S’instruire sur les enjeux écologiques, un combat mené par les étudiantes du CHELS

Margaux est inquiète pour l’avenir. Selon elle, aucune formation n’est dédiée à la réponse aux enjeux climatiques et écologiques. Atténuer les activités anthropiques devient nécessaire, mais la question est de savoir comment s’y prendre. Pour répondre à ce besoin, des étudiants lyonnais des écoles du CHELS (le Collège des hautes études Lyon Science.s) militent pour la création d’un master « Politique(s) de l’urgence écologique« . Margaux Falise, étudiante à Sciences Po Lyon, et Bernard Gauthiez, professeur à l’Université de Lyon 3, soutiennent l’importance d’une telle formation.

« Nous avons des falaises devant nous”

Le rapport du GIEC de 2023 est formel : la température s’est élevée à 1,1° par rapport à la période préindustrielle. “On est jeunes, et nous avons des falaises devant nous. Ce master Politique de l’urgence écologique pourrait être la première marche d’un escalier gigantesque qu’est l’action contre l’urgence climatique. Si la population n’est pas informée, on ne peut pas prendre de décision éclairée sur le sujet” insiste l’étudiante. En mai 2023, un groupe de travail composé d’enseignants et d’élèves du CHELS a été créé.  L’objectif était de mettre en place une formation dédiée aux enjeux “des grandes transitions” en 2024. Toutefois, les étudiants souhaitaient un master en « Politique(s) de l’urgence écologique ». Pour défendre ce projet, ils ont élaboré une proposition complète de master avec une maquette pédagogique, un guide de compétences et un budget. Le collectif souhaite ouvrir un cursus reconnu par l’Etat, et surtout ouvert à tous. Le but était de former des décideurs et des décideuses aux compétences reconnues. Sciences Po est une école qui ouvre à des postes à responsabilité, il était donc primordial pour les étudiants d’apprendre à répondre de manière efficace à ces problématiques. Pour ce master, 24 places avaient été prévues.

Néanmoins, la proposition n’a pas été retenue. Les écoles ont opté pour la création d’un diplôme d’établissement (DE). Cette formation sera consacrée à la thématique des grandes transitions. Ce type de diplôme n’est pas reconnu par l’Etat, il ne délivre donc pas de crédits ECTS. Sur 1 an, il proposera un semestre de cours pluridisciplinaire et un semestre de stage. Seuls les élèves du CHELS pourront y postuler. Pour Margaux, c’est un premier pas, mais ça ne répond toujours pas aux attentes des étudiants. “C’est fondamental d’approfondir nos acquis et d’avoir des compétences en matière de gestion et de prise de décision. J’ai cette impression que l’urgence écologique revient comme un “truc” à la mode dans les discussions. Les enjeux qu’il y a derrière ne sont pas entièrement saisis”. Pourtant, le changement climatique et ses répercussions alarment les scientifiques. Une interrogation persiste alors : comment former et sensibiliser les générations futures à ces enjeux.

Le rôle à jouer de l’enseignement supérieur

Le ministère de l’Education a demandé aux écoles de dédier au moins 30 heures de cours sur les sujets écologiques avant la licence 3. L’école de Science Po Lyon s’est engagée dans l’accord de Grenoble. Ce document, pensé par une association d’étudiants, structure l’Enseignement Supérieur et de la Recherche (ESR) sur les enjeux de transition socio-écologique. Après avoir rejoint cet accord, l’école Sciences Po Lyon a dispensé un cours d’un semestre sur les enjeux écologiques en première année de licence. “C’était très cool car ce cours était pluridisciplinaire, mais c’était aussi frustrant. Selon moi, chaque sujet mérite un semestre entier d’étude. Ce format n’est pas suffisant. On aimerait que ce soit la maquette complète qui change” affirme Margaux.

Bernard Gauthiez, enseignant de géographie et vice-président en transition écologique et solidaire à l’Université de Lyon 3, a pris part au groupe de travail. Selon lui, se lancer dans la création d’un master est un peu tôt. « On préfère avancer doucement, mais sûrement. La première question c’est de se mettre d’accord sur la nature du diplôme, sur son contenu, et sur la capitalisation des compétences existantes au sein des établissements associés pour faire la formation la plus intéressante” assure-t-il. Le diplôme d’établissement proposé est une première étape pour que les différentes écoles du CHELS apprennent à travailler ensemble. Développer un master serait la suite logique selon l’enseignant. “Face au contexte, il faut mettre en place des formations à même de former des gens pour qu’ils puissent répondre au mieux aux problèmes que nous rencontrons” ajoute le professeur.

Des formations en demande d’évolution

L’enquête nationale sur le devenir des étudiants, menée par chaque université de l’Hexagone, montre que 34 % d’entre eux ont des missions sur la transition écologique et le développement durable dans leurs futurs métiers. Il est donc nécessaire de créer et d’adapter des formations qui visent à répondre à ces enjeux. Toutefois, il est compliqué de les faire évoluer pour le moment.  Les attendus sur le marché de l’emploi ne sont pas toujours précis. “Il y a une demande sociale, c’est évident. Mais cette demande n’est pas toujours claire dans certains domaines. On ne sait pas quelles sont les missions, combien de temps elles requièrent. Cela permettrait d’ajuster les formations. Le jour où on saura tout ça, on aura fait un pas en avant important. En attendant, on progresse” déclare Bernard Gauthiez.

À Lyon, il existe 17 formations en master qui sont fléchées sur ces questions. Certains de ces cursus ont quelques cours qui portent sur ces thématiques, d’autres sont dédiés à un domaine précis. Très peu de parcours proposent une maquette pluridisciplinaire. Un manque que Margaux ressent. “L’urgence écologique demande de savoir mobiliser plusieurs méthodes de raisonnement pour comprendre le problème. L’objectif est de créer des solutions systémiques qui fonctionnent ensemble. Il faut faire dialoguer ces matières pour se former efficacement” conclut-elle.

Horizons Médiatiques

Le monde raconté par les étudiant·es du Master Nouvelles Pratiques Journalistiques de l'Université Lumière Lyon 2.