Le secteur agricole français peine à se maintenir dans le contexte actuel de crise économique et politique en France. L’accord UE-Mercosur prévoit la suppression de plus de 90% des droits de douane entre le Mercosur et l’Union européenne. La chute du gouvernement de Michel Barnier suspend les mesures agricoles inscrites dans le budget 2025. Les agriculteurs sont à bout de souffle. Maxime Philippe, co-président du syndicat Jeunes Agriculteurs du Rhône, nous a accordé un entretien. Il revient sur les priorités pour la survie des exploitations, les défis environnementaux et le déséquilibre politique.
Ahlem Benamar : Selon vous, quels dossiers François Bayrou devrait-il traiter en priorité vis-à-vis du secteur agricole ?
Maxime Philippe : Déjà, il faut régler les sujets urgents : les distorsions de concurrence au niveau du coût de la main-d’œuvre dans notre pays et chez les concurrents, les molécules comme les filières fruits où de lourds investissements pèsent sur nous contrairement à la concurrence. Depuis le début, on demande des réformes de fond. Si on ne fait rien aujourd’hui, des fermes vont s’arrêter donc l’urgence se situe ici avant tout. Notre position est complexe car on subit des politiques européennes avec les traités de libre-échange. Petit à petit, nos filières s’effritent. On attend des mesures concrètes dans les fermes, on est révoltés que rien ne soit traité.
L’accord UE-Mercosur comporte un volet libre-échange visant à éliminer 92% des droits de douane appliqués par l’Union européenne sur les produits sud-américains importés. Quels arguments environnementaux avancez-vous pour l’empêcher ?
On nous demande toujours plus de qualité mais on signe des accords d’importation pour faire venir des marchandises de la part de pays qui ne respectent pas ces contraintes. Des États se rallient à nous mais le poids de la France en Europe n’est plus ce qu’il était par le passé. Même au niveau français, les autorités ne sont pas d’accord. Donc, ça pose la question de l’autorité souveraine et de notre capacité à décider de l’avenir dans notre pays. On ne veut pas faire n’importe quoi de notre environnement. Mais trop de contraintes sur notre sol entraîne une importation plus conséquente. Et dans des conditions bien plus déplorables. Une absence totale de produits polluants signifierait crever de faim. Les jeunes générations sont conscientes de l’impact de leur geste. Mais les demandes de la population sont parfois incohérentes alors on tente d’éclairer sur la réalité du terrain même si ce n’est pas ce qu’elle a envie d’entendre.
“On veut toujours plus de qualité en France tout en important du médiocre d’ailleurs.”
En période de crise économique et politique, comment concilier la nécessité d’un revenu digne pour les agriculteurs et les attentes sociétales en matière d’agriculture durable ?
On ne peut pas imposer sans cesse des contraintes à un fournisseur et ne pas le payer. C’est un choix de société. Si les consommateurs n’ont pas les moyens, ils doivent acheter des produits qu’ils peuvent se permettre. La filière agriculture bio n’est pas en phase avec le marché. Le fonctionnement d’une entreprise est basé sur la cohérence avec la clientèle. Si on veut maintenir l’agriculture, soit on accepte d’augmenter le prix pour garder de la qualité tout en protégeant l’agriculture française, soit on accepte de produire en France du bon marché avec les mêmes moyens qu’à l’étranger. On se situe actuellement dans un entre-deux où on veut toujours plus de qualité en France tout en important du médiocre d’ailleurs. Les gens nous soutiennent mais portent la préférence sur le bas de gamme dans les rayons du supermarché.
Les normes environnementales ne semblent pas au cœur de vos priorités actuelles. Les Jeunes Agriculteurs envisagent-ils d’intégrer la transition écologique dans leurs revendications économiques futures ?
Nous ne voyons pas d’inconvénient à l’écologie, si cela ne conduit pas à ce que les gens achètent d’autres produits – des produits qui polluent encore plus. Il vaut peut-être mieux produire chez nous car notre emploi de produits phytosanitaires respecte des doses et des conditions d’application strictes. À l’autre bout du monde, les gens ne se prennent pas la tête avec ces mesures. L’interdiction de produits phytosanitaires sur la betterave entraîne une production ailleurs dans des conditions bien pires. Donc, si on veut qu’une plante vive au minimum, on doit en passer par là. D’ailleurs, la recherche de durabilité amène souvent à une amélioration des résultats économiques. Sur la cerise, on a certes des solutions autres mais avec des coûts énormes. Ça pourrait être acceptable si le prix de la cerise augmentait, mais la concurrence les traite avec les produits habituels donc le tarif ne monte pas. On se retrouve donc coincés.
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