En 2024 naissait l’association Briser la loi du silence, le projet d’une vie pour la fondatrice Elsa Pereira de Lima. Pour cette militante, la lutte contre les violences sexistes et sexuelles est loin d’être gagnée mais elle garde espoir. Elle nous le raconte, à l’occasion de la projection de son documentaire Le Règne du silence, le 30 novembre dernier à Lyon.
En se connectant sur TikTok en juillet 2023, Elsa Pereira de Lima ne soupçonnait pas le moins du monde que sa vie allait changer. Comme une évidence, elle choisit pour pseudonyme « Briser la loi du silence » dénonçant la « silenciation » que subissent les victimes d’agressions sexuelles en société. Elle y publie une première vidéo, lancée comme une bouteille à la mer, où elle confie avoir subi un viol à l’âge de 18 ans. Très vite, cette étudiante en journalisme de 21 ans y partage aussi sa volonté de produire un documentaire sur les violences sexistes et sexuelles (VSS).
L’idée lui est venue naturellement à la fin du visionnage d’un documentaire Arte, « très mal fait », se concentrant sur la part infime des plaintes pour agressions sexuelles qui aboutissent à un procès. « Très peu représentatif de la réalité », selon elle, qui n’a jamais eu de retour sur sa propre plainte déposée en 2023. Peu à peu, une communauté se forme autour de son engagement, et se développe en association loi 1901 en janvier 2024. Implantée au niveau national, elle sensibilise de la réalité des VSS.
Le Règne du silence, un film ambitieux
Le 8 juin 2024, après cinq mois intensifs de tournage et de montage, sortait le Règne du Silence, qui se veut « un contrepoids de l’image des violences sexuelles dépeinte dans les médias traditionnels ». Le documentaire retrace le parcours de plusieurs victimes appuyés de discours d’une professionnelle de santé, d’une sociologue et d’un avocat. Pour sa deuxième projection, le 30 novembre dernier, le lieu est choisi avec soin. Niché au cœur du quartier de la Croix-Rousse, le ciné-café Aquarium propose une atmosphère à la fois chaleureuse et intimiste où l’odeur du café se mêle aux rires et conversations.
Réorganiser une projection dans ce tiers-lieu, un an après sa sortie, était nécessaire pour la jeune femme qui défend l’importance des rencontres : « Sur Internet, on reste isolé, il fallait pouvoir en parler et en débattre de vives voix. » C’est pourquoi, au-delà du documentaire, une table-ronde est prévue à la fin. Son sujet : comment l’art devient un outil au service de la lutte contre les VSS.

L’association multiplie ses activités : création de bracelets, de pancartes féministes brandies lors de manifestations, sur les réseaux sociaux, Briser la loi du silence entend débunker les informations erronées qui pullulent. D’autres vidéos, plus éducatives, diffusent le message au grand public qui attise des réactions autant positives que négatives. « Au départ il me disait qu’il me détestait mais qu’avec le recul, il a compris la cause », se souvient-elle à propos d’un commentaire, sourire en coin.
« C’est beaucoup d’émotion et de fierté, même s’il reste une part de moi qui ne réalise pas. »
Bien qu’elle affirme aller mieux, l’actualité n’encourage pas toujours l’avancée des combats féministes. Le 24 novembre dernier, ONU Femmes a publié son rapport annuel qui établit le constat tragique de 50 000 femmes tuées par un proche dans le monde, au cours de l’année 2024. Tandis que ces féminicides incarnent le paroxysme de ces violences sexistes, leur nombre, eux, continue de stagner.
Ce qui pose problème selon elle, c’est la faible application des lois. Quant à la nouvelle définition légale du consentement promulguée en novembre 2025, son opinion n’est pas encore fixée. La militante attend des résultats. Elle plaide aussi pour une formation plus complète des instances policières et judiciaires sur ce qu’est l’état de sidération, où la victime est figée et dépossédée de ses fonctions psychologiques et psychiques suite à un choc émotionnel, et de dissociation, mécanisme d’auto-défense qui se traduit par un état de déconnexion avec ses pensées et son environnement. L’éducation à l’école a aussi son rôle à jouer : apprendre ce qu’est le consentement aux enfants dès le plus jeune âge peut aider à détecter les cas d’inceste.
Le combat continue
« C’est important de recentrer son regard sur ce qu’on a déjà accompli au niveau local », plaide Elsa, désireuse de garder espoir. « J’ai foi en mon combat » affirme-t-elle, pleine d’aplomb.
Avec aujourd’hui plus de 300 bénévoles et plus de 100 000 abonnés sur les réseaux sociaux, Briser la loi du silence continue de tracer sa route. Elle se réjouit du chemin parcouru avec son association, « c’est beaucoup d’émotion et de fierté, même s’il reste une part de moi qui ne réalise pas. »
Avec son regard déterminé, Elsa Pereira de Lima n’est pas près de s’arrêter : « Le militantisme est devenu mon objectif de vie. » Elle voit grand pour l’association et espère très prochainement endosser de nouveau sa casquette de réalisatrice pour un prochain documentaire. Tous les participants, devant et derrière la caméra, s’accordent sur le fait que cette expérience a été enrichissante et a participé de leur guérison. La jeune militante a elle aussi partagé son traumatisme dans le Règne du Silence, la libérant d’un poids. « Ma résilience sur ce que j’ai subi, je l’ai trouvé dans ce projet. »
Méline Vert
Vous pourriez aussi aimer
-
Fatoumata Ben Bangoura, rescapée de la Méditerranée : « J’avais peur d’arriver pour rien en Europe »
-
Florent Toscano : l’éditeur qui tire son épingle du jeu
-
Hugo Latimier : la volonté comme ligne d’eau
-
À Lyon, ces nouveaux porte-drapeaux qui ravivent la mémoire du 11 novembre
-
Café Rosa : faire vivre un lieu associatif quand les subventions manquent à l’appel