Façade de l'Université Lumière Lyon 2.

Hadil Bendris a vu ses demandes de Master à l'Université Lumière Lyon 2 refusées. ©Wikimedia Commons

Hadil Bendris : Sans-fac ? Sans façon !

Licence en poche puis plus rien. Hadil, jeune diplômée d’une Licence en langues appliquées, n’a pas pu intégrer de master dans sa ville. Chaque année, de nombreux étudiants se retrouvent dans la même situation et mouvement les défend et les représente : le collectif des sans-fac. Prête à militer pour pouvoir intégrer sa formation, Hadil Bendris fait partie de ces nouveaux étudiants délaissés.

Un coup de téléphone furtif pour rencontrer Hadil Bendris. Mobilisée dans les mouvements des sans-facs, la jeune diplômée de langues, semble bien occupée. Depuis quelques mois, la Lyonnaise se retrouve bredouille et sans master. Elle rejoint 26 étudiants dans la même situation cette année, qui ont décidé de se faire entendre pour intégrer une formation à Lyon 2. Mise sur le côté, faute de place, Hadil a très mal vécu cette situation :
« Moralement, ça a été très compliqué et ce système de tri des gens est déprimant. Mes compétences ne valent pas moins que celles des autres ». Pour elle et le mouvement des sans-facs, Lyon 2 ne remplit pas ses missions et n’aide pas les étudiants. « Au départ, je voulais travailler dans les relations internationales et j’ai été acceptée à Sciences Po mais je n’avais pas les moyens. Je me suis tournée vers un master en études européennes et internationales et j’étais dans le top 5 de la phase complémentaire sur MonMaster, mais je n’ai jamais eu
de retour ». 

Né d’un sentiment contestataire envers un système universitaire qu’il juge inadéquat, le Collectif des sans-fac est un mouvement d’étudiants qui s’étend dans plusieurs villes françaises. Ce qui les lie est la défaillance dans le droit à la poursuite d’études interrompant leur cycle universitaire, souvent après une licence dû au manque de places en Master. Derrière cette naissance d’un collectif engagé, les sans-fac sont avant tout des laissés pour compte en attente d’une solution d’accès à l’avenir qu’ils méritent. Le mouvement, soutenu par des syndicats étudiants tels que l’UNEF et Solidaires, s’illustre par des occupations, des regroupements et des appels aux soutiens.

Alors, il fallait rebondir et s’engager. Membre des Jeunes Insoumis de Lyon, elle baignait déjà dans le milieu militant. Grâce à une amie, elle rentre en contact avec l’UNEF Tacle (Tendance Action collective et luttes étudiantes) qui lui permet de rejoindre les sans-fac et de partager son quotidien avec celles et ceux qui la comprennent. « On se sent entouré. Les gens sont dans la même situation que nous, savent ce qu’on a vécu. On ne se sent pas seul quand on est sans-fac ».

“L’éducation doit être un droit, pas un privilège”

Implantée dans le milieu militant et active dans les actions de son collectif, Hadil a participé à de nombreux évènements organisés par l’UNEF, notamment une occupation de deux jours et deux nuits où se sont mêlées divers étudiants et soutiens du mouvement. Prise de court, l’Université a délogé les étudiants avec l’aide des forces de l’ordre. Pourtant, selon Hadil, « les gens étaient simplement curieux. À part avec quelques militants d’extrême droite, les rencontres étaient bienveillantes »


Même si la chaleur de l’engagement rassure, d’autres difficultés sont arrivées avec ce refus du Master. À la fin de sa licence, Hadil a perdu les bourses. « Je viens d’une famille qui n’a pas beaucoup d’argent et perdre cette source de revenus m’a mis mal. Maintenant, j’ai deux emplois pour pouvoir vivre ». Les solutions existent pour pallier la situation mais elles sont rarement souhaitées. Pour éviter une pause dans ses études et une peur du vide, la Lyonnaise s’est rabattue dans le privé, après une saisine infructueuse du rectorat lui proposant des formations bien trop loin de ce qu’elle souhaitait. Les “sans-fac” peuvent le rester pendant plusieurs années. Hadil le sait et les côtoie « comme Enora, [sa] meilleure amie, qui attend une formation depuis deux ans ». Depuis plusieurs années, la lutte pour l’inscription des sans-fac est devenue un rendez-vous annuel, et ce n’est pas près de changer, « car l’éducation doit être un droit, pas un privilège ».

Horizons Médiatiques

Le monde raconté par les étudiant·es du Master Nouvelles Pratiques Journalistiques de l'Université Lumière Lyon 2.