bénéficie également d’un contrat intérimaire depuis février 2025, qui lui aurait déjà rapporté 319 millions de dollars en août 2025, selon les chiffres rapportés par BFMTV.

Marché de l’armement, toujours dans le coup

L’industrie de l’armement et de la technologie représente un autre secteur particulièrement rentable autour des activités privées d’ICE. Pour mener à bien ses opérations, l’agence fédérale fait appel à des fournisseurs spécialisés en armes, équipements tactiques et dispositifs de surveillance.

Depuis le retour de Donald Trump au Bureau ovale le 20 janvier 2025, ICE a engagé plus de 70 millions de dollars de commandes dans la catégorie « fabrication d’armes légères, munitions et accessoires », selon des documents officiels consultés par l’AFP et repris par les médias, notamment par L’Express. À titre de comparaison, sur la même période en 2024, entre le 20 janvier et le 20 octobre, l’agence n’avait dépensé que 9,7 millions de dollars dans ce type de matériel.

Rien que pour le mois de septembre 2025, ICE a passé des commandes de 9 millions de dollars de fusils et accessoires auprès de Geissele Automatics, fabricant d’armes automatiques, ainsi que de 10 millions de dollars d’armes à feu et de chargeurs auprès de Quantico Tactical Incorporated. L’agence a par ailleurs acquis plus de 10 millions de dollars de gilets pare-balles, holsters (étuis) et équipements associés durant le même mois.

Camille Huguenot

Dossier spécial – ICE aux États-Unis

Cet article s’inscrit dans un dossier consacré à l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) et aux enjeux de la politique migratoire américaine.

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N.B : cet article a été publié dans le cadre d’un cours dédié à la webrédaction organisé le 13 janvier 2025.

Horizons Médiatiques

Le monde raconté par les étudiant·es du Master Nouvelles Pratiques Journalistiques de l'Université Lumière Lyon 2.