Le développement extrêmement rapide des réseaux sociaux suscite de nombreuses préoccupations. L’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a établi un rapport scientifique inédit face aux risques sanitaires liés aux usages des réseaux sociaux par les adolescents. Qu’explique réellement ce rapport ?
TikTok, Snapchat ou encore X et Instagram, de nombreux collégiens commencent très tôt à utiliser des réseaux sociaux. « Six jeunes sur dix passent du temps sur les réseaux sociaux par jour, et un adolescent sur deux passe entre deux et cinq heures sur les plateformes numériques », selon un rapport scientifique de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES). Ce dernier rappelle que les réseaux sociaux conçus tels qu’ils sont aujourd’hui, sont faits pour « capter l’attention et maintenir l’engagement exploitent les vulnérabilités propres à cet âge ». Mais que dit réellement ce rapport ? Apporte-t-il une meilleure compréhension de l’usage de ces plateformes ?
Les adolescents n’arrivent plus à détourner le regard
Les experts en charge de cette enquête ont observé un mécanisme où les mineurs sont particulièrement vulnérables. « Pour évaluer les effets des réseaux sociaux sur la santé, il était important d’aller plus loin que le temps passé sur les réseaux, et de considérer ce que font réellement des adolescents sur les réseaux sociaux, leurs motivations et leur engagement émotionnel » explique Olivia Roth-Delgado, coordinatrice de l’expertise.
Ils ont découvert que les réseaux sociaux se servent de nos centres d’intérêt afin de proposer de la publicité ciblée. Alors que de nouvelles stratégies de captation s’installent chez les grandes entreprises en passe de développer de nouveaux réseaux sociaux, ces derniers essaient de « bloquer » l’utilisateur le plus longtemps possible. Les experts rappellent dans le rapport que « l’adolescence est une période sensible, ils ont moins de capacités de régulation émotionnelle et comportementale que les adultes, ce qui les rend vulnérables aux effets délétères des réseaux sociaux ».
De nombreux effets néfastes observés sur la santé
Parmi les nombreux faits reportés, la santé mentale reste l’objet principal de cette étude. L’ANSES a délimité quelques dérives de la santé mentale telles que l’altération du sommeil. Le repos est très important, il permet une meilleure concentration en classe et même dans la vie personnelle. Être sur les réseaux sociaux pourrait provoquer un dérèglement du système d’endormissement, ce qui entraîne une altération de ce dernier. Les conséquences ? Un sommeil de mauvaise qualité, des problèmes de concentration et d’irritabilité.
L’utilisation massive des réseaux sociaux peut également faire baisser son estime de soi. Sur ces plateformes, de nombreux contenus sont centrés sur l’apparence physique, avec des images retouchées. Ces derniers peuvent créer des complexes, créer des codes sur le physique. Tous ces phénomènes peuvent toucher de près ou de loin le trouble alimentaire. Des comportements à risques peuvent aussi être observés, notamment dus aux algorithmes personnalisés. « Ils peuvent engendrer de l’automutilation, la consommation de drogues ou des tentatives de suicide », selon le rapport de l’ANSES.
Les filles plus concernées ?
Le rapport mentionne également que l’ensemble de ces effets touche plus les filles que les garçons. Plusieurs facteurs confirment cela, d’après le rapport, les filles utiliseraient plus les réseaux sociaux. Elles se servent de ceux basés sur le visuel, sur l’échange et le partage de l’image et la mise en scène de soi. Elles accordent souvent plus de temps et d’énergie aux contenus publiés sur des plateformes et se sentent plus concernées émotionnellement parlant, comparé aux jeunes garçons.
À la suite de cela, ces dernières subissent de la violence psychologique et même physique. De ce fait, les filles et les jeunes femmes sont plus souvent sujettes à du cyberharcèlement que les garçons.
Interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans ?
Pour rappel, en septembre dernier, une commission d’enquête parlementaire a préconisé l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Une affaire que le gouvernement français prend très au sérieux. Deux projets de lois ont été présentés, un par le groupe Renaissance présidé par Gabriel Attal qui devrait être débattu à la fin du mois de janvier, puis un autre proposé par le gouvernement d’Emmanuel Macron.
Selon l’ANSES, il faudrait « agir à la source » des usages néfastes de ces applications. Elle recommande que « les mineurs puissent accéder aux plateformes conçues et paramétrées pour protéger leur santé. » Ces plateformes numériques devraient mettre en avant la limite d’âge et que les différents dirigeants soient plus rigoureux sur la sécurité de leurs entreprises.
Le rapport assure qu’il faut « une révision en profondeur des principes de fonctionnement des réseaux sociaux ». C’est-à-dire éviter les contenus sensibles à toucher la santé des jeunes comme les jeux d’argent, les régimes alimentaires extrêmes, les contenus violents, pornographiques ou encore haineux. L’ANSES demande également de ne pas avoir recours aux techniques d’interfaces manipulatrices comme l’algorithme de plusieurs réseaux sociaux, notamment TikTok.
N.B : cet article a été publié dans le cadre d’un cours dédié à la webrédaction organisé le 13 janvier 2025. Il a été relu par Titouan Aniesa.
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