À Lyon, de nombreux étudiants passent 5 à 9 heures par jour devant leurs écrans. Cette hyperconnexion pose la question : s’agit-il d’un simple usage quotidien ou d’une véritable addiction ? Derrière ce phénomène, les mécanismes de la conception addictive.
Alexis, 21 ans, double licence arts et spectacles, utilise tous les jours son ordinateur pour suivre ses cours. En moyenne, il passe 5 heures par jour sur son téléphone, « ça fait peur », admet-il. D’après l’étude réalisée par la revue scientifique JAMA, depuis le confinement lié à la pandémie de Covid-19, le temps d’écran a augmenté de 84 minutes par jour, soit 52 %, pour les jeunes de 18 ans ou moins.
À l’Université Lyon 2, d’autres jeunes partagent cette insécurité. « Je me sens moins motivée quand je suis dessus [au téléphone], j’ai tendance à me fixer des « limites de temps » que je ne respecte pas, je dors tard et le lendemain si je commence tôt, ça me fatigue », répond Grâce, une étudiante de 18 ans en LLCER anglais-espagnol. Lina et Julie, ont entre 18 et 19 ans, passent 7 à 9 heures par jour sur leur téléphone et utilisent souvent leur PC portable pour la prise de notes. Kelly, 20 ans, en BUT GEA, n’a pas activé son temps d’écran, « je préfère ne pas savoir. » Mais, elle confesse passer la journée sur son smartphone et 3 à 4 heures le soir à regarder des séries sur sa tablette.
« Quand on reçoit une notification on se sent constamment obligé de répondre à la minute »
Pour Esteban, 17 ans étudiant en LEA anglais-espagnol, l’une des raisons principales de cette dépendance est le FOMO (Fear Of Missing Out : « peur de rater quelque chose » ). « J’ai le réflexe de regarder mon téléphone pour ne pas rater de messages » dit-il le téléphone en main. Les notifications incitent à toujours garder un œil sur son téléphone comme l’explique Alexis, « tel truc est sorti, il faut constamment rattraper son retard. Quand on reçoit une notification on se sent constamment obligé de répondre à la minute ».
Conception addictive
Prise de notes sur ordinateur, scroll sans fin sur les réseaux sociaux et visionnage compulsif de séries, les étudiants ont intégré dans leurs habitudes l’utilisation quotidienne des écrans. L’habitude intempestive de consulter ses écrans par FOMO, s’inscrit dans la conception même des produits numériques. On appelle cela la conception addictive.
Pour résumer, les applications maintiennent l’utilisateur dans un usage constant du produit en créant des habitudes de consommation. Comme ce « tou-doum » de Netflix qu’on relie à la procuration de plaisir, en émettant la dopamine, l’hormone responsable du bonheur. La gamification, le fait d’utiliser des codes et méthodes ludiques des jeux vidéo pour rendre accro, par exemple les flammes sur Snapchat ou les badges sur TikTok lorsqu’on alimentent régulièrement des conversations.
Le contenu consommé sur les réseaux sociaux et plateformes de streaming est nourri par les données de l’utilisateur. L’usager a donc tendance à croire que tout le monde partage son opinion, c’est ce que l’on appelle une bulle de filtres. Tout cela entraîne la création d’une habitude chez les étudiants, qui scrollent matin et soir durant les aller-retours entre l’école et la maison. La perception du temps est altérée par l’absence de début et de fin lors du scroll et induit donc au doomscrolling.
Addiction ou pas, les temps d’écran sont les mêmes
L’addiction se révèle lorsque l’individu n’a plus la capacité d’accomplir les choses qui lui sont importantes : arrêt d’un sport ou d’un loisir, baisse dans les notes scolaires, etc. Cela impacte sa santé psychique et physique.
En février 2024, une étude menée en Thaïlande a identifié que le temps d’écran moyen d’étudiants à leur téléphone, atteint plus de 8 heures par jour. Les étudiants consultants moins leur smartphone compensent avec d’autres écrans tel que l’ordinateur ou la télévision. L’addiction aux écrans n’est donc pas un cas isolé, il est institutionnalisé.
Néanmoins, pour minimiser le temps d’écran, les étudiants ont quelques astuces. Grâce, sort parfois avec ses amies sans téléphone, Julie mets le filtre noir et blanc, Alexis lance un podcast et dessine. La mère de Lina confisque son téléphone le dimanche soir à 17 heures.
Les « limites de temps » sur iOS ou Android permettent de configurer des limites automatiques. Il y a aussi la règle du 20-20-20. Faire une pause de 20 secondes minimums toutes les 20 minutes en regardant à au moins 20 pieds (6 mètres) afin d’éviter la fatigue des yeux. Ou on peut tout simplement écrire au papier et au stylo ses cours de TD.
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