Cet article s’inscrit dans un dossier spécial d’Horizons Médiatiques consacré aux multiples enjeux liés à l’ICE, entre violences, médiatisation et intérêts économiques.
Alors que les manifestations anti-ICE continuent d’agiter les États-Unis, avec notamment le slogan “ICE Out for Good” après la mort de Renee Good, il est essentiel de comprendre comment cette agence est devenue au centre du débat politique.
Un outil renforcé dès le retour de Trump
L’ICE, Immigration and Customs Enforcement, a été créée en 2003 après les attentats du 11 septembre pour renforcer la sécurité intérieure et faire appliquer les lois migratoires fédérales, en enquêtant et en procédant à des arrestations et expulsions d’immigrés sans papiers.
L’agence fédérale de l’immigration n’a jamais été aussi puissante que sous la présidence de Donald Trump. Lors de son mandat précédent (2017-2021), il avait déjà tenté de tripler le nombre d’agents et d’élargir les pouvoirs d’expulsion, une orientation qu’il a intensifiée après son retour à la Maison-Blanche en 2025.
Dès le début de son second mandat, Trump a clairement inscrit l’ICE au cœur de sa stratégie politique anti-immigration. Il a signé des ordres exécutifs visant à accélérer les expulsions sans audience judiciaire et à sanctionner financièrement les villes qui refusent de coopérer avec les autorités fédérales. Cette ligne dure s’est traduite par des raids massifs dans des villes dirigées par des démocrates, y compris dans des “sanctuary cities” comme Los Angeles ou Chicago, où les autorités locales protègent volontairement les sans-papiers de l’application stricte des lois fédérales.
Discours, visibilité et peur
Donald Trump a lui-même porté ces positions sur la scène publique. Après les incidents impliquant l’ICE, y compris la mort de Renee Good, le président et son gouvernement ont défendu publiquement l’agence, présentant souvent ses opérations comme essentielles à la sécurité du pays et décrivant certains opposants comme des obstacles à l’ordre public.
Cette stratégie n’est pas seulement institutionnelle : elle s’inscrit aussi dans un discours politique volontairement dur, qui associe immigration irrégulière, criminalité et menace à l’ordre national. En mettant en avant l’ICE dans ses communications, Trump contribue à renforcer l’idée que l’agence agit non seulement comme un outil de police, mais aussi comme un symbole de la lutte contre ce qu’il qualifie d’“invasion”.
Pour certaines communautés, cette visibilité accrue traduit une volonté de faire régner la peur : des migrants arrêtés dans des lieux publics, jusque dans des écoles ou des églises, ou bien des opérations dans des quartiers entiers, sont perçus comme des tactiques d’intimidation, et non comme de simples mesures d’application de la loi.
Un impact politique et social important
Les prises de position de l’administration Trump autour de l’ICE ont suscité des réactions fortes. Des élus démocrates ont dénoncé l’utilisation de cette agence comme d’un instrument politique plutôt que d’un service de police impartial, et certains estiment que l’agence fédérale de l’immigration est utilisée pour faire pression sur des communautés vulnérables plutôt que pour cibler des criminels réellement dangereux.
Cette situation nourrit le débat national sur le rôle des forces de l’ordre fédérales dans une société pluraliste, et explique en partie pourquoi l’ICE est devenue un sujet central de critiques, de mobilisations et de manifestations comme celles que nous avons vues ces derniers mois.
Louna Le Guillou
N.B : cet article a été publié dans le cadre d’un cours dédié à la webrédaction organisé le 13 janvier 2025.