Gymnase Louis Chanfray

Evacuation des mineurs isolés au matin du mardi 13 janvier.

Les mineurs isolés du jardin des Chartreux ont-ils vraiment refusé l’accès à un abri ?

Fin décembre, pour faire face aux températures glaciales, la préfecture du Rhône déclenchait le plan Grand Froid, mettant à disposition des abris. Le 6 janvier, LyonMag publiait un article accusant les mineurs non accompagnés du jardin des Chartreux d’ignorer ces aides et d’empêcher d’autres d’y accéder.

Il a fait froid fin décembre. Très froid même. À tel point que le 29 décembre, sous l’appui de la métropole, la préfecture a déclenché le plan grand froid. Ce dernier a permis chaque soir “d’offrir 250 places d’hébergement supplémentaires aux personnes les plus vulnérables, grâce à l’ouverture de deux gymnases”, selon la préfecture du Rhône. Parmi les bénéficiaires, les mineurs non accompagnés du jardin des Chartreux, que le collectif Soutiens/Migrants Croix-Rousse estime à environ 150. Le 6 janvier, une semaine seulement après la mise en place du dispositif (qui en aura duré deux), LyonMag publiait sur son site internet un article à charge des mineurs isolés.

Intitulé “Plan grand froid à Lyon : l’État ouvre des places, les mineurs isolés des Chartreux ne viennent pas”, l’article revient sur l’organisation du dispositif et critique à plusieurs reprises le comportement de certains mineurs isolés qui auraient effectué des réservations dans les gymnases, sans finalement les honorer, privant alors d’autres personnes dans le besoin d’un abri pour la nuit. Qu’en est-il réellement de cette “autre réalité” évoquée dans l’article, dans laquelle des mineurs sans domiciles fixes se permettent de refuser un toit alors qu’à l’extérieur, les températures peinent à se hisser dans le positif ?

Pour aller plus loin : Fin du plan grand froid : 250 personnes de nouveau à la rue à Lyon

Dans son article, LyonMag expliquait que “sur les 150 jeunes annoncés comme toujours présents aux Chartreux, seulement 20 ont dormi dans les gymnases le 1er janvier, puis 25 le 2 janvier, 48 le 3 janvier et 51 le 4 janvier”. En réponse à cela, Frédéric Geai, coordinateur régional de Médecins du Monde explique qu’”Il est presque impossible pour nous de faire du cas par cas. Mais ce qui est sûr, c’est que les raisons sont multiples”. Il évoque par exemple les contre-indications du 115 (numéro d’urgence sociale), chargé d’orienter les mineurs isolés vers les centres d’accueil adaptés. Hors, le premier jour (29 décembre), seul le gymnase Rosset, dans le 7eme arrondissement lyonnais, avait été ouvert uniquement aux majeurs. D’après Sébastien, un militant du collectif Soutiens/Migrants Croix-Rousse en contact avec les jeunes, plusieurs d’entre eux qui, mal informés, avaient contacté le 115 dès le 29, ont été découragés par le refus rencontré et n’ont pas osé reconduire leur demande.

Le 115 mis en cause

Les autres qui ont tenté leur chance le lendemain se sont retrouvés logés, certes, mais dans des conditions infamantes. “Quand les jeunes sont arrivés, ils ont été dégoûtés. Il faisait 12°C dans le gymnase. Il n’y avait pas assez de couvertures pour tout le monde et aucune serviette.”, continue Sébastien. “Plusieurs d’entre eux se sont fait tourner le mot, retardant le remplissage du gymnase”. Il met à nouveau le 115 en cause, qui aurait redirigé des majeurs vers le gymnase Chanfray, ou encore établi des procédures changeantes du jour au lendemain, compliquant l’accès pour les jeunes les plus en difficulté.

Frédéric Geai invoque aussi des raisons plus personnelles. “Il y a une question d’adaptation. Pour la plupart des jeunes, quitter le jardin des Chartreux, c’est quitter toutes leurs affaires”. Là où les journalistes de LyonMag résumaient toutes les absences par un obscur compte à l’origine floue, ils oubliaient que plus que des chiffres, derrière chaque lits vides c’est l’histoire d’un mineur à peine assez âgé pour être appelé jeune homme. Quant aux réservations non honorées, les associations semblent étonnées et ne pas en avoir entendu parler. En revanche, les associations nous ont confirmé l’augmentation jusqu’à pleine capacité du gymnase Chanfray. Mais contactées pour obtenir les données officielles afin d’évaluer l’absentéisme, la ville de Lyon et la préfecture du Rhône ne sont pas revenues vers nous à temps.

Tristan Gayet

N.B : cet article a été publié dans le cadre d’un cours dédié à la webrédaction organisé le 13 janvier 2026.

Horizons Médiatiques

Le monde raconté par les étudiant·es du Master Nouvelles Pratiques Journalistiques de l'Université Lumière Lyon 2.