Epandage de pesticides - Crédits : Rawpixel/CC0

Pourquoi l’adoption du traité UE-Mercosur poserait des problèmes écologiques ?

L’accord entre l’Union européenne et le Mercosur sur le libre-échange devrait être conclu au Brésil en fin de semaine. Mais le traité, entre deux blocs aux réglementations environnementales différentes, suscitent de nombreux questionnements sur les conséquences écologiques.

Après plus de 25 ans de négociation, l’accord de la plus vaste zone de libre-échange est sur le point de se conclure en fin de semaine. Le traité entre l’Union européenne et le Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay, Bolivie) créerait un marché de 750 millions de personnes. Si le projet a pour objectif une meilleure coopération globale – en matière de terrorisme, d’éducation ou de droits – c’est le volet commercial qui est vivement contesté à l’approche d’un sommet décisif pour l’accord UE-Mercosur. Mobilisation des agriculteurs mais aussi des écologistes… Réunir deux blocs aux systèmes économiques différents risque d’entraîner des conséquences majeures sur le réchauffement climatique. L’accord pourrait restreindre la capacité de l’Europe à émettre de nouvelles règles environnementales ou sanitaires.

L’accord favoriserait les exportations européennes de voitures, de machines, de vins et de spiritueux. En retour, il faciliterait l’entrée en Europe de viande, sucre, riz, miel ou soja sud-américains, ce qui alarme les filières. Si la clause de sauvegarde est adoptée entre mardi 16 décembre et vendredi 19 décembre par le Parlement Européen, Ursula von der Leyen se rendra samedi 20 décembre au Brésil pour signer l’accord commercial UE-Mercosur.

Un risque pour la déforestation

Si l’accord entre en vigueur, il devrait avoir des impacts directs sur les forêts. En effet, la production de viande (dont la culture de soja destiné à l’alimentation du bétail) est le principal responsable de la déforestation en Amérique latine. Et pour répondre à la demande croissante de viande bovine, les agriculteurs du Mercosur seront incités à défricher davantage de terres, ce qui accentuera la destruction des forêts riches en biodiversité, notamment en Amazonie et dans le Cerrado, exacerbant ainsi le dérèglement climatique. Un rapport commandé par le gouvernement français à l’économiste Stefan Ambec atteste d’ailleurs que l’accroissement de la production en lien avec l’accord entraînera « une accélération de la déforestation annuelle de l’ordre de 5% », au moins pendant les six premières années.

Hausse des émissions de gaz à effet de serre

Dans son analyse économique, la Commission européenne estime que l’impact du traité serait « marginal » pour le climat, ne pesant que pour 0,0006% des émissions mondiales de gaz à effet de serre annuelles. Pourtant, l’augmentation du commerce entraînera malgré tout une hausse de la production – notamment orientée vers l’exportation – et, par conséquent, des émissions de gaz à effet de serre. La commission Ambec conclut, elle, à une augmentation des émissions de 121 millions à 471 millions de tonnes de CO2 en six ans (soit au maximum 0,1 % des émissions annuelles mondiales). Ces valeurs ne prennent pas en compte l’impact d’une hausse du transport international.

Des disparités en matière d’utilisation de pesticides

Farines animales, soja OGM, activateurs de croissance dans l’élevage bovin : tous sont interdits en Europe. Et la Commission européenne assure œuvrer pour éviter l’introduction de produits traités avec des pesticides interdits. Mais l’accord présente de nombreuses inquiétudes pour les experts par le risque, notamment, d’accélérer leur circulation entre les deux blocs. Le Brésil est le premier utilisateur mondial de pesticides et, selon les organisations Public Eye et Unearthed, la deuxième destination de produits phytosanitaires interdits dans l’UE. Et le pays les utilise principalement à des fins d’exportation. Le rapport d’évaluation de la Commission ne fait d’ailleurs aucune mention du sujet. L’accord va réduire les droits de douane sur les exportations de produits chimiques, y compris sur les pesticides interdits, ce qui pourrait accroître l’usage de produits dangereux dans les Etats du Mercosur.

N.B : cet article a été publié dans le cadre d’un cours dédié à la webrédaction organisé le 16 décembre 2025.

Janaëlle Préault.

Horizons Médiatiques

Le monde raconté par les étudiant·es du Master Nouvelles Pratiques Journalistiques de l'Université Lumière Lyon 2.