Chaque année depuis 2014, l’Agence Française de Développement consacre une part importante de son budget à des missions d’ordre écologique à travers le monde. Retour sur un investissement vert stratégique.
L’Agence Française de Développement (AFD) est une institution financière publique méconnue et pourtant influente. Elle joue un rôle majeur dans les relations diplomatiques que la France entretient avec ses partenaires mondiaux. Fondée en 1941 par le général de Gaulle, cette caisse a d’abord eu pour mission de financer le gouvernement français libre sous l’occupation. Elle servira ensuite pendant plusieurs années au développement économique des territoires d’outre-mer. De nos jours, l’AFD s’est développée et est composée de deux autres filiales : Proparco et Expertise France. Le groupe prétend contribuer au développement durable des sociétés à travers le monde, en finançant notamment des projets à la fois sociaux et écologiques. Ces financements qui comprennent plusieurs millions d’euros ont pour mission d’assurer à la politique française un rayonnement international et de permettre à l’État de renforcer ses relations économiques et diplomatiques à travers le monde. Sur la base des chiffres les plus récents, l’Agence Française de Développement a investi un total de 5,4 millions d’euros à l’étranger en 2024. Cette somme est financée à 85 % par des emprunts à des capitaux privés via une société de financement sous supervision du régulateur national (ACPR) et à 15 % par des subventions publiques de l’État français et de l’Union Européenne. L’État français y participe à hauteur de deux milliards d’euros par an.
Une répartition globalement en faveur de l’écologie
Sur cette somme, un total de 850 millions d’euros est dédié à des projets autour du climat et de l’environnement, toujours d’après les données transmises par l’organisme sur la plateforme de données ouvertes opendata.afd.fr. Ce qui correspond à 15,7% des investissements de l’AFD, soit la part la plus importante du budget. En deuxième et troisième position, les investissements consacrés à la gestion urbaine et à l’énergie représentent 11,8 % et 10,9 % du budget total. À titre de comparaison, en prenant l’exemple de ces cinq dernières années, ce budget vert reste plutôt stable et oscille entre 797 millions en 2020 à 619 millions en 2023.
L’AFD en projets et en pays
Depuis plusieurs années, l’AFD concentre une part importante de ses financements sur l’Asie et l’Afrique, deux régions confrontées à des défis climatiques majeurs. En 2024, sur les 850 millions d’euros alloués à des projets verts, plus de 80 % ont été dirigés vers l’Asie. Ce choix s’explique par l’ampleur des problématiques locales, notamment autour de la gestion des ressources en eau, la lutte contre la déforestation et les transitions énergétiques. L’Afrique, historiquement prioritaire pour l’aide au développement française, arrive en seconde position après l’Asie en 2024. À l’inverse, les financements en Amérique et en Europe restent faibles, représentant respectivement 1,2 % et 0,8 % du budget total. Cette stratégie reflète la volonté de la France de concentrer ses efforts là où les besoins sont les plus urgents.
En 2024, l’agence a financé 23 projets écologiques pour un total de 850 millions d’euros, répartis en quatre catégories principales. Tout d’abord, les initiatives liées à la diversité biologique, comme la préservation des forêts à Madagascar ou des zones humides en Chine, visent à protéger les écosystèmes menacés. Ensuite, les programmes d’éducation et formation environnementales soutiennent des rénovations énergétiques au Maroc ou encore au Pérou. Le volet de politique environnementale et de gestion administrative, quant à lui, aide les régions à anticiper les catastrophes naturelles ou à s’adapter au changement climatique. Enfin, les projets de protection des sites se concentrent sur des zones spécifiques, comme celles exposées aux risques d’incendies.
Entre 2020 et 2024, l’AFD a élargi de manière significative son champ d’action géographique. Alors que 25 pays bénéficiaient de ses projets en 2020, ce chiffre a presque doublé en 2024, atteignant 48. Pourtant, le nombre total de projets n’a que faiblement augmenté sur la période, passant de 21 à 23. Cette stabilité se traduit par une stratégie de duplication des modèles réussis : ce sont les projets dits « multi-pays », qui regroupent plusieurs zones géographiques sous une même initiative. Cette approche prétend maximiser l’impact des financements tout en répondant aux problématiques environnementales de chaque région. Sur le plan budgétaire, les investissements de l’AFD ont globalement stagné autour de 700 millions d’euros par an au cours des cinq dernières années. Cependant, l’année 2024 se démarque avec une enveloppe de 850 millions d’euros, ce qui atteste d’un renforcement temporaire des moyens alloués à la diplomatie verte.
Un budget inédit consacré à l’écologie en 2024
L’évolution du budget alloué par l’Agence Française de Développement au volet « Climat et environnement » entre 2020 et 2024 met en lumière des tendances contrastées. Le budget total de l’AFD affiche une diminution significative au fil des années, passant de 7,9 milliards d’euros en 2020 à 5,4 milliards d’euros en 2024. En parallèle, la part dédiée au climat et à l’environnement varie. Après un pic initial de 797,5 millions d’euros en 2020, elle diminue à 600,7 millions d’euros en 2021 avant de connaître des variations. Une remontée est observée en 2024, atteignant 850,4 millions d’euros, marquant la valeur la plus élevée de la période. Alors qu’en 2020, la part allouée à cette thématique représentait environ 10 % du budget total, elle croît de manière significative pour atteindre un niveau plus élevé en 2024, malgré la baisse du budget. Ces résultats illustrent une volonté assumée de maintenir les efforts environnementaux malgré un contexte budgétaire global resserré.
Un budget qui s’annonce en baisse pour 2025
Pour l’année en cours, le montant de l’enveloppe publique alloué à l’aide au développement est encore incertain. L’arrêt de l’examen du projet de loi finances 2025 suite à la motion de censure adoptée contre le gouvernement Barnier a rebattu les cartes quant à la répartition du budget de la France. Le gouvernement Bayrou, nouvellement en place, assume lui aussi sa volonté d’effectuer des économies. Un total de 30 milliards d’économies sur le budget 2025 est souhaité. Ce qui ne rassure pas le président de l’AFD, Rémy Rioux, qui évoquait déjà des inquiétudes sur une baisse envisagée de 40 milliards par le précédent gouvernement. « Cela déformerait fortement l’activité et la stratégie de cet établissement financier public. À un tel niveau, il ne s’agit pas d’une légère contraction. L’action de développement n’est pas un simple supplément d’âme. C’est une condition de notre prospérité. C’est une condition de notre sécurité. Elle prépare, elle complète, elle approfondit l’action diplomatique » a t-il confié dans le Figaro. En conséquence, c’est l’influence de la France sur la scène internationale qui pourrait être contrariée.
Adrien Raymond et Emilie Betbeder
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