Dans la périphérie de Lyon, le site de l’entreprise d’agrochimie BASF a été visé par une action du mouvement Extinction Rébellion (XR), vendredi 31 octobre 2025. Les militants environnementaux ont fêté Halloween à leur manière : dénonçant les pollutions engendrées par les produits de BASF et de ses homologues et pointant la responsabilité de l’Etat.
Des groupes de rebelles, comme se surnomment les membres d’Extinction Rébellion, se rejoignent traversant le chemin de la sauvegarde, profitant d’Halloween pour toquer à la porte de BASF. Dans ce quartier résidentiel de la commune d’Ecully, au nord de l’agglomération lyonnaise, se situe le siège des activités agricoles du groupe allemand. Deuxième site industriel de production agrochimique en France, il fabrique et commercialise notamment des pesticides destinés à l’agriculture. À peine arrivés, des banderoles sont rapidement déployées sur la façade et le parking de l’entreprise pour rendre visible leur message : « BASF empoisonneur » ; « Bayer, BASF, Syngenta et Corteva sèment la mort » ; « Etat complice ».

« Une pollution qui touche l’ensemble de la population »
Cette action du mouvement écologiste de désobéissance civile est coorganisée par le groupe lyonnais d’Extinction Rébellion et XR national a réuni une cinquantaine de personnes. Ils dénoncent la pollution des sols, de l’eau potable et des corps par des engrais et pesticides produits par ces entreprises agrochimiques (Bayer, Syngenta, BASF, Corteva). Les activistes d’XR réclament que ces entreprises soient tenues responsables financièrement de la dépollution. Pour ce militant d’Extinction Rébellion venu de région parisienne pour prendre part à l’action : « Tout le monde ici a ses propres raisons de participer, mais on se retrouve pour faire parler d’une pollution qui touche l’ensemble de la population ! ». Les employés restés dans le bâtiment regardent les militants déverser une peinture verte fluo sur le sol. Étonnés pour certains, amusés pour d’autres, de cette action surprise troublant leur fin de journée.
« Eau rage, eau désespoir ! »
L’ambiance est calme et décalée : déguisés en chauves-souris faucheuses, quatre activistes réalisent une danse macabre et poétique, autour de deux cercueils représentant les dangers des pesticides. Avant que les activistes entonnent en chœur : « Eau rage, eau désespoir ! L’eau potable est notre bien le plus précieux ». Parmi les pollutions causées par les produits phytosanitaires, Extinction Rébellion appuie sur l’altération de la qualité de l’eau potable : « Si l’on comprend que l’eau est empoisonnée, que c’est à cause de l’agrochimie et que l’Etat en est complice… Comment les gens peuvent-ils ne pas s’en indigner ? » s’exclame un militant du mouvement écologiste. La Commission européenne a déjà mis en demeure la France à plusieurs reprises pour non-respect des directives européennes sur la qualité de l’eau potable. La dernière date de juillet 2025 et demandait : « L’évaluation des risques des installations privées de distribution, de la surveillance de la qualité de l’eau potable et des informations obligatoires à fournir au public ». Par cette action théâtrale, les militantes et militants exigent ainsi des moyens humains et financiers pour garantir à l’ensemble de la population française une eau potable au robinet sans substances toxiques.

BASF dans le viseur des collectifs écologistes
Avant Extinction Rébellion, le collectif des Faucheurs volontaires lutte depuis plus d’une vingtaine d’années contre ces pollutions. « Nous ne sommes pas les premiers à alerter sur ces entreprises agrochimiques, les Faucheurs volontaires ont fait une action en juin dernier visant BASF et alertent depuis longtemps déjà sur la dangerosité de ces produits phytosanitaires, je les remercie mille fois pour ça ». Martin* fait allusion à « l’inspection citoyenne » menée par le collectif des Faucheurs volontaires sur le site BASF de Genay, le 23 juin 2025. Leur action a révélé la présence de produits chimiques interdits en France par la loi EGalim. Engendrant une inspection de la DREAL (Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement), qui a confirmé la présence de ces produits dans son rapport rendu public le 11 août dernier. Le stock a depuis été détruit à la demande de l’Etat. Les militants XR réclament quant à eux la mise en demeure de l’entreprise de respecter ses obligations légales « concernant la fabrication, le stockage et l’exportation des produits contenant des substances interdites par la loi ».
Après un goûter partagé et quelques chants entonnés, l’action s’est terminée par une macabre procession. La nuit est déjà tombée quand les militants quittent le site, repartant avec leurs deux cercueils, ne laissant derrière eux que ces coulées vertes au sol, symbole de la pollution chimique qu’ils et elles sont venus dénoncer.
*prénom d’emprunt
Annouck Le Creurer
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