Bassirou Sigue posant devant ses tableaux "Le courage" et "L'équilibre".

Bassirou Sigue, l’immigration en toile de fond

Bassirou Sigue est un immigré arrivé du Burkina Faso au début de l’année 2022. Pour témoigner de son voyage douloureux, il s’est mis à dessiner. À l’occasion de la Biennale de l’hospitalité, il expose à l’Hôtel de ville de Villeurbanne sa seconde série de tableaux qu’il consacre à sa vie en France en tant que mineur isolé.

Les tableaux exposés dans cette longue pièce de l’Hôtel de ville de Villeurbanne représentent des scènes de vie. Ils racontent un parcours, celui de Bassirou Sigue, un immigré burkinabé. En 2021, après une violente attaque terroriste dans son village, il décide avec sa belle-sœur de partir en quête d’une vie meilleure. Un voyage traumatisant à travers cinq frontières, un désert, une mer et des deuils qu’il raconte dans une première série de tableaux, exposée il y a un an. Ce 7 novembre, il fait le vernissage de sa seconde série, qui témoigne de sa vie en France en tant que mineur isolé.

« Je préfère laisser parler mes dessins avec l’interprétation de chacun ».

Bassirou Sigue

Bassirou arpente la pièce de l’événement de tableau en tableau, suivi de près par une dizaine de personnes suspendues à ses lèvres. Il suit chaque étape de son voyage, des jours de marche dans le désert au TGV qui l’a déposé en France, tout en décryptant le sens caché de ses œuvres à ses spectateurs. Il avouera plus tard, loin des projecteurs : « Je préfère laisser parler mes dessins avec l’interprétation de chacun ».

Il pointe du doigt deux œuvres au fusain qu’il affectionne particulièrement : « celles-ci, c’est vraiment moi ». Sur la première, un poing tendu vers le ciel. C’est « Le courage », « celui d’avoir supporté toutes ces épreuves, sans abandonner ». La seconde, « L’équilibre », qui représente un homme en acrobatie dans un cerceau, témoigne de la difficulté à s’intégrer et à jongler entre deux cultures très différentes.

En décembre 2021, à son arrivée en Italie, Bassirou croule sous les questions des bénévoles qui tentent de comprendre son histoire. Les seules réponses qu’il parvient à donner sont dessinées. Bassirou a commencé à dessiner pour les autres, mais maintenant, il dessine pour lui-même. Bien qu’il soit entouré de personnes qui l’ont aidé et guidé, il éprouve une grande solitude. Les nombreuses pensées qui comblent ce vide, il les couche sur son papier. « Le dessin, c’est la seule chose qui m’accompagne ».

Ballotté entre admiration et controverse

Au vernissage, tout le monde boit ses paroles et les louanges s’accumulent. Mais ce conte en images n’a pas toujours fait l’unanimité. Lorsque Bassirou est accueilli par le Secours populaire à Lyon, il y transforme les murs en exposition. « D’autres migrants m’en ont voulu. Ils ne voulaient pas voir ces scènes représentées. Ils voulaient oublier ».

Bassirou n’y est pas indifférent. Aussi important que soit son témoignage en images, il réfléchit à poser le crayon. « Dessiner ces scènes, c’est les revivre, les ressasser. C’est une émotion très forte dont je ne veux plus ». Il veut penser à lui en s’accordant le droit de tourner la page. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il avait arrêté l’impression de son livre Le voyage de Bassirou, sorti en mai 2022.

Bassirou espère un jour pouvoir retourner dans le village burkinabé qu’il nomme encore « chez moi », riche de ses expériences et de son nouveau métier dans le BTP. Il s’interrompt lui-même : la raison de son arrivée se confond avec celle de son impossible retour : le conflit qui déchire son cœur et son pays.

Horizons Médiatiques

Le monde raconté par les étudiant·es du Master Nouvelles Pratiques Journalistiques de l'Université Lumière Lyon 2.