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Quand la fédération française de tennis monte au filet pour le climat

Dans le contexte de l’urgence climatique, Roland-Garros ajuste son jeu pour mettre l’écologie au centre du court. Viviane Fraisse, responsable du développement durable à la fédération française de tennis (FFT) depuis 2013, revient sur les initiatives concrètes mises en place pour réduire l’impact environnemental des internationaux de France.

Dès 2008, la fédération française de tennis a affirmé son engagement écologique en signant une charte, destinée à réduire ses impacts environnementaux, avec le Ministère en charge du Développement Durable. Avec près de 600 000 spectateurs chaque année, Roland-Garros fait face à des défis environnementaux majeurs. Entre déplacements internationaux, menus plus responsables et sensibilisation, le tournoi essaie de concilier tradition et durabilité.

Quels ont été les premiers changements concrets que la fédération a mis en place pour que Roland-Garros puisse réduire son empreinte carbone ?

Depuis quelques années, nous avons concentré nos efforts sur l’impact carbone du transport, qui représente 98% de notre empreinte, principalement lié aux déplacements des spectateurs. Les 10 % du public, arrivant en avion génèrent à eux seuls 60% de l’empreinte carbone totale. C’est compliqué de faire quelque chose, à part mettre des quotas, sauf qu’aucun tournoi ne le fait parce qu’il y a un vrai risque pour la durabilité d’un événement. Nous travaillons également sur l’alimentation. Nous proposons désormais des menus avec 50% d’options végétariennes, limitant les émissions à 1,5 kg de CO2 par assiette pour les spectateurs. Nous savons que ces efforts ne suffisent pas à réduire l’empreinte globale d’un tel événement, mais montre bien notre volonté d’encourager des comportements plus responsables.

Certaines grandes organisations sportives sont accusées de faire du greenwashing. Comment répondez-vous à ces critiques et quelles actions concrètes sont mises en œuvre ?

Nous privilégions la transparence et la sensibilisation plutôt que la communication ostentatoire sur nos actions. Durant le tournoi, autour des courts, nous avons des « équipes vertes » qui sensibilisent activement les spectateurs. Ces échanges qualitatifs, qui ont touché l’an dernier environ 18 000 personnes, permettent de discuter des impacts environnementaux du tennis et des solutions pour les réduire. L’objectif n’est pas seulement de montrer nos initiatives, mais de créer un dialogue constructif avec le public. Nous souhaitons l’embarquer avec nous dans une démarche collective et éco-responsable.

Certains partenaires sont jugés incohérents avec les enjeux écologiques du tournoi, comment la FFT choisit-elle ses partenaires ?

Le choix des partenaires est un sujet délicat. Nous avons intégré la valeur de l’engagement dans notre plateforme de marque, ce qui oriente nos collaborations. Cela dit, toutes les marques ne sont pas irréprochables écologiquement, par exemple, le groupe BNP Paribas, bien que critiqué pour le financement d’énergies fossiles, a joué un rôle clé dans nos initiatives sociales, comme la billetterie solidaire et les tarifs réduits pour les jeunes. De même, le constructeur Renault, dès la première année, a proposé une flotte presque entièrement électrique, nous poussant à améliorer nos infrastructures. L’objectif est que chaque partenaire contribue à rendre le tournoi plus responsable. Mais c’est vrai que toutes les marques ne sont pas complètement vertueuses, c’est une évidence.

Où se situe Roland-Garros par rapport aux autres Grands Chelems en matière d’écologie ?

Chaque Grand Chelem a ses spécificités et défis écologiques. À Roland-Garros, nous bénéficions de facteurs favorables, comme une énergie largement décarbonée et une gestion des déchets sans enfouissement, contrairement aux États-Unis où l’enfouissement reste un enjeu majeur. Nous nous distinguons en cherchant à inciter les spectateurs européens à privilégier le train plutôt que l’avion, ce que certains Grands Chelems considèrent comme hors de leur responsabilité.Nous avons aussi échangé sur des initiatives, comme notre journée 100% végétarienne, qui a suscité beaucoup d’intérêt.  On échange beaucoup entre tournois sur ces défis écologiques, ce qui nous permet de progresser ensemble, chacun apporte ses idées et ses solutions, tout en faisant face à des défis communs.

Comment imaginez-vous son évolution en matière de durabilité et de pratiques responsables ?

On observe déjà un énorme changement dans les attentes du public. Il y a quelques années, il fallait initier les conversations sur l’écologie, parfois même convaincre les spectateurs et partenaires. Aujourd’hui, ce n’est plus du tout le cas, ces derniers réclament des produits plus naturels, plus sains, et ce changement de demande est vraiment significatif. Le tri des déchets est également mieux respecté, avec beaucoup moins d’erreurs. À l’horizon 2030, on sera assurément davantage challengés par le public, qui ne tolérera plus certaines pratiques.

Horizons Médiatiques

Le monde raconté par les étudiant·es du Master Nouvelles Pratiques Journalistiques de l'Université Lumière Lyon 2.