Comment faire du cinéma écolo ? C’est la question que nous avons posée à Mick Gerbrault, un jeune réalisateur à l’origine de ? cinq films et une dizaine de courts métrages. Il nous explique ses motivations, ses méthodes et les défis qu’il a rencontrés pour concilier sa passion et son engagement. Rencontre avec ce réalisateur qui met au vert le cinéma.
Qu’est-ce qui vous a motivé à être écolo dans vos tournages ?
Je fais attention à l’écologie dans mes tournages parce que c’est important pour moi et pour la planète. Je veux que mes films soient en accord avec les valeurs que je défends, j’essaie donc d’être cohérent là-dessus. Je trouve que c’est aussi un défi intéressant de faire des films écolos, ça me pousse à être créatif et à chercher des solutions pratiques auxquelles je n’aurai jamais pensé. On transporte le matériel dans les transports en commun pour éviter la voiture et je vous assure que c’est un vrai défi logistique. En somme, je fais de l’écologie dans mes tournages car sans ça je ne pourrais pas être pleinement fier de mon travail.
Quelles sont les mesures que vous prenez pour réduire l’empreinte écologique de vos films ?
Ce n’est pas toujours facile de limiter l’impact carbone, surtout quand on fait des films. Par exemple, pour la production de mon dernier film « Les premiers mouchoirs », j’ai essayé plusieurs choses. Je privilégie les transports en commun ou le covoiturage pour me déplacer sur les lieux de tournage. Je choisis des lieux proches de chez moi. A la Réunion on a de la chance, beaucoup d’endroits sont magnifiques. Je limite l’utilisation de matériaux jetables ou polluants, et quand c’est possible je préfère les piles rechargeables. Je recycle ou je donne ce que je n’utilise plus. Je compense mes émissions de carbone en soutenant des projets écologiques ou en plantant des arbres. Pour mon prochain court métrage, le CNC nous envoie une productrice écolo, qui sera chargée de limiter au maximum notre impact environnemental. Je sensibilise aussi mon équipe et mes partenaires à l’écologie, en leur expliquant les gestes simples et les bonnes pratiques à adopter, même si parfois ils me prennent pour un maniaque (rire).
Quels sont les bénéfices et les difficultés de faire des tournages verts ?
C’est souvent difficile d’essayer d’être irréprochable écologiquement. Les bénéfices, comme je l’expliquais, c’est que je me sens en accord avec moi-même et avec mes valeurs. Je me sens aussi plus proche de la nature et des gens qui partagent ma vision. Je pense que je fais quelque chose d’utile et de positif pour la planète, et le monde du cinéma manque clairement d’une perspective écologique. Maintenant je suis persuadé que ce que je fais rends mes films plus authentiques et plus originaux.
Des difficultés évidemment il y en a, et probablement que tout serait plus simple si je ne m’imposait pas ces contraintes. Parfois, je m’interdis d’aller dans des lieux trop loin de chez moi, mais ça fait plaisir aux acteurs aussi. Il m’est arrivé de renoncer à certaines idées ou à certaines scènes parce qu’elles sont trop coûteuses. Parfois, je dois convaincre ou négocier avec des personnes qui ne comprennent pas ou qui ne partagent pas mon engagement. En France on a la chance d’avoir le meilleur système de financement pour des films, alors on essaie de bricoler au mieux avec le budget qu’on a.
Quelle est votre opinion sur le rôle du cinéma dans la promotion de l’écologie ?
Ce qui est certain c’est que l’art de façon générale nous fait grandir. On ne sort jamais tout à fait pareil d’une séance de cinéma. Quand on prend ce postulat, il est évident pour moi que le réalisateur a une grande responsabilité dans ce qu’il choisit de montrer. Le cinéma est avant tout un art populaire qui touche un large public et qui peut transmettre des émotions, des idées et des messages. Peut-être que la prise de conscience écologique par certains peut passer par l’art. La salle de cinéma est le plus bel endroit au monde et aujourd’hui je suis étonné qu’Hollywood, avec sa force de frappe médiatique, n’aborde pas plus un sujet aussi important. Certains essaient comme James Cameron et son Avatar, mais outre le message du film, la promotion et la réalisation sont loin de convaincre.
Quels conseils donneriez-vous à d’autres réalisateurs ou à l’industrie cinématographique pour adopter des pratiques plus respectueuses de l’environnement ?
Franchement je ne sais pas si je suis le mieux placé, mais si je devais conseiller d’autres réalisateurs, je dirais que la clé c’est surtout de se renseigner pour adopter des pratiques plus respectueuses de l’environnement. Tout d’abord, il est important de se documenter, de comprendre ce qui est déjà en place, ce qui fonctionne et ce qui est réalisable. Ensuite, l’engagement est essentiel : prendre des décisions, établir des objectifs concrets et agir de manière tangible. Impliquer toutes les parties prenantes est aussi crucial : partager les connaissances, expliquer les démarches, former et sensibiliser tout le monde à ces enjeux. Enfin, la communication joue un rôle central : montrer les actions entreprises, raconter les histoires inspirantes, et encourager d’autres à suivre cet exemple. C’est ainsi que je perçois les étapes nécessaires pour faire évoluer les pratiques vers une plus grande conscience environnementale dans le domaine du cinéma.
Avez-vous des projets ou des objectifs futurs pour rendre vos productions encore plus respectueuses de l’environnement ?
Absolument. Par exemple, j’envisage sérieusement d’adopter des caméras et des éclairages alimentés par l’énergie solaire. Ça serait génial de pouvoir utiliser le pouvoir du soleil pour nos prises de vue. J’aimerais beaucoup collaborer avec des associations écologiques, des organismes qui œuvrent pour la préservation de notre planète. Ça me tient vraiment à cœur de leur donner une part des bénéfices de mes films pour soutenir leurs actions.
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