L’art de sensibiliser à la nature : Amandine Micaud, photographe animalière

Amandine Micaud, photographe animalière depuis quatre ans, utilise la photographie pour sensibiliser et éduquer à la protection de la nature. 

À 22 ans, Amandine Micaud parcourt les montagnes haut-savoyardes dès qu’elle en a l’occasion à la recherche d’animaux sauvages à immortaliser. Après avoir obtenu une formation de photographe en 2020, Amandine monte sa micro-entreprise de photos animalières en 2022. Avec respect et discrétion, elle souhaite retranscrire la beauté de la nature à travers son objectif. 

Horizons Médiatiques : Qu’est-ce qui vous a poussé à lier votre passion pour la photographie à celle de la nature, et plus particulièrement à photographier des animaux sauvages ?

Amandine Micaud : Ma mère a toujours aimé la photo, les plantes et les animaux. Elle m’a transmis ça dès mon plus jeune âge. J’ai toujours eu un petit appareil photo dans les mains, qui était le sien avant. J’habitais à la campagne avec mes parents pas loin de Bourges donc on était entouré par les champs et les forêts. On faisait tout le temps plein de sorties et ce n’était jamais sans l’appareil photo. L’observation de la nature et des animaux, et la photographie sont toujours allées ensemble. 

Pour les animaux, j’ai commencé avec les renards et les chevreuils. Le renard est mon animal préféré, même s’il est très souvent mal aimé, surtout dans ma région où ils sont chassés. J’ai mis du temps avant de pouvoir réussir à les photographier, mais dès le début, c’était mon but ultime de réussir. Mon travail permet aux gens de voir le renard sous un autre œil, autrement que de le voir forcément comme un nuisible. Aujourd’hui, ce qui est fou, c’est que la photo que je vends le plus depuis que j’ai exposé, c’est un portrait de renard.

L’environnement a-t-il toujours été une cause importante pour vous et comment le  faites-vous ressentir à travers vos photos ?

Le but de la photo animalière est de sensibiliser les gens qui vont regarder mes clichés. La nature me fascine dans tous ces angles. C’est un tout, la nature, c’est toute la biodiversité, que ce soit les animaux et les plantes. On l’a détruit tellement et ça me touche personnellement. On a tendance à oublier qu’on est censé vivre avec elle et pas contre elle. Il faut l’apprécier et réaliser qu’on a vraiment des belles choses qui nous entourent et que sans elle, on n’aurait pas la vie qu’on mène. Dans mon travail, je raconte ce que j’ai vécu à ce moment-là et je capture le regard de l’animal. Les gens sont plus sensibles quand il y a une histoire derrière la photo. Ils me demandent tout de suite ce que j’ai vécu à ce moment-là, ce qui s’est passé, comment j’ai pu avoir ce regard et comment j’arrive à avoir la confiance de l’animal. 

Comment veillez-vous à ne pas déranger les animaux lors de vos photographies et à respecter leur espace naturel ?

Il m’arrive de rencontrer des animaux par surprise. Une fois, j’attendais pour partir en rando, assise sur un rocher, quand un renard s’est pointé juste en face de moi. Je n’ai pas bougé, ni pris mon appareil photo, parce que je savais qu’il m’avait vu. La proximité était trop importante. Si l’animal ne m’a pas sentie et pas vue, je ne vais pas prendre l’appareil parce que je risquerais de lui faire peur. Je ne compte pas le nombre de sorties où je n’ai pas eu de photo. C’est le but du jeu, ce serait trop facile sinon. Il y a des personnes qui photographient quelle que soit la situation de l’animal ou en faisant de l’appâtage. Ils vendent ça comme une photo de nature sans dérangement, alors que l’animal a été apprivoisé avant. Pour moi, ce n’est pas le même rapport à la nature sauvage. 

Comment percevez-vous l’impact de votre travail, avez-vous déjà reçu des retours de personnes touchées par vos photos et votre vision de la nature ?

Même en dehors des expos photos, je rencontre des gens qui s’intéressent à mon travail. Ils me posent des questions sur les animaux que je photographie et apprennent des choses sur leurs habitudes, et ils sont contents d’en apprendre plus. Avec les retours que j’ai, je sais au moins que ça a eu de l’impact sur quelques personnes et ça me fait énormément plaisir. Il y a aussi des gens qui m’ont écrit en me disant qu’ils avaient vu l’expo, qu’ils avaient beaucoup aimé et que ça les avait touchés. C’est la plus belle des récompenses. 

Quel rôle pensez-vous que l’art, et en particulier la photographie, peut jouer dans la protection de l’environnement ?

Tout dépend de l’approche de la photo et de ce qu’on cherche à en faire. Quand j’ai fait le vernissage de ma première exposition à Sallanches (Haute-Savoie), on ne parlait pas juste photo. On parlait aussi de tout ce qu’il y a autour, de la fragilité de la nature et des espèces. Tout le monde n’a pas cette approche, on peut faire des photos sans mettre en avant la fragilité de l’espèce qu’on photographie. 

Horizons Médiatiques

Le monde raconté par les étudiant·es du Master Nouvelles Pratiques Journalistiques de l'Université Lumière Lyon 2.